Un an après l’emballement médiatique autour de la mort d’un cerf dans la propriété familiale de Luc Besson, le tribunal a rendu son verdict. Si l’émotion avait largement dominé le débat public, la justice, elle, s’est appuyée sur le droit strict. Retrait de permis, amendes, stages obligatoires et indemnisations : les peines prononcées ce mardi confirment que l’affaire dépasse largement la seule question cynégétique.
Le rappel de la position de So Chasse : un emballement plus idéologique que juridique
La chasse au grand gibier s’inscrit dans un cadre légal extrêmement encadré. L’incident survenu en février 2025 dans l’Orne ne relevait ni d’un « massacre » ni d’une pratique sauvage. La mise à mort d’un animal souffrant n’est pas, en droit, assimilable à un acte de chasse classique. Elle peut relever d’un geste de nécessité, à condition de respecter scrupuleusement la loi, notamment en matière d’accès aux propriétés privées. C’est précisément sur ce point que l’affaire a basculé du terrain cynégétique au terrain judiciaire.
Willy Schraen : « rétablir les faits face à la déferlante émotionnelle »
Face à la polémique, Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, avait pris la parole pour dénoncer ce qu’il qualifiait de « bêtises » et de contresens juridiques. Il avait rappelé que la battue avait été organisée à la demande du préfet de l’Orne en raison d’importants dégâts agricoles et forestiers, conséquence directe de zones volontairement non chassées. Sur la question centrale de la propriété privée, Willy Schraen soulignait une contradiction majeure : ceux qui invoquent ce droit contre les chasseurs sont souvent les mêmes qui, par ailleurs, défendent une nature sans frontières ni propriétaires. Un débat idéologique qui, déjà à l’époque, dépassait largement le cadre factuel du dossier.
Le jugement du tribunal d’Argentan : une décision conforme aux réquisitions
Un mois et demi après l’audience, le tribunal judiciaire d’Argentan a rendu son délibéré ce mardi 20 janvier 2026. Les deux chasseurs poursuivis ont été reconnus coupables d’infraction à la réglementation de la chasse, principalement pour s’être introduits sans autorisation sur une propriété privée.
Les peines prononcées sont les suivantes :
– retrait immédiat du permis de chasse pour les deux prévenus
– interdiction de repasser le permis pendant une durée d’un an
– amende de 1 200 euros pour le chasseur ayant porté le coup de dague
– amende de 600 euros pour le second chasseur
– obligation de suivre un stage de sensibilisation à la réglementation, à l’organisation et à la sécurité de la chasse, sous peine d’une amende supplémentaire de 1 000 euros
Associations et parties civiles : des indemnisations symboliques mais médiatiques
Les deux chasseurs ont été condamnés à verser solidairement 3 000 euros de dommages et intérêts à deux associations de protection animale constituées parties civiles, dont l’association de Stéphane Lamart et l’ASPAS. Luc Besson et sa mère ont, quant à eux, obtenu un euro symbolique de dommages et intérêts, conformément à leur demande. Une somme dérisoire sur le plan financier, mais lourde de sens sur le plan judiciaire et médiatique. Les prévenus disposent d’un délai de dix jours pour interjeter appel.
La vidéo, élément central du dossier judiciaire
Au cœur de la condamnation figure la vidéo tournée par la mère du réalisateur. Pour les magistrats, cet enregistrement a permis d’établir sans ambiguïté l’absence d’autorisation d’entrée sur la propriété privée. Les associations de protection animale y voient un précédent important. Stéphane Lamart n’a d’ailleurs pas manqué de marteler que la captation d’images constitue aujourd’hui un élément déterminant pour caractériser ce type d’infraction, appelant les propriétaires à documenter systématiquement toute intrusion.
Une affaire révélatrice d’un conflit ancien
Au-delà des peines prononcées, ce dossier illustre un affrontement ancien entre un propriétaire farouchement opposé à la chasse et le monde de la chasse confronté à des obligations de régulation. La surpopulation de cervidés dans le massif concerné, régulièrement documentée, reste en toile de fond d’un débat que la décision judiciaire ne suffira pas à clore. La justice a tranché sur le droit. La nature ne doit pas toujours se juger avec une telle froideur…











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