Au congrès national de la Fédération nationale des chasseurs, organisé à Deauville le 19 mars 2026, Willy Schraen a livré un discours dense, offensif et très politique. Devant un auditoire venu nombreux, le président de la FNC a dressé un bilan de l’année écoulée, fixé un cap pour les mois à venir et réaffirmé une vision claire de la chasse française. Dans son intervention, il a défendu une chasse populaire, moderne, enracinée dans les territoires, tout en dénonçant les attaques médiatiques, les pressions idéologiques et les blocages institutionnels qui, selon lui, fragilisent le monde cynégétique.
Une chasse présentée comme bien plus qu’un loisir
Dès les premières minutes de son discours, Willy Schraen a choisi de donner une définition forte de la chasse. Pour lui, la chasse française n’est pas une simple activité de plein air ni un loisir parmi d’autres. Elle constitue un mode de vie, un marqueur culturel et un espace de liberté pour la France rurale. En rappelant qu’elle rassemble près d’un million de pratiquants, qu’elle mobilise des milliers de bénévoles et qu’elle participe à la gestion de millions d’hectares de territoires, il a voulu replacer la chasse au centre d’un ensemble plus large : celui des traditions, de la responsabilité et du lien concret au vivant. Le président de la FNC a insisté sur cette double idée de liberté et de responsabilité. Liberté pour les femmes et les hommes des territoires de vivre leurs passions, de transmettre leurs pratiques et de conserver leurs repères. Responsabilité envers la faune, les équilibres naturels et les réalités du terrain. Dans sa bouche, ces deux notions ne s’opposent pas. Elles forment au contraire le socle d’une chasse qu’il veut défendre sans complexe.
Un président affaibli physiquement, mais toujours au combat
Willy Schraen a aussi donné un ton personnel à sa prise de parole. Il s’est excusé de ne pas avoir pu effectuer son traditionnel tour de France en présentiel, évoquant une triple fracture de la jambe qui l’a éloigné physiquement des chasseurs pendant de longs mois. Mais il a aussitôt précisé que cette absence n’avait en rien freiné son action. À distance, a-t-il expliqué, il a continué à suivre les grands dossiers de la chasse française, avec l’appui d’une équipe qu’il a saluée à plusieurs reprises. Il a remercié le bureau national, le directeur général et l’ensemble des salariés de la FNC, mettant en avant une structure nationale qu’il juge désormais solide, organisée et capable d’affronter les tempêtes politiques ou administratives. Ce passage n’était pas anodin. Il visait à montrer que la fédération s’est professionnalisée et qu’elle dispose aujourd’hui d’un appareil suffisamment robuste pour porter des combats de fond, même dans un contexte conflictuel.
2025, une année charnière selon la FNC
Dans son bilan, Willy Schraen a décrit l’année 2025 comme une année charnière pour la chasse française. Une année de combats, de crises et de tensions, mais aussi une année de victoires concrètes. Il a cité en premier lieu l’opération « J’aime la Nature Propre », appuyée par une campagne radio et digitale, qu’il a présentée comme une réussite populaire majeure. Des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants ont, selon lui, participé au ramassage collectif des déchets dans les territoires. Au-delà de la chasse, cette action permet à ses yeux de rassembler largement autour d’une nature plus propre et plus belle. Autre temps fort mis en avant, la mobilisation du 17 mai dans le cadre du manifeste pour la chasse. Willy Schraen a souligné que les 11 revendications portées à cette occasion avaient franchi les portes des mairies, trouvé un écho dans les médias et rappelé la force du maillage rural représenté par les fédérations et les chasseurs. Dans son récit, cette mobilisation a démontré que la ruralité française, ses traditions et ses élus locaux restent vivants, structurés et déterminés.
Une chasse sous pression politique, médiatique et idéologique
Le cœur du discours reposait toutefois sur un constat plus conflictuel. Pour Willy Schraen, la chasse est devenue une cible dans un climat de plus en plus polarisé. Il estime qu’une partie du débat public cherche à faire croire que la chasse serait incompatible avec la biodiversité. Il voit dans cette offensive une forme d’idéologie punitive, portée par une vision du monde où l’animal serait systématiquement innocent et l’humain toujours coupable. Dans cette logique, le président de la FNC s’en est pris à ce qu’il considère comme une écologie de la posture, déconnectée du réel. Il a dénoncé une forme de misanthropie écologique qui voudrait effacer l’homme de la nature, alors même que, selon lui, le vivant repose sur des rapports complexes entre naissance, prédation, régulation et adaptation. À plusieurs reprises, il a opposé le terrain, l’expérience et la gestion concrète à ce qu’il appelle l’idéologie.
