L’ours brun (Ursus arctos arctos), longtemps effacé du paysage français, a réinvesti les montagnes pyrénéennes à la faveur d’un patient travail de réintroduction. Majestueux, intelligent et farouche, il est devenu un symbole à la fois écologique et politique de la reconquête de la grande faune sauvage en France.
Un géant au pas tranquille
L’ours brun européen est un grand mammifère plantigrade. Les mâles pèsent en moyenne 150 à 250 kg, certains individus pouvant dépasser 300 kg. Les femelles sont plus légères, entre 100 et 150 kg. Debout, un mâle adulte peut atteindre 2,20 m de haut. Sa morphologie est puissante : dos large, membres robustes, longues griffes recourbées et crâne massif.
Son pelage épais varie du brun clair au brun très foncé selon les individus. Ses sens sont remarquablement développés, en particulier l’odorat, capable de détecter une carcasse ou un nid d’insectes à plusieurs kilomètres. Contrairement à l’image populaire, l’ours n’est pas un prédateur impétueux : il est avant tout un animal opportuniste et solitaire.
Répartition et présence en France
Autrefois largement répandu dans tout le pays, l’ours brun a disparu de la quasi-totalité du territoire au XIXᵉ siècle. Seul un petit noyau subsistait dans les Pyrénées centrales jusqu’aux années 1990. À partir de 1996, un programme de réintroduction a permis de renforcer cette population avec des ours slovènes, génétiquement proches des anciens ours pyrénéens.
Aujourd’hui, la population française est concentrée dans les Pyrénées centrales, entre l’Ariège, la Haute-Garonne, les Hautes-Pyrénées et le Béarn, avec des incursions en Espagne et en Andorre. La population est transfrontalière et suivie de manière coordonnée par les trois pays.
- Effectifs estimés en 2025 : environ 85 à 90 ours.
- Tendance : croissance lente mais régulière.
- Territoire : environ 5 800 km² d’aire de présence régulière.
La répartition reste inégale : la partie est de la chaîne concentre l’essentiel des individus reproducteurs, tandis que le Béarn n’abrite que quelques mâles.
Régime alimentaire
L’ours brun est un omnivore opportuniste, ce qui signifie qu’il adapte son alimentation à la saison et à ce qu’il trouve. Son régime est à 80 % végétal :
- Printemps : jeunes pousses, herbes riches, insectes, charognes laissées par d’autres animaux.
- Été : fruits sauvages (myrtilles, framboises, mûres), fourmis, miel, petits mammifères, faons ou jeunes ongulés si l’occasion se présente.
- Automne : glands, faînes, fruits secs, réserves énergétiques pour l’hibernation.
- Hiver : il entre en léthargie, réduisant son activité mais sans véritable hibernation stricte comme d’autres espèces.
Il peut consommer des carcasses naturelles ou s’attaquer ponctuellement à des troupeaux domestiques en estive, ce qui alimente aujourd’hui une forte conflictualité dans les vallées d’élevage.
Reproduction et cycle de vie
L’ours brun est solitaire, sauf pendant la période de reproduction ou entre une femelle et ses oursons. Le rut a lieu de mai à juillet. Les mâles peuvent parcourir de grandes distances pour trouver une femelle. Après l’accouplement, l’ours présente une implantation différée : l’embryon ne commence à se développer qu’à l’approche de l’hiver, si la femelle a accumulé assez de réserves.
Les ourses mettent bas dans leur tanière entre janvier et février, alors qu’elles sont en léthargie. Elles donnent naissance à 1 à 3 oursons, pesant à peine 300 grammes à la naissance. Les petits sont allaités et gardés au chaud jusqu’au printemps.
Ils restent auprès de leur mère pendant deux ans environ, période durant laquelle ils apprennent les comportements de survie essentiels. Les femelles ne se reproduisent en général que tous les 3 à 4 ans.
Vie sociale et comportement
L’ours brun est territorial, mais ses territoires se chevauchent partiellement.
- Les mâles occupent de vastes territoires de 150 à 300 km².
- Les femelles ont des territoires plus restreints (30 à 100 km²), centrés autour des zones de mise bas.
C’est un animal principalement crépusculaire et nocturne, extrêmement discret. Les rencontres avec l’homme sont exceptionnelles. Lorsqu’il perçoit une présence humaine, il fuit presque toujours.
Au cœur de l’hiver, il s’installe dans une tanière isolée, souvent dans une cavité rocheuse, un tronc creux ou un terrier abandonné. Il y reste plusieurs mois en léthargie, vivant sur ses réserves.
Statut, gestion et protection
L’ours brun est une espèce strictement protégée en France depuis 1979, inscrite à la Convention de Berne et à la directive européenne « Habitats ». Sa chasse est totalement interdite. La gestion de la population relève de l’État français dans le cadre du Plan ours.
Les principaux axes de gestion sont :
- Le suivi scientifique (ADN, photo-pièges, observation terrain).
- La protection des troupeaux (chiens de protection, parcs de nuit, effarouchement).
- Le soutien à la cohabitation dans les zones pastorales.
- Des indemnisations versées aux éleveurs en cas de dommages avérés.
Évolution des populations
La population ursine française est passée d’une quinzaine d’individus dans les années 1990 à près de 90 aujourd’hui. Ce retour maîtrisé a été rendu possible grâce à une politique de protection stricte et à la coopération franco-espagnole.
La reproduction naturelle est aujourd’hui régulière dans le noyau central pyrénéen.
- Taux de croissance annuel : environ +8 %.
- 10 à 12 femelles reproductrices recensées.
- 10 à 15 naissances en moyenne chaque année.
Cette expansion reste cependant fragile : la population reste génétiquement limitée et concentrée sur une seule région
FAQ — Ours brun
Où vit l’ours en France ?
L’ours brun vit exclusivement dans les Pyrénées centrales, principalement en Ariège, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées et Béarn. Son territoire s’étend sur près de 6 000 km², avec des échanges transfrontaliers avec l’Espagne et Andorre.
Que mange l’ours brun ?
C’est un omnivore opportuniste : 80 % de son alimentation est végétale (herbes, fruits, glands, faînes), complétée par des insectes, du miel, des charognes et parfois des ongulés sauvages ou domestiques.
L’ours est-il dangereux pour l’homme ?
Non. L’ours évite l’homme et les attaques sont extrêmement rares. Les comportements agressifs n’apparaissent que dans des cas exceptionnels de surprise à courte distance, notamment avec une femelle accompagnée de petits.
Pourquoi y a-t-il des ours dans les Pyrénées ?
L’ours est revenu grâce à un programme de réintroduction initié en 1996 pour sauver la dernière population relictuelle. Depuis, la reproduction naturelle assure une croissance progressive de la population.











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