En été, les chiens de chasse continuent de travailler. Certains accompagnent leur maître lors des entraînements de pré-saison, d’autres participent à des concours, tandis que les plus jeunes découvrent le terrain avant l’automne. Mais sous la chaleur, leur plus grand adversaire n’est ni le relief, ni l’épaisseur des ronciers : c’est le coup de chaleur. Silencieux, rapide, souvent sous-estimé, il peut mettre un chien en danger en quelques minutes seulement. Comprendre comment il survient, repérer les signes précoces et adapter sa manière de sortir devient indispensable pour tout chasseur.
Quand la température devient un risque
Contrairement à l’homme, le chien transpire très peu. Son principal système de refroidissement repose sur l’évaporation de l’eau par le halètement. Lorsque l’air est sec, chaud et stagnant, cette évaporation devient difficile, voire inefficace. Sur un chien en pleine action ou soumis au stress de l’entraînement, l’équilibre thermique se rompt brutalement.
Les chiens de chasse, athlètes habitués à l’effort soutenu, sont particulièrement exposés. Leur excitation naturelle, la course prolongée, les terrains exposés ou la présence de végétation sèche amplifient le risque. Les races à poils épais, les chiens noirs ou les sujets en léger surpoids sont encore plus vulnérables, tout comme les jeunes chiens surexcités ou les chiens âgés.
Les premiers signes : ceux que l’on remarque, et ceux que l’on manque
Le coup de chaleur n’arrive jamais d’un seul coup. Il laisse des indices, mais ils sont souvent difficiles à détecter lorsque le chien évolue loin du chasseur ou change brusquement de rythme dans un sous-bois.
Les signes d’alerte les plus fréquents sont :
- halètement rapide et bruyant ;
- langue très longue, presque violacée ;
- démarche hésitante, perte de coordination ;
- fatigue soudaine,
- refus d’avancer ou au contraire agitation nerveuse.
Dans les stades avancés, on observe parfois :
- vomissements ;
- diarrhée ;
- effondrement ;
- perte de conscience.
À ce stade, le déplacement jusqu’au véhicule ou au vétérinaire devient difficile. La rapidité d’action est impérative.
Adapter ses sorties pour protéger le chien
Pendant la période estivale, le simple fait de décaler une activité peut suffire à éviter un coup de chaleur. C’est la première mesure que les chasseurs oublient ou négligent.
Choisir les bons moments
Les sorties devraient se limiter :
- tôt le matin ;
- tard le soir ;
- ou par temps couvert.
Éviter les heures chaudes n’est pas qu’une question de confort : c’est un réel impératif physiologique pour le chien.
Prévoir des pauses régulières
Chaque pause doit permettre au chien de :
- boire ;
- se calmer ;
- récupérer en position ombragée.
Un chien excité ne se reposera pas spontanément. Le rappeler, l’attacher ou l’apaiser est parfois nécessaire pour le ralentir.
Évaluer le terrain
Un chien travaillant dans un maïs haut, une friche dense ou un sous-bois cloisonné est plus exposé qu’un chien évoluant sur une prairie ventilée. Les zones sans circulation d’air multiplient les risques.
Hydratation : un geste simple mais souvent mal appliqué
La majorité des chiens boivent moins que nécessaire. Certains ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes, d’autres se laissent distraire par le terrain. Pour un chien de chasse, l’hydratation doit être anticipée.
Avant la sortie
Une hydratation modérée, une heure avant l’effort, améliore la résistance du chien sans alourdir son estomac.
Pendant l’effort
Le chien doit boire par petites quantités, plusieurs fois. Une gourde avec embout ou une gamelle souple dans une poche de gilet sont des accessoires utiles. Les chiens habitués au rapport apprécient parfois les solutions aromatisées ou légèrement salines, mais leur utilisation doit rester maîtrisée.
Après l’effort
Il est préférable de laisser le chien se calmer avant de boire en grande quantité pour éviter les troubles digestifs.
Le rôle de l’ombre et de l’eau fraîche
L’accès à un point d’eau sécurisé peut sauver un chien. Mais il ne s’agit pas de le laisser plonger n’importe où.
Une baignade rapide :
- refroidit la peau ;
- diminue l’excitation ;
- réduit la fréquence respiratoire.
Mais certains plans d’eau stagnants présentent des risques bactériens ou parasitaires. Le chasseur doit privilégier les zones propres et éviter les immersions prolongées pour ne pas exposer le chien à un choc thermique.
Un simple chiffon mouillé passé sous le ventre, sur les pattes et autour de la tête est souvent plus sûr et plus efficace qu’un bain complet.
Le matériel utile quand la chaleur monte
Certains équipements sont devenus incontournables :
- gilet rafraîchissant pour chiens très actifs ;
- gourde pliable ;
- brumisateur manuel ;
- tapis rafraîchissant dans le coffre du véhicule ;
- caméra thermique ou GPS pour repérer un chien immobile trop longtemps.
Dans les véhicules, les cages doivent être ventilées et ombragées. Les coffres chauds représentent chaque été un facteur majeur de coups de chaleur, parfois mortels.
Quand arrêter immédiatement la sortie
Certains comportements imposent de stopper toute activité :
- halètement incontrôlable ;
- chien qui ralentit nettement ou s’assoit ;
- langue bleutée ou rouge sombre ;
- regard fixe, chien « absent » ;
- marche en zigzag.
Dans cette situation, le chien doit être refroidi rapidement :
- le placer à l’ombre ;
- mouiller ventre, pattes et nuque ;
- offrir de petites prises d’eau ;
- activer la ventilation du véhicule.
Les bains glacés sont à proscrire : l’arrêt thermique brusque peut aggraver la situation.
Le point critique : savoir renoncer
La pratique de la chasse implique une gestion responsable des chiens. En période estivale, l’envie de les entraîner ou de les préparer pour la saison est compréhensible, mais elle doit s’adapter aux conditions climatiques. Certaines journées ne sont tout simplement pas compatibles avec un effort soutenu.
Un chien bien entraîné au mois de juillet n’a aucune valeur si, en août, il est victime d’un coup de chaleur. Savoir interrompre ou reporter une sortie reste l’attitude la plus professionnelle.











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