Migrateurs, loup, dégâts : les fronts prioritaires
Le discours a ensuite balayé plusieurs dossiers majeurs. Sur les migrateurs, Willy Schraen a salué la décision du Conseil d’État d’octobre 2025 validant les nouvelles modalités de gestion de neuf espèces d’oiseaux migrateurs. Il y voit une victoire du bon sens, de la science et de la chasse adaptative, rendue possible notamment grâce au suivi des prélèvements en temps réel. Il s’est également félicité de la réouverture de la chasse de la tourterelle des bois, qu’il a présentée comme un symbole fort. Sur le loup, le ton a été plus dur encore. Le président de la FNC a affirmé que le prédateur n’était plus compatible, dans ses effectifs actuels, avec un pays d’élevage comme la France. Il a apporté un soutien appuyé aux bergers et aux éleveurs, estimant que la réalité vécue sur le terrain n’avait rien à voir avec les discours médiatiques idéalisés. Il a même plaidé, dans certaines zones où l’élevage doit rester prioritaire, pour l’élimination des meutes entières. Autre dossier explosif, celui des dégâts de grand gibier. Willy Schraen a répété que le système d’indemnisation était à bout de souffle et qu’il conduisait les fédérations dans une impasse financière. Avec une facture proche de 100 millions d’euros par an, il juge le modèle devenu intenable. Sa demande est désormais simple : les chasseurs ne veulent plus payer la partie indemnisation de cette facture.
OFB, Europe, médias : les adversaires désignés
Le président de la FNC a également consacré de longues séquences à l’Office français de la biodiversité, à l’Union européenne et aux médias. Concernant l’OFB, il a dénoncé des divergences idéologiques croissantes, des procès-verbaux jugés abusifs, certaines positions scientifiques contestées et le financement, par l’établissement public, de structures militantes hostiles à la chasse. Son message a été limpide : la chasse française doit récupérer la maîtrise pleine et entière de son permis, de sa police et de son argent. Sur l’Europe, Willy Schraen a élargi le débat à l’agriculture, à la pêche, au vin et au monde rural. Il a accusé Bruxelles de vouloir uniformiser les modes de vie, produire des normes déconnectées des réalités locales et fragiliser les traditions. Du dossier du plomb de chasse à celui du Mercosur, il a développé une critique globale d’une technocratie qu’il estime éloignée du terrain. Enfin, il a dénoncé le traitement médiatique de certains faits divers liés à la chasse, jugeant que les journalistes déforment trop souvent les situations, alimentent la caricature et participent à une forme de post-vérité hostile au monde rural.
Recruter, transmettre et stabiliser les effectifs
Malgré ce ton combatif, la fin du discours s’est voulue plus positive. Willy Schraen a insisté sur la nécessité d’élargir la communauté cynégétique. Une étude IFOP présentée par la FNC montrerait qu’une majorité de personnes entrent dans la chasse parce qu’une connaissance leur en a parlé. Autrement dit, les meilleurs ambassadeurs de la chasse restent les chasseurs eux-mêmes. Il a donc appelé chacun à parler de sa passion autour de lui. Selon cette même étude, 7 % des personnes interrogées pourraient devenir chasseurs ou chasseresses, soit près de 5 millions de personnes. Forte de ce constat, la FNC a lancé une campagne de communication avec trois spots TV, portée par un slogan simple : « Qui va à la chasse trouve sa place ». Le président de la FNC a aussi évoqué la marque « Gibiers de France », la relance d’un programme de reconquête du petit gibier et la poursuite de la défense des chasses traditionnelles. À travers ces annonces, Willy Schraen a voulu rappeler que la chasse n’est pas seulement un monde qui résiste. C’est aussi, dans son esprit, une communauté vivante qui veut recruter, transmettre et durer.












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