Cerf tué à Graufthal : pourquoi les chasseurs ont eu le bon réflexe?

Dimanche 25 janvier, en fin d’après-midi, un cerf a été abattu dans le hameau de Graufthal, rattaché à la commune d’Eschbourg. L’animal, poussé hors de la forêt par des chiens lors d’une battue de chasse, s’était réfugié au cœur du village, déclenchant une intervention des forces de l’ordre et de l’administration forestière. La décision d’abattre le cervidé, prise au nom de la sécurité publique, suscite depuis de vives réactions.

Un cerf désorienté en zone habitée

Selon les éléments communiqués par le maire d’Eschbourg, Étienne Wagner, le cerf avait quitté son milieu forestier après avoir été mis en mouvement par des chiens de chasse. Désorienté, l’animal a erré dans le hameau de Graufthal, un secteur habité, ce qui a conduit à l’intervention de la gendarmerie, accompagnée d’un agent de l’Office national des forêts.

Dans un premier temps, les informations transmises à l’élu n’indiquaient aucune blessure apparente. Le maire a alors demandé que l’animal soit guidé calmement vers une route afin de favoriser un retour vers la forêt. Un second échange téléphonique a toutefois modifié l’analyse de la situation. Les personnes présentes sur place ont signalé une dégradation rapide de l’état du cerf, incapable de se déplacer correctement et chutant sur l’arrière-train.

Une décision prise « par principe de précaution »

Face à ces éléments, la possibilité d’un abattage a été évoquée. « Les personnes sur place ont jugé que, malheureusement, la solution de l’abattre devait être envisagée », a expliqué le maire dans un communiqué, précisant s’en être remis à l’expertise des agents assermentés présents. Étienne Wagner affirme avoir pris cette décision « sans gaieté de cœur », mais « par principe de précaution », afin d’éviter tout risque pour les habitants. L’abattage a finalement été réalisé par un agent de l’Office national des forêts, sous l’encadrement de la gendarmerie, en pleine zone habitée.

L’ONF évoque un « tir sanitaire »

De son côté, l’ONF défend la qualification de « tir sanitaire ». Pour son directeur Nord Alsace, l’animal était « très mal en point » et ne pouvait regagner son milieu naturel. Selon lui, un cerf en bonne santé ne se laisse pas approcher à quelques mètres et est capable de franchir des obstacles importants, ce qui n’était manifestement plus le cas ici. Cette version est cependant contestée par plusieurs habitants présents au moment des faits. Dans des témoignages recueillis par les médias, certains estiment que l’animal, bien que fortement stressé, s’était partiellement calmé après le départ des chiens et qu’aucune tentative sérieuse d’évacuation n’a réellement été menée.

La Fédération des chasseurs du Bas-Rhin partage ces interrogations. Son président, Frédéric Obry, considère que le cerf n’était pas mortellement blessé et que le secteur aurait pu être sécurisé afin de tenter une remise en forêt sans recourir à un tir létal.

L’analyse juridique d’Aymard de La Ferté

Pour éclairer ce type de situation sensible, Aymard de La Ferté rappelle un point juridique essentiel. L’achèvement d’un animal mortellement blessé ou aux abois ne constitue pas un acte de chasse au sens de l’article L420-3 du Code de l’environnement. Il s’agit d’un acte de nécessité, distinct de la pratique cynégétique.

Pour autant, intervenir sur un animal sauvage blessé sur la propriété d’autrui, et plus encore en zone urbaine ou périurbaine, expose les chasseurs concernés à des risques pénaux et médiatiques importants. Les affaires récentes montrent combien ces situations peuvent se retourner contre la chasse dans son ensemble.

Dans le cas de Graufthal, les chasseurs impliqués ont donc adopté, selon lui, le bon réflexe en alertant le maire afin que la décision relève de l’autorité municipale, garante de la sécurité publique. L’exécution de l’abattage a ensuite été confiée à l’administration, via un agent de l’ONF, sur demande de la gendarmerie, écartant ainsi toute implication directe des chasseurs dans l’acte final.

Le rôle des lieutenants de louveterie en question

Aymard de La Ferté souligne toutefois que la Fédération des chasseurs du Bas-Rhin n’a pas tort de rappeler le rôle des lieutenants de louveterie. Nommés par le préfet, ces derniers disposent d’une compétence juridique claire pour intervenir dans des situations d’urgence impliquant la faune sauvage, qu’il s’agisse de collisions, de sécurité routière ou d’animaux dangereux en zone habitée. Ils sont en outre spécifiquement formés à ce type d’intervention.

Pour autant, le juriste estime que le maire n’a pas commis de faute en sollicitant la gendarmerie. Il appartient en effet à l’administration d’apprécier l’opportunité des mesures nécessaires au maintien de l’ordre public. Le fait que la décision d’abattage et son exécution n’aient pas été confiées aux chasseurs constitue, selon lui, un point positif dans un contexte particulièrement sensible.

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Rédacteur en chef, SoChasse

Une réponse à “Cerf tué à Graufthal : pourquoi les chasseurs ont eu le bon réflexe?”

  1. sigrist georges

    Moi j’ai vi Bambi, les cerfs sont gentils tout plein, J’ai aussi vu un chasseur cueilli par un cerf et déplacé dans la ramure de l’animal; blessures sans trop de gravité. j’aiété chargé deux fois sur des allées forestières par des cerfs en brâme alors que j’étaisà cheval. tous les ans il y a des accidents avec ces animaus imprévisibles et terriblement réactifs. pourquoi tant de polémiques des cerfs il y en a dans presque toute la France, ce n’est pas une catastrophe, la sensiblerie et l’animalisme en sont une!!

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