Lorsque nous révélions, il y a quelques jours, la nomination d’une figure historique de l’écologie militante au sommet de l’Office français de la biodiversité, nous pointions déjà une incohérence de fond. La désignation d’Anne Le Strat, ancienne élue écologiste parisienne et proche des cercles les plus idéologisés de l’écologie politique, au poste stratégique de directrice générale déléguée à la « mobilisation de la société », posait question. Une question devenue, depuis, éminemment politique.
Car lorsqu’un Premier ministre décide de déclencher une enquête administrative sur un recrutement au sein d’un établissement public, ce n’est jamais anodin. Ce n’est ni un réflexe bureaucratique, ni un simple geste d’apaisement. C’est un signal.
Une nomination qui dépasse largement le cadre administratif
Dans notre premier article, nous rappelions le parcours d’Anne Le Strat. Ancienne adjointe au maire de Paris, membre du bureau politique d’Europe Écologie Les Verts, ex-présidente d’Eau de Paris, collaboratrice du média Reporterre, elle incarne une écologie urbaine, militante, souvent en confrontation directe avec le monde agricole, la chasse, la pêche ou plus largement les usages ruraux.
Ses prises de position passées, ses relais assumés de collectifs comme Les Soulèvements de la Terre, ses proximités idéologiques avec des figures médiatiques ouvertement hostiles à la chasse ou à l’élevage n’ont rien de secrets. Ils sont documentés, revendiqués, assumés. Ce n’est donc pas tant son engagement passé qui surprend que le poste qui lui est confié.
« Mobiliser la société ». Derrière cette formule lisse se cachent des leviers puissants : communication institutionnelle, partenariats associatifs, campagnes nationales, orientation des discours publics. Autrement dit, une capacité d’influence considérable dans un contexte déjà explosif entre l’OFB et les acteurs de terrain.
L’intervention du Premier ministre : un fait politique majeur
C’est dans ce contexte que le gouvernement, par la voix de la ministre de la Transition écologique, annonce l’ouverture d’une enquête administrative sur les modalités de recrutement d’Anne Le Strat à l’OFB. Une décision prise à la demande directe de Sébastien Lecornu, Premier ministre.
Trois inspections générales sont mobilisées : l’Inspection générale de l’administration, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, ainsi que l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable. Un dispositif lourd, exceptionnel, qui dépasse très largement le simple contrôle de forme. Officiellement, il s’agit de vérifier la neutralité et la régularité de la procédure. Politiquement, il s’agit surtout de répondre à une colère profonde, diffuse mais persistante, exprimée par le monde agricole, par de nombreux élus locaux, et par tous ceux qui voient dans cette nomination une provocation.
La réponse d’Anne Le Strat : apaisement affiché, doutes persistants
Face à la polémique, Anne Le Strat a publié un communiqué dans lequel elle affirme agir désormais exclusivement comme agente de l’État. Elle y réfute toute intention militante, rappelle avoir quitté ses fonctions politiques avant sa prise de poste, et se dit prête à être jugée sur ses actes. Elle assure vouloir travailler avec tous les acteurs des territoires, y compris les chasseurs et les pêcheurs, et plaide pour une convergence entre agriculture et écologie, évoquant notamment son travail passé sur les paiements pour services environnementaux.
Une question de confiance, pas seulement de procédure
Le problème n’est pas uniquement juridique ou administratif. Il est politique, symbolique, culturel. Peut-on réellement incarner le dialogue avec des acteurs que l’on a longtemps combattus idéologiquement ? Peut-on mobiliser sans soupçon des secteurs déjà convaincus d’être ciblés, contrôlés, corrigés ?
Si le Premier ministre a estimé nécessaire de diligenter une enquête, c’est précisément parce que cette question dépasse la personne d’Anne Le Strat. Elle touche à la crédibilité de l’OFB, à la confiance entre l’État et les territoires, à la place accordée aux chasseurs, aux agriculteurs, aux pêcheurs dans la gestion de la biodiversité. Anne Le Strat demande à être jugée sur ses actes. Le monde rural, lui, attend surtout des signaux clairs. Dans un climat de défiance déjà extrême, l’OFB peut-il se permettre le moindre soupçon d’idéologie ? C’est désormais toute la question.












Laisser un commentaire