Une pétition lancée par le collectif AVA Dreux, portée localement par Stan Broniszewski, bien qu’il soit domicilié dans l’Oise, dénonce l’installation d’une bâche en forêt de Dreux. Selon ses auteurs, ce dispositif aurait pour objectif d’empêcher les cerfs chassés à courre de quitter la forêt, constituant une entrave à la faune, un danger pour les promeneurs et une dérive éthique de la vénerie. Un comble pour des opposants assumés à la vénerie.
Face à ces accusations, Benoît Dulac, maître d’équipage du Normand Piqu’hardi, a souhaité prendre la parole. Il revient en détail sur l’origine du dispositif, ses objectifs réels, son encadrement légal et les raisons pour lesquelles cette installation répond avant tout à un impératif de sécurité publique et de cohabitation avec les riverains.

Entretien avec Benoît Dulac, maître d’équipage du Normand Piqu’hardi
BSL : Depuis une semaine, une pétition accuse votre équipage d’avoir installé une « bâche » destinée à piéger les cerfs lors de la chasse. Pouvez-vous nous expliquer l’origine de ce dispositif ?
BD : Il faut d’abord replacer les choses dans leur contexte. Depuis sept à huit ans, les grands cervidés ont pris l’habitude de se polariser sur un secteur situé juste à l’extérieur de la forêt de Dreux. Ce phénomène n’est pas lié à la chasse, mais à l’évolution du territoire. Nous sommes sur une lisière très anthropisée, avec des propriétés privées, des prairies et des habitations.
BSL : Que se passe-t-il précisément dans ce secteur ?
BD : Les propriétaires de ces terrains ne souhaitent ni voir les cerfs sur leurs parcelles, ni qu’ils y soient chassés. Résultat : ils ont progressivement installé des grillages, parfois complétés par des clôtures électriques. On se retrouve avec un espace extrêmement attractif pour les animaux, mais qui se ferme de plus en plus. Les cerfs y trouvent calme et nourriture, mais lorsqu’ils sont dérangés, ils se retrouvent canalisés vers les zones habitées.
BSL : Vous évoquez un risque concret ?
BD : Absolument. Nous avons déjà vécu des situations très problématiques. Lors d’un épisode récent, un cerf a terminé sa course dans le jardin d’une maison, avec la meute à proximité. J’ai pu gérer la situation, retirer les chiens et faire repartir l’animal, mais cela ne sera pas toujours possible. Si ce type d’incident se produit cinq ou dix fois par an, cela devient un véritable enjeu de sécurité publique.

BSL : C’est donc pour répondre à ce risque que le dispositif a été mis en place ?
BD : Exactement. L’objectif n’a jamais été de « bloquer » un animal pour le prendre. Il s’agit d’empêcher une refuite accidentogène vers les maisons ou vers la route qui sépare la forêt de la rivière. Ce rideau n’est installé que sur environ 3 % du périmètre total de la forêt, qui fait plus de 50 kilomètres. Les 97 % restants restent totalement ouverts.
BSL : Vous parlez d’un rideau, certains parlent d’un piège. Quelle est la différence ?
BD : Un piège capture un animal. Ce dispositif ne capture rien. Il est souple, opaque, tendu sur un câble haut, et les animaux s’en tiennent naturellement à distance, généralement à quinze ou vingt mètres. Il n’y a ni contact, ni blessure, ni stress supplémentaire. Il s’agit simplement de bloquer un passage dangereux, pas de fermer la forêt.

BSL : D’où vous est venue l’idée de ce système ?
BD : Elle s’inspire des « bomas » utilisées en Afrique, des rideaux souples destinés à canaliser la faune sans contrainte physique. Nous avons adapté ce principe aux particularités de la forêt de Dreux, à nos pratiques de vénerie et à la proximité immédiate des zones habitées.
BSL : Ce dispositif est-il légal ?
BD : Oui, et c’est un point fondamental. Le dossier a été présenté à l’Office français de la biodiversité, qui a analysé juridiquement le dispositif. L’OFB a conclu qu’il ne s’agissait ni d’un piège ni d’un moyen de chasse interdit, et qu’aucune déclaration ni autorisation spécifique n’était requise. L’Office national des forêts a donné son accord en tant que gestionnaire, après cette validation.
BSL : Contrairement à ce qui est affirmé, ce n’est donc pas l’ONF qui a installé ou financé cette bâche ?
BD : Non. L’ONF n’a rien installé. Il a autorisé son locataire, en l’occurrence l’équipage, à le faire après validation par l’OFB. C’est une nuance essentielle, souvent ignorée dans les discours militants.
BSL : Le collectif affirme que des cerfs seraient « piégés » par ce dispositif. Que répondez-vous ?
BD : Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis le début de la saison, sept cerfs ont été pris, dont seulement deux à proximité immédiate du rideau, à plus de vingt mètres néanmoins. Rapporté aux 3 % du périmètre concernés, cela démontre précisément que le dispositif ne piège pas. Les cerfs chassés depuis le début de la saison, qui sont venus à proximité de la boma ont reculé et se sont faits chasser partout ailleurs en forêt. Trois l’ont d’ailleurs quittée en débuchant vers d’autres refuites.
BSL : Certains évoquent une atteinte à l’éthique de la chasse à courre.
BD : Je rappelle que pendant des décennies, des grillages fixes ont été installés dans de nombreuses forêts domaniales, et certains sont encore en place trente ans après. La différence majeure ici, c’est la réversibilité. Le rideau est fermé la veille ou le matin de la chasse, et rouvert le soir même, environ vingt jours par an. Le reste du temps, la forêt est totalement libre.

BSL : Le dispositif longe un sentier de grande randonnée. Les promeneurs doivent-ils s’inquiéter ?
BD : Non. Le rideau est visible, signalé et temporaire. Il ne ferme pas le sentier, ne constitue pas une barrière rigide et n’empêche en rien la circulation humaine. Il s’agit d’un outil de cohabitation, pas d’appropriation de l’espace forestier.
BSL : Comprenez-vous malgré tout les inquiétudes exprimées ?
BD : Je comprends les interrogations, mais pas les procès d’intention. Nous sommes ouverts au dialogue, aux retours d’expérience et à l’amélioration continue du dispositif. Cette expérimentation n’a qu’un objectif : éviter des accidents graves, protéger les riverains et maintenir une pratique de la chasse compatible avec un territoire de plus en plus urbanisé.
BSL : Un dernier mot ?
BD : La vénerie ne peut exister que si elle respecte son territoire et ceux qui y vivent. Cette installation ne vise ni à enfermer la faune ni à tricher avec la chasse, mais à répondre de manière responsable à une réalité locale. C’est une démarche de sécurité, pas de confrontation.












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