À moins de trente ans, Florine Gabereau cumule déjà quatorze saisons de chasse et un engagement associatif important dans cet univers. Présidente des Jeunes Chasseurs du Cher et membre du conseil d’administration de l’Association nationale des Jeunes Chasseurs de France, cette passionnée défend une vision moderne et responsable de la chasse. Florine nous démontre dans cet entretien que la chasse doit réussir à se transmettre mais aussi à certains égards se transformer.
Florine, comment est née ta passion pour la chasse ?
FG : Ma passion est née très tôt. Elle me vient de mon père, qui est chasseur. Petite, je le voyais partir chasser le week-end. Étant l’aînée d’une fratrie de trois enfants, et en plus une fille, mes parents n’étaient pas forcément ouverts à l’idée que je puisse l’accompagner, surtout ma mère. Finalement, mon père m’a d’abord emmenée à la chasse au petit gibier. Avec ma petite sœur, nous le suivions et nous plumions les oiseaux prélevés pendant qu’il continuait à chasser avec son chien. Dès qu’un oiseau tombait, nous étions derrière pour le plumer. Puis, vers l’âge de 8 ans, il m’a emmenée chasser le grand gibier. Là, cela a été un véritable coup de foudre. Observer mon père, regarder travailler le chien, écouter ses conseils, ( pas toujours, j’avoue) et comprendre les règles de sécurité… c’est vraiment à ce moment-là que mon amour pour la chasse a commencé.

À quel âge as-tu passé ton permis de chasser ?
FG : J’ai commencé par la chasse accompagnée à 15 ans. L’année suivante, dès mes 16 ans, j’ai passé mon permis de chasse. Je l’ai obtenu assez facilement, mais je me souviens encore du stress ce jour-là. À l’époque, j’étais la seule femme de ma promotion. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes qui passent le permis, mais à ce moment-là, j’étais seule, j’avais 16 ans et cela m’avait vraiment impressionnée.
Te souviens-tu de ton premier gibier ?
FG : Oui, très bien. Pour le petit gibier, ma première prise a été une perdrix rouge. Je l’ai tirée plein travers à une trentaine de mètres avec un seul coup. Mon père était à côté de moi et je l’ai entendu dire : « Bon, qu’un coup… donc c’est loupé. » Sauf que moi, j’avais vu la perdrix tomber. Je suis allée la ramasser et j’étais tellement fière de la lui apporter.
Pour le grand gibier, mon premier animal a été une chevrette. Nous étions postés en ligne au milieu d’une plaine, à quelques centaines de mètres d’un bois. Les chevrettes sont sorties. Je me suis baissée, je suis restée immobile comme mon père me l’avait appris. L’une d’elles est passée près de moi, j’ai tiré et je l’ai touchée. Je me souviens encore de l’explosion de joie de mon père et de ses amis.
Mais mon souvenir le plus marquant reste mon premier sanglier. Nous étions dans le rabat avec autorisation de tirer en retour. À un moment, un sanglier me charge. Avec le stress, je tire à mes pieds, plein face… et je le rate. Il passe derrière moi dans le bois. Je tire à nouveau en retour et je le touche finalement à environ 70 mètres. Allez comprendre…

Comment es-tu accueillie à la chasse en tant que femme ?
FG : Selon les territoires, l’accueil n’est pas toujours le même. Aujourd’hui, j’arrive à la fin de ma quatorzième saison de chasse. Il existe encore des endroits où je ne peux pas me rendre seule sans être accompagnée d’un membre de ma famille ou d’un ami proche, car certains hommes peuvent être lourds, très lourds. À l’inverse, sur d’autres territoires, j’ai été adoptée sans aucune difficulté, avec respect et bienveillance. Être une femme à la chasse s’accompagne encore de nombreux préjugés. Pourtant, je ne compte plus les sangliers que j’ai prélevés. Et malgré cela, il m’arrive encore d’entendre devant un tableau de chasse : « Ah mais c’est toi qui l’as tué ? Tu as réussi ? ». C’est une question qu’on n’entend jamais entre hommes. Mais parce que je suis une femme, on me la pose.
Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons simplement d’être considérées et respectées de la même manière que les hommes. Ce n’est pas si compliqué