Élevée dans un univers où la chasse appartenait au paysage familial sans jamais véritablement s’imposer à elle, Camille a vu son parcours basculer après la disparition de son grand-père. De la quête intime de compréhension à son engagement pour la chasse, elle retrace son passage du permis de chasser à ses premiers prélèvements, revient sur son intégration dans un milieu encore largement masculin, détaille son attachement au grand gibier et expose sa vision d’une chasse responsable en France. Elle nous confie enfin le rêve cynégétique qui guide désormais son horizon.
BSL : Camille, à quel moment la chasse s’est-elle imposée dans votre vie ?
CM : Ma relation avec le monde de la chasse est particulière. Durant mon enfance, j’ai toujours évolué dans cet univers sans pour autant m’y intéresser réellement. Je n’en comprenais ni le sens ni l’attrait. À l’âge de 16 ans, j’ai perdu mon grand-père, une personne avec qui j’entretenais un lien très fort et fusionnel. Il était passionné de chasse, au point de vouloir encore s’y rendre à la fin de sa vie. Après son décès, une question s’est imposée à moi : qu’aimait-il tant dans cette pratique ?
Animée par l’envie de comprendre, j’ai demandé à mon père de m’accompagner à une journée de chasse, à laquelle participaient plusieurs membres de ma famille. Cette expérience a été un déclic. J’y ai découvert bien plus qu’une simple activité : une véritable convivialité, un esprit de partage autour d’un intérêt commun, et un lien profond avec la nature et les animaux. Au fil du temps, j’y ai pris goût. Ce qui était au départ une démarche pour comprendre est devenu une passion. Cela fait désormais douze ans que je pratique la chasse.

BSL : Vous souvenez-vous de votre toute première chasse, arme en main ?
CM : Je m’en souviens parfaitement. C’était un samedi de décembre 2016, quelques jours après l’obtention de mon permis de chasse. Ce jour-là, mon père m’a laissé son poste, tout en restant à mes côtés. Je n’avais encore jamais réellement occupé un poste seule. Il m’a expliqué ce qu’il observait, ce qu’il analysait en arrivant : se positionner discrètement, se camoufler, repérer les coulées/les drailles, comprendre les passages du gibier. Puis le moment est arrivé. Un chevreuil est passé à mon poste. Malgré le stress et l’émotion, j’ai su garder les bons réflexes. Le tir n’a pas abouti, mais cette expérience a marqué un tournant. Ce n’était plus simplement une découverte : c’était le début d’un véritable engagement.
BSL : Et votre premier prélèvement ?
CM :Le premier gibier que j’ai prélevé était un sanglier. Mon ancien président de chasse m’avait emmenée sur un territoire qu’il connaissait bien, avec l’intention de m’accompagner pour ce premier prélèvement. Il voulait que ce moment soit encadré et vécu dans les meilleures conditions. J’entends alors les chiens se rapprocher. La tension monte. Il me glisse calmement : « Prends le deuxième de la compagnie. » Je me positionne, j’observe, je respire. Je tire une première fois : l’animal est touché, mais il continue sa course. Je réarme, me reconcentre, puis effectue un second tir qui met fin à l’action. Ce jour-là, j’ai prélevé mon premier sanglier, un mâle de 60 kilos. Une journée marquante, d’autant plus qu’elle coïncidait avec l’anniversaire de mon frère, un symbole supplémentaire qui rend ce souvenir encore plus fort.

BSL : Comment avez-vous été accueillie dans un univers encore largement masculin ?
CM : L’accueil que j’ai reçu dans le monde de la chasse a toujours été extrêmement positif. Avant même d’obtenir mon permis, j’accompagnais déjà mon père lors des journées de chasse. J’évoluais au sein d’un très beau territoire, entourée majoritairement de personnes plus âgées, expérimentées et passionnées. Malgré la différence d’âge, j’ai toujours été accueillie avec bienveillance. Ils ont fait preuve de patience, de gentillesse et d’encouragement à mon égard. C’est d’ailleurs grâce à eux, à leur confiance et à leur soutien, que j’ai franchi le pas et décidé de passer mon permis de chasse.
BSL : Vers quels types de chasse vous dirigez-vous aujourd’hui ?
CM : Je privilégie la chasse au grand gibier, notamment les cervidés, les sangliers et les chevreuils. Parmi eux, l’animal que j’affectionne particulièrement est le cerf. Je le trouve majestueux, doté d’une prestance et d’une noblesse qui forcent le respect. Sa présence impose le silence, et chaque rencontre avec lui reste un moment fort, empreint d’intensité et d’admiration.

BSL : Quel regard portez-vous sur la chasse en France aujourd’hui ?
CM : La chasse en France souffre parfois d’une image fragmentée. Certains la jugent sans en connaître les fondements, d’autres se focalisent sur des comportements isolés amplifiés médiatiquement. Cette perception partielle occulte souvent la réalité du terrain. Lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre responsable et réglementé, la chasse participe activement à la gestion des populations animales et à l’équilibre des écosystèmes. Les chasseurs interviennent au cœur des territoires, observent les évolutions, adaptent leurs pratiques.
Pour améliorer son image, la chasse doit avancer sur trois axes : pédagogie, exemplarité, dialogue. Expliquer les enjeux, ouvrir les portes, montrer la rigueur des formations et des contrôles permettrait de dissiper bien des malentendus. La transparence constitue un levier puissant. Plus nous partagerons nos réalités, plus le débat gagnera en nuance.
BSL : Quel rêve cynégétique nourrit aujourd’hui votre horizon ?
CM : La région du monde où j’aimerais particulièrement chasser se situe en Amérique du Nord. Mon objectif serait d’y chasser le wapiti, un animal que je trouve à la fois imposant et fascinant. Sa taille, sa prestance et le son unique de son brame en font une expérience de chasse exceptionnelle, que j’espère pouvoir vivre un jour.











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