Cédric et Ithier de Fougerolle dirigent les Éditions de Montbel depuis de nombreuses années. Dernière maison d’édition française entièrement consacrée à la chasse et à la culture cynégétique, Montbel a su faire vibrer des générations de lecteurs passionnés grâce à un travail éditorial exigeant et à un catalogue riche d’ouvrages devenus pour certains des références. Installée rue de Courcelles à Paris, la maison d’édition est présente à la fois dans la capitale et sur internet grâce à un site de vente en ligne particulièrement bien référencé, qui permet aux amateurs de chasse, de nature et de littérature cynégétique d’accéder facilement à ses ouvrages. Aujourd’hui, Cédric et Ithier de Fougerolle souhaitent trouver un repreneur pour cette maison historique. Une décision importante qui ouvre une nouvelle page pour Montbel. Afin de mieux comprendre l’histoire de cette maison emblématique et les raisons de cette transmission, nous leur avons proposé de revenir sur son parcours, son identité et les perspectives d’avenir. Peut-être que le futur repreneur se trouve parmi les lecteurs de So Chasse ?
Cédric et Ithier, pouvez-vous nous raconter la naissance des Éditions de Montbel et l’esprit dans lequel cette maison d’édition a été créée ?
Lorsque nous avons repris Montbel en 1998, c’était une librairie de livres anciens spécialisée dans la chasse et l’équitation, fondée en 1946 par le commandant de Montbel. Dirigée depuis cinquante ans par Jacqueline Frachon, la librairie avait publié en … un bel album sur l’équipage Servan-Servan. Dès que nous avons relancé la vente de livres anciens, nous nous sommes rapidement aperçus que les grands classiques comme Foudras ou Vialar étaient très demandés et que pour chaque exemplaire proposé nous avions plusieurs demandes et que nous faisions donc bien des déçus !
Nous avons don songer à les rééditer pour pouvoir en faire profiter largement les lecteurs. C’est ainsi que nous avons lancé en 2000, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, la première édition complète des œuvres cynégétiques du marquis de Foudras. Dans la grande tradition des livres de chasse, nous avons proposé à Matthieu Sordot d’en assurer l’illustration. Ce fut un succès et nous avons poursuivi dans cette voie avec plus d’une centaine de rééditions depuis lors. En parallèle, nous avons constaté qu’il existait beaucoup de récits de grande chasse qui n’avait pas été traduits en français. Et, là aussi nous avons décidé de nous y atteler. Montbel s’est imposé comme un éditeur de référence pour les ouvrages liés à la chasse, la nature et la culture cynégétique. Comment cette ligne éditoriale s’est-elle construite au fil des années ?
Comme je l’indiquais, nous avons commencé notre aventure éditoriale avec la vénerie qui était le domaine traditionnel de la librairie. À partir du moment où nous avons demandé à nos clients quels étaient pour eux les principaux ouvrages anglo-saxons de grande chasse qui méritaient d’être traduits, le bouche à oreille à jouer à fond, et d’anciens guides de chasse ou des chasseurs en Afrique nous ont proposé leurs propres souvenirs. Ces deux domaines ont été les principaux des Éditions de Montbel pendant des années. Les difficultés de la chasse en Afrique francophone et la fin d’une génération qui avait connu la grande époque de cette chasse nous ont poussé à développer notre curiosité et notre intérêt pour les récits de grande chasse en Asie. Notre collection « Les aventuriers voyageurs » passionne ainsi un lectorat de férus d’aventures.
