Il y a des soirs électoraux qui passent inaperçus et d’autres qui ont un petit goût de retour au réel, et celui-ci en fait clairement partie, avec une série de villes passées sous pavillon écologiste en 2020 qui ont vu leurs maires battus ou lourdement sanctionnés dans les urnes, comme si une partie des électeurs avait décidé de refermer la parenthèse d’une écologie municipale jugée parfois plus idéologique que concrète.
À Bordeaux, Pierre Hurmic, qui s’était imposé de justesse en 2020, n’a pas résisté cette fois à la sanction, chutant autour de 44 % face à une opposition rassemblée, un score qui dit beaucoup du désenchantement après un mandat marqué davantage par des symboles que par des réalisations structurantes, et difficile de ne pas repenser à ce fameux « sapin mort » qui avait cristallisé à lui seul le fossé entre une vision militante et une attente populaire tout simplement attachée à ses traditions. À Strasbourg, la maire Jeanne Barseghian, pourtant solidement installée en début de mandat, recule nettement avec un score autour de 43 %, preuve que la dynamique verte n’a pas résisté à l’épreuve du terrain, notamment après des décisions très commentées comme la mise à l’écart du foie gras dans les réceptions officielles, symbole pour beaucoup d’une écologie perçue comme moralisatrice et déconnectée des réalités locales. À Besançon, même scénario pour Anne Vignot, battue avec un score aux alentours de 45 %, dans une ville pourtant acquise à la cause écologiste il y a quelques années, mais où la gestion municipale et certaines priorités jugées secondaires ont fini par lasser un électorat en attente de réponses plus concrètes. Et puis il y a Poitiers, avec Léonore Moncond’huy, qui s’incline également en descendant sous la barre des 45 %, après un mandat marqué par plusieurs prises de position très idéologiques, notamment sur les questions de sécurité et d’aménagement, qui avaient déjà suscité l’incompréhension bien au-delà de la ville.
Ce qui relie ces défaites, ce n’est pas seulement un basculement politique classique, c’est un rejet plus diffus d’une manière de gouverner qui a parfois donné le sentiment de vouloir réécrire le quotidien des habitants au nom d’une vision théorique du monde, où le sapin devient un problème, où un produit du terroir comme le foie gras disparaît des tables, où chaque tradition semble devoir passer au filtre d’une morale nouvelle, et c’est précisément là que le lien avec le monde de la chasse apparaît en filigrane, car derrière ces décisions se dessinait une même logique, celle d’un rapport à la nature désincarné. À force de transformer les symboles populaires en sujets politiques, ces municipalités ont fini par créer une forme de lassitude, voire de rejet, et les urnes ont tranché sans détour, non pas contre l’écologie en tant que telle, mais contre une écologie perçue comme punitive, verticale et parfois hors-sol, et dans ce retour de balancier, il y a quelque chose d’assez simple au fond, presque évident, comme un rappel que les Français peuvent accepter qu’on fasse évoluer leurs pratiques, mais beaucoup moins qu’on leur explique qu’elles sont absurdes ou honteuses, et qu’à trop vouloir déconstruire les traditions une à une, certains ont fini par réveiller un réflexe bien plus puissant que prévu, celui de les défendre.











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