Chasseur passionné et grand amateur de voyages, Florent Pineau nous entraîne bien au-delà de nos territoires familiers. Direction le Cambodge, où la chasse, bien avant d’être une pratique quotidienne, fut un acte politique, symbolique et militaire. À travers les vestiges monumentaux d’Angkor, il retrace pour So Chasse l’histoire méconnue de la chasse à l’époque des rois khmers.
La chasse royale au cœur de l’empire d’Angkor
Peu de détails sont connus sur la chasse à l’époque des souverains khmers qui régnèrent, entre le 9ème et le 15ème siècle, sur le royaume d’Angkor, un immense empire couvrant non seulement le territoire du Cambodge contemporain mais s’étendant bien au-delà, en incluant des parties de la Thaïlande, du Laos, du Vietnam et de la Malaisie actuels. On sait toutefois que le grand roi Jayavarman VII, durant ses expéditions militaires menées à la fin du 12ème siècle pour défendre et reconquérir des territoires, pratiquait la chasse, dotée alors d’une dimension à la fois symbolique et stratégique.

L’éléphant, symbole de puissance et de domination
La chasse à l’éléphant, animal essentiel aux armées khmères pour le combat et les transports, symbolisait la puissance et le prestige royal. Les grandes chasses royales, au cours desquelles les gros gibiers, tout particulièrement les éléphants sauvages, se trouvaient appréhendés, démontraient le contrôle du roi sur la nature, renforçant son autorité face aux forces naturelles et ennemies, tout en servant de préparation à la guerre par la maîtrise des éléphants de combat. Les éléphants d’Asie, cruciaux pour la guerre et les cérémonies royales, incarnaient un symbole central de la vie militaire et royale dans la capitale khmère d’Angkor Thom.
Bas-reliefs et scènes de chasse à Angkor Thom
En ce lieu, la Terrasse des Éléphants, s’étendant sur 300 mètres de long, arbore encore aujourd’hui de nombreuses sculptures d’éléphants représentés en haut-relief. Sur toute la longueur, on peut y observer d’impressionnantes scènes de chasse, avec des éléphants harnachés portant sur le dos des plateformes en bois, appelées howdahs, sur lesquelles se tiennent cornacs et chasseurs tirant des flèches. Cette terrasse d’apparat, située devant l’ancien Palais Royal, permettait à Jayavarman VII et à sa cour d’assister aux défilés de l’armée victorieuse.

Chasse, dieux et rituels sacrés
Les rituels liés aux souverains d’Angkor les associaient à différentes divinités et à une nature peuplée d’esprits. Dans la Galerie Nord du Temple du Bayon, le prince Arjuna et le dieu Shiva sont figurés affrontant ensemble à l’arc un énorme sanglier. Les souverains sont également représentés combattant serpents et félins, symboles de chaos et de dangers. La galerie intérieure nord du Bayon montre ainsi un roi neutralisant un serpent géant devant une foule, tandis que dans le temple du Baphuon, un bas-relief met en scène un dignitaire affrontant un félin.

Le gibier chassé autour d’Angkor
Les indices archéologiques sur la faune chassée près d’Angkor proviennent essentiellement des bas-reliefs et de rares objets exhumés lors des fouilles. Outre l’éléphant sauvage, les scènes montrent le kouprey, bovin sauvage aujourd’hui disparu, le buffle, vital pour l’économie paysanne et les rites, mais aussi des cerfs, singes, félins, chats sauvages, oiseaux d’eau et échassiers des zones humides. Certaines sculptures représentent même la découpe et la consommation du gibier, rappelant la dimension alimentaire de la chasse.
Armes et techniques de chasse khmères
Les armes de chasse, connues grâce aux recherches archéologiques et aux représentations sculptées, reposaient sur des outils traditionnels d’Asie du Sud-Est. Les arcs et flèches, visibles sur de nombreux murs du Bayon, étaient équipés de pointes en silex ou en métal. Lances, sagaies, épieux, harpons et bolas complétaient l’arsenal, adaptés aux différents milieux forestiers et marécageux. Les matériaux périssables n’ont pas survécu au temps, mais les bas-reliefs offrent aujourd’hui un témoignage exceptionnel de ces pratiques cynégétiques anciennes.













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