Fidèle à l’esprit de la maison, nous avons peu à peu développer des collections de littérature cynégétique, avec des classiques et des textes contemporains, des ouvrages sur l’histoire de la chasse (sur saint Hubert par exemple) et sur l’art de vivre inséparable de notre passion, à savoir la cuisine. Nous avons lancé en en 2007 un premier ouvrage sur la cuisine du sanglier qui demeure notre best-seller. Loin des recettes de grands chefs, infaisables chez soi en réalité, ou des plats trop riches du XIXe siècle, nous avons mis l’accent sur des recettes originales, mais parfaitement réalisables, avec des proportions, des ingrédients, des puissances et des temps de cuisson adaptés à notre quotidien. Peu à peu, avec des cuisiniers amateurs, des passionnés et des restaurateurs, nous avons développé cette collection, qui mêle, dans l’esprit culturel et patrimonial qui nous anime, illustrations anciennes et récits de chasse. Le chevreuil bien sûr, mais aussi des volumes consacrés à des gibiers plus rares comme la bécassine, l’alouette, le gibier de montagne, des incontournables comme le canard ou la bécasse, des accompagnements (les eaux-de-vie, la bière ou le cidre, les légumes, etc.) et même quelques titres originaux qui plaisent beaucoup : la cuisine du braconnier ou celle des gibiers « exotiques ».
Toujours sensibles à la lecture, nous avons créé, sur le modèle des Aventuriers voyageurs, deux collections de récits de chasse à tir, l’une consacrée aux chasses en France et en Europe, du gibier d’eau dans l’estuaire de la Seine à l’ours dans les Carpathes, et l’autre à la chasse de montagne en Europe. Enfin, nous avons décidé de rééditer des textes très rares, principalement de vénerie, dans des éditions à la typographie et à la mise en page soignées, parfois à petit nombre et numérotés, mais toujours accessibles.
D’autre part, devant le désintérêt grandissant des maisons d’éditions généralistes pour la chasse, nous avons lancé une série de livres pratiques rééditant à la fois le manuel de dressage du chien d’arrêt de l’abbé Godard, qu’en publiant les traités de dressage allemands les plus récents ou des ouvrages pour choisir son trophée de grand gibier ou son couteau.

En quoi les Éditions Montbel participent-elles aujourd’hui à la transmission de la culture de la chasse ?
Avant tout en mettant à la disposition des jeunes générations de chasseurs les textes qui ont fait rêver leurs aînés et qui constituent les bases de la pratique cynégétique dans notre pays. Je pense bien entendu à Foudras ou aux frères Bodard pour la vénerie, à Jean d’Orgeix pour la chasse en Afrique ou à Vialar et Genevoix pour la chasse à tir. D’autre part en publiant les textes des meilleurs chasseurs d’aujourd’hui (Séchet pour la vénerie, Vettier pour la grande chasse, par exemple), nous leur permettons de faire partager à leurs lecteurs une expérience incontournable.
La pratique, l’éthique et la passion de chasse se sont toujours transmises en chassant ensemble mais aussi en écoutant les récits des plus expérimentés. Les Éditions de Montbel, c’est un peu la veillée de chasse au coin du feu dont chacun peut bénéficier aujourd’hui dans l’avion, le métro, le soir dans son lit… ou effectivement avec un bon whisky au coin du feu !
Quels types d’ouvrages rencontrent le plus de succès auprès des chasseurs actuellement ?
Les ouvrages pratiques qui sont encore trop peu nombreux dans notre catalogue. Nous avons une forte demande par exemple pour des récits didactiques de chasse au gros, d’approche ou de chasse à l’arc. La cuisine, évidemment, qui est le prolongement naturel de la chasse et où les habitudes et les modes évoluent rapidement. Enfin, les bons récits, un peu nostalgiques, qui permettent aux chasseurs de rêver et retrouver pendant les mois de fermeture l’ambiance qu’ils aiment.



Y a-t-il un livre publié par Montbel dont vous êtes particulièrement fier ? Pourquoi ?
Chaque livre est une rencontre. Nous avons eu la chance de publier des grands guides de chasse (d’Orgeix, Caravati, Henriot, De Almeida, Grasselli, Sanchez-Arinio) qui nous ont fait confiance et de nous avons eu également le plaisir de travailler avec les grands artistes animaliers d’aujourd’hui : Arlaud, Fréminet, Sordot, Beaurin-Berthélemy, Prud’hon, par exemple.
Quels sont les livres ou les auteurs qui ont marqué l’histoire de la maison d’édition ?
La rencontre remarquable avec Jean d’Orgeix, qui avait abandonné la chasse depuis bien longtemps et qui a été ravi de se replonger dans cette passion. Nous avons eu la chance de travailler avec lui, il est venu rencontrer ses lecteurs sur les salons lors du lancement de son premier ouvrage chez nous et a été émerveillé de voir que les chasseurs ne l’avaient pas oublié et il nous a fait l’honneur de nous rédiger un petit ouvrage délicieux sur la faune africaine qui fut malheureusement son dernier livre. La trilogie des superbes albums de Jacques Vettier, avec des récits et des photos de chasses incroyables dans le monde entier.
Vous avez récemment évoqué la possibilité de transmettre les Éditions de Montbel. Qu’est-ce qui vous a conduit à cette réflexion ?
Comme Jacqueline Frachon, qui avait succédé à Émile de Montbel et nous l’avait transmise il y a vingt-cinq ans, nous avons pris l’année dernière la décision de transmettre la librairie à une nouvelle génération. D’une part, nous avons tous les deux autour de soixante ans et nous souhaitons nous consacrer dans les années à venir à notre métier d’origine qui est l’expertise de livres rares, mais aussi nous avons conscience que le marché s’entretient aujourd’hui en étant présent sur les réseaux, ce qui est moins notre culture que celle des nouvelles générations. Comme nous sommes devenus des experts de la chasse, de toutes les chasses certes… mais en théorie, à travers les pages des ouvrages, et non sur le terrain… nous avons bien conscience que nous manquons de l’expérience nécessaire pour lancer les nouvelles collections réclamés par nos clients : les livres de photos, les romans policiers, les ouvrages pour la jeunesse, la “nouvelle” cuisine, celle du barbecue ou des burgers !
Dans quel état se trouve aujourd’hui la maison d’édition : catalogue, auteurs, projets en cours ?
Depuis vingt-cinq ans nous avons publié plus de trois cents ouvrages qui ont tous été rentables. Nous avons encore près de deux cent cinquante titres disponibles et nous vendons chaque semaine des titres publiés il y a plus de dix ou quinze ans. Nous avons surtout pas mal de projets et une demi-douzaine de livres en cours. Certains sont prêts à paraître, comme cette belle étude sur le peintre de vénerie et de chevaux du début du XXe siècle Antoine de Salaberry, mais aussi des récits inédits d’un grand guide de chasse récemment décédé, un livre pour enfants sur le chevreuil, la réédition d’un texte sur la chasse du loup, les souvenirs d’un maître d’équipage très connu, etc.
Quel type de repreneur recherchez-vous aujourd’hui pour assurer l’avenir de Montbel ?
Un passionné de chasse et de culture, un entrepreneur à l’aise avec la communication sur les réseaux sociaux. L’édition est une sorte d’artisanat fait de rencontres et de mise en musique des talents de chacun, l’auteur, l’illustrateur, le maquettiste et l’imprimeur. Nos outils techniques de réalisation de livres et de commercialisation (site, lettre hebdomadaire, logistique d’expédition, contrats avec les diffuseurs) sont professionnels et opérationnels. Nous avons appris assez facilement ce métier sur le tas, et nous entendons bien transmettre tout cela en douceur en accompagnant notre repreneur. Libérée aujourd’hui de la contrainte d’une boutique, 100% en ligne, notre activité se développe de n’importe où et convient parfaitement à un entrepreneur individuel en faisant appel à des intervenants indépendants pour certaines tâches ponctuelles (maquette et mise en page ou réécriture si nécessaire, par exemple).
Un dernier mot pour les lecteurs ?
Alors que Montbel fête cette année ces quatre-vingt ans, nous sommes très enthousiastes à l’idée de donner un nouveau souffle à cette belle et vénérable maison qui a déjà accompagné trois ou quatre générations de chasseurs. Depuis les manuscrits du Moyen Âge, il y a toujours eu des livres de chasse, car notre passion se raconte, se partage, fait rêver et s’apprend. Alors que chacun, et les chasseurs en particulier, prend de plus en plus en plus conscience de la permanence de la nature, de la noblesse de la faune sauvage et de la nécessité de la convivialité, nous avons le devoir d’accompagner ce renouveau en développant le livre, objet intemporel qui nous accompagne à la maison, à la chasse et en voyage et qui reste un cadeau indémodable.













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