Vol de données : qui en veut aux chasseurs et aux tireurs sportifs ?

Ce matin, un incident de sécurité informatique a touché les systèmes de la Fédération nationale des chasseurs. Très rapidement circonscrit, cet événement a néanmoins ravivé une inquiétude désormais bien identifiée dans notre société numérique : celle du vol de données personnelles. Dans un contexte marqué par une affaire récente, documentée et aux conséquences très concrètes ayant touché les tireurs sportifs, certaines informations ont commencé à circuler, évoquant la possible mise en vente de données liées à l’écosystème de la chasse française. Des affirmations qui appellent aujourd’hui à la prudence et à la distinction claire entre faits établis et hypothèses en cours de vérification.

Un incident informatique reconnu par la Fédération nationale des chasseurs

La Fédération nationale des chasseurs a confirmé avoir été victime, le 20 janvier 2026 à 5h30, d’un acte de cyber-malveillance ciblant l’espace adhérents du guichet unique de validation des permis de chasser. L’incident a été détecté très rapidement par les équipes techniques, qui ont immédiatement isolé les accès concernés, stoppant l’attaque et en limitant l’ampleur.

Selon la communication officielle de la FNC, aucune donnée bancaire, aucune information relative à la détention d’armes et aucun mot de passe ne sont concernés. L’attaque a toutefois entraîné un accès non autorisé à certaines informations personnelles ainsi que, le cas échéant, à des données liées à la validation du permis de chasser. Les autorités compétentes ont été informées, notamment la CNIL, et une plainte a été déposée. Une enquête est en cours. Les systèmes concernés doivent être remis en service dans les prochains jours dans un environnement sécurisé.

Des informations présentées comme compromises, mais non confirmées à ce stade

En parallèle de cette reconnaissance d’un incident limité, plusieurs publications relayées sur les réseaux sociaux et par certains médias évoquent la circulation ou la mise en vente d’une base de données présentée comme liée à la chasse française, impliquant potentiellement la Fédération nationale des chasseurs et l’Office français de la biodiversité.

Ces éléments reposent sur des analyses indépendantes menées par des acteurs de la veille en cybersécurité, qui indiquent avoir observé des fichiers structurés sur des espaces clandestins. À ce stade toutefois, l’authenticité complète de ces jeux de données n’est pas confirmée, et aucune validation institutionnelle n’est venue corroborer l’existence d’une fuite massive telle que décrite. La distinction est essentielle : une alerte ne constitue pas une preuve. En l’absence de confirmation technique, judiciaire ou administrative, aucune conclusion définitive ne peut être tirée.

Le précédent avéré de la Fédération française de tir

Si la prudence s’impose, un précédent récent permet de comprendre pourquoi ces alertes suscitent une inquiétude particulière. En octobre dernier, la Fédération Française de Tir a été victime d’une cyberattaque d’ampleur, désormais établie par l’enquête judiciaire.

Selon les éléments confirmés par le parquet, les données personnelles de 250 000 licenciés actuels et d’environ 750 000 anciens adhérents ont été compromises à la suite de la compromission d’un compte interne. Les informations concernées incluaient notamment l’état civil, les adresses postales, les numéros de téléphone et les adresses électroniques.

Quand le vol de données débouche sur des agressions bien réelles

Dans le cas de la Fédération française de tir, la cyberattaque ne s’est pas limitée à un incident informatique. Les données ont été revendues sur des forums illégaux et des canaux de messagerie chiffrée, avec la diffusion d’échantillons destinés à prouver leur authenticité. Les conséquences ont été immédiates et concrètes. Plusieurs licenciés ont été victimes de cambriolages ciblés, d’usurpations d’identité et de tentatives d’intimidation. Des criminels se sont notamment fait passer pour des policiers ou des gendarmes afin de se présenter au domicile de tireurs sportifs, sous prétexte de contrôles administratifs, avant de dérober des armes à feu. Les autorités ont depuis rappelé un principe clair : ni la police ni la gendarmerie ne se déplacent à domicile pour récupérer des armes de cette manière.

Deux dossiers distincts, une mécanique criminelle commune

Il serait erroné d’assimiler la situation actuelle de la chasse à celle vécue par les tireurs sportifs. Les faits, leur ampleur et leur degré de confirmation sont différents. Pour autant, l’affaire de la Fédération française de tir illustre un point central : le vol de données personnelles n’est pas une menace abstraite.

Lorsqu’un fichier associe une identité, une adresse et une pratique liée, directement ou indirectement, aux armes, il peut devenir un outil pour des réseaux criminels, indépendamment de la réalité de la détention effective d’armes au domicile. La simple supposition suffit parfois à déclencher des passages à l’acte.

Vigilance sans emballement

La Fédération nationale des chasseurs appelle ses adhérents à la vigilance face à toute communication inhabituelle, à ne jamais communiquer leurs mots de passe et à se référer aux recommandations officielles en matière de prévention contre l’hameçonnage.

À ce stade, aucun élément ne permet d’affirmer qu’une fuite massive comparable à celle ayant touché la Fédération française de tir a concerné le monde de la chasse. Une enquête est en cours et elle seule permettra d’établir les faits. Cette séquence rappelle néanmoins une réalité plus large : les organisations associatives et fédérales, y compris dans le domaine de la chasse, évoluent dans un environnement numérique exposé à des menaces croissantes. Lorsque les données personnelles deviennent une monnaie d’échange, leurs conséquences peuvent, elles, être bien réelles.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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