Quand la guerre moderne remet un calibre de chasse à la mode

Drones

Alors que les conflits contemporains sont souvent présentés comme des vitrines de haute technologie, certaines réalités du terrain viennent rappeler que des outils bien plus anciens conservent toute leur pertinence. À l’heure des drones, des capteurs et du combat numérisé, un grand classique de la chasse fait un retour remarqué dans les rangs de l’armée française : le fusil calibre 12.

Face à la menace des drones, le retour du bon vieux 12 !

Les enseignements tirés de la guerre en Ukraine sont sans appel : les drones y jouent un rôle déterminant, étant responsables d’une part considérable des pertes sur le terrain. Une évolution rapide qui oblige toutes les armées à revoir leurs doctrines. Dans ce contexte, la lutte anti-drone devient une priorité. Face à des engins rapides, maniables, parfois très petits et évoluant à basse altitude, certaines solutions technologiques montrent leurs limites. C’est là qu’intervient un outil bien connu des chasseurs : le fusil calibre 12. Au sein du 2e régiment d’infanterie de marine, les soldats sont désormais formés à l’utilisation de fusils à pompe Benelli Supernova à canon de 71 cm, chambrés en 12×76. Chargés avec des cartouches de chevrotine, ces fusils permettent d’intercepter un drone à courte distance grâce à la dispersion des projectiles, augmentant significativement les chances de toucher une cible rapide et erratique. Un principe simple, éprouvé, que tout chasseur connaît parfaitement.

Une arme déjà utilisée… mais dans un tout autre contexte

Jusqu’à présent, le fusil à pompe de calibre 12 dans l’armée française était surtout cantonné à des environnements bien spécifiques, notamment les biotopes tropicaux comme en Guyane. Dans le cadre des opérations de lutte contre l’orpaillage illégal, ces armes, souvent dotées de canons relativement courts, étaient privilégiées pour le combat rapproché en milieu fermé, notamment en jungle. Leur maniabilité et leur puissance à courte distance en faisaient des outils adaptés à ces conditions très particulières. Mais leur emploi restait limité à ces théâtres d’opérations spécifiques. Aujourd’hui, leur utilisation évolue clairement, avec une intégration progressive dans des scénarios beaucoup plus larges, notamment en Europe.

Du ball-trap au champ de bataille

Ce retour en grâce du calibre 12 s’accompagne logiquement d’une adaptation des formations. Depuis l’an dernier, les militaires du 1er régiment d’infanterie de marine ont ainsi noué un partenariat avec le club de ball-trap de Bignac. Une démarche loin d’être anodine. L’objectif est de s’appuyer sur l’expérience des tireurs sportifs dans le tir sur cibles volantes. Car intercepter un drone en mouvement exige des qualités bien spécifiques : lecture de trajectoire, anticipation, vitesse d’exécution. Dans cette optique, le 1er RIMa s’appuie notamment sur le Benelli M4, un fusil semi-automatique lui aussi chambré en 12×76, permettant d’enchaîner rapidement les tirs dans des situations dynamiques. Autant de compétences que les chasseurs et les pratiquants de ball-trap maîtrisent depuis longtemps.

Une guerre qui réhabilite les fondamentaux

Qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine ou des tensions récentes impliquant l’Iran, une constante s’impose : les drones sont devenus des acteurs majeurs du champ de bataille. Peu coûteux, faciles à déployer, parfois modifiés de manière artisanale, ils imposent une adaptation permanente. Face à cette menace, le fusil calibre 12 apparaît comme une solution simple, robuste et immédiatement opérationnelle. Une arme que certains auraient pu considérer comme dépassée, mais qui retrouve aujourd’hui une utilité bien concrète.

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