Figure très respectée du monde de la chasse, Jean-François Finot s’est éteint le 30 janvier 2026 à Givors, à l’âge de 83 ans. De l’Ardèche de son enfance à son évolution au sein du groupe Beretta, il aura marqué durablement la profession. Pierrick Mazodier, PDG du Groupe Humbert Beretta, qui fut recruté par lui en 2001, revient sur un parcours hors norme et sur l’homme derrière le dirigeant.
Des racines iséroises
Jean-François Finot était avant tout un homme de terrain. Né en Isère, fils d’agriculteur, il grandit sur une exploitation agricole importante pour l’époque. Très jeune, il découvre la chasse sur les terres familiales. Une pratique quotidienne, presque naturelle, dans une enfance passée dehors, d’abord avec sa 14 mm, puis avec un fusil.
Une relation à la nature fondatrice, même si, plus tard, Jean-François Finot regrettera parfois de ne plus retrouver la chasse d’antan qu’il avait connue enfant.
Des débuts industriels avant l’armurerie
Son parcours professionnel débute loin des armes. Jean-François Finot, après avoir fait la guerre d’Algérie fait ses premières armes comme chef d’équipe dans une usine Remington qui ne fabrique alors ni fusils ni carabines, mais des rasoirs et des machines à écrire. C’est là qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse, Josette avec laquelle il aura deux enfants Sandrine et Nicolas.
Il poursuit ensuite en tant qu’animateur des ventes chez Nestlé ou il travaillera notamment pour Tonimalt, avant de franchir un cap décisif avec son entrée dans le monde de l’armurerie via Franchi France, qui recherche alors un directeur commercial. Il gravit les échelons jusqu’à devenir directeur général, avant que la maison mère italienne ne dépose le bilan, entraînant la fermeture de la filiale française.
Berettarmi, puis la reconstruction d’Humbert
C’est à ce moment charnière que le groupe Beretta fait appel à lui. Jean-François Finot prend la direction générale d’une petite structure, Berettarmi, chargée de représenter la marque en France, sans stock ni logistique propre. L’ambition du groupe est toutefois claire : s’implanter durablement sur le marché français.
Beretta acquiert son distributeur historique, Humbert qui distribuait la marque depuis la fin des années 1960. BerettArmy est dissoute, ses actifs transférés à Humbert, et Jean-François Finot en devient le directeur général.
C’est en 2001 que Pierrick Mazodier est recruté comme directeur commercial. Une collaboration structurante, qui marquera durablement l’entreprise.
Une vision stratégique assumée
À l’époque, Humbert réalise environ 9 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une rentabilité fragile. Le catalogue compte près de 200 pages et une centaine de fournisseurs. Le choix stratégique est radical : recentrer l’entreprise sur les marques du groupe Beretta.
Sako, Tikka, Steiner, Burris, Benelli sont progressivement rapatriées. Deux divisions commerciales sont créées et dès la première année, le chiffre d’affaires passe à 16 millions d’euros. « Jean-François a été l’architecte de la reconstruction d’Humbert », résume Pierrick Mazodier.
Un dirigeant consensuel, mais déterminé
Stratège, posé, toujours égal d’humeur, Jean-François Finot laisse le souvenir d’un dirigeant profondément humain. Sous son impulsion, l’entreprise investit dans le service après-vente, recrute et se structure. Les effectifs passent d’une trentaine de salariés à plus de 75 au fil des années. Le chiffre d’affaires atteindra jusqu’à 65 millions d’euros.
« Il était consensuel, mais il allait toujours là où il voulait », confie Pierrick Mazodier. Un leadership discret, mais d’une grande efficacité.
Une présence durable au sein du groupe Beretta
En 2006, à 64 ans, Jean-François Finot quitte la direction générale d’Humbert. Pierrick Mazodier lui succède. Jean-François Finot devient consultant pendant quelques mois, puis administrateur d’Humbert et de Chapuis Armes. Il restera membre des conseils d’administration jusqu’en 2025.
Au total, il aura consacré près de vingt-cinq années au groupe Beretta, entre direction opérationnelle et gouvernance stratégique.
L’Interpro et l’image de la chasse
S’il n’est pas à l’origine de la création de l’Interpro, Jean-François Finot en devient naturellement le président, à une époque où la structure regroupe fabricants d’armes, de munitions et d’élevge de gibier. Son expérience, sa crédibilité et sa capacité de dialogue en font un choix évident.
Le message de Jean-Christophe Chastang
« À la tête de l’interprofession, Jean-François a grandement contribué à structurer et à faire progresser la filière chasse française. Homme de valeurs humaines et de pragmatisme, il savait écouter, rassembler et concilier les différents acteurs avant de prendre des décisions déterminantes. Les actions qu’il a initiées continuent aujourd’hui de structurer l’activité d’InterProchasse. « J’ai beaucoup appris à ses côtés, notamment sur son univers professionnel des armes et munitions que je ne connaissais peu. Mais j’ai surtout côtoyé une belle personne, intelligente, bienveillante et visionnaire. Aujourd’hui je voudrais sincèrement remercier Jean-François pour la richesse des valeurs qu’il m’a transmises. Mes pensées vont vers sa famille. »
Très impliqué dans la valorisation de la filière chasse, il soutient de nombreuses initiatives visant à améliorer son image. Partenaire officiel de l’Assiette d’or, organisateur de manifestations de ball-trap avec des champions de ski, il œuvre toute sa vie à rendre la pratique plus lisible et plus respectée.
Un respect unanime dans la profession
Cycliste passionné, parcourant jusqu’à 10 000 kilomètres par an, Jean-François Finot était connu pour son endurance tranquille. « Il tenait la distance », sourit Pierrick Mazodier. Au fil des années, leur relation professionnelle est devenue amicale, fondée sur la confiance et l’échange. « Je ne crois pas qu’il se soit jamais fâché avec qui que ce soit dans la profession », confie-t-il.
Jean-François Finot laisse l’image d’un homme respecté, écouté, dont l’influence a durablement marqué la profession. Un parcours discret, mais essentiel. Un bâtisseur.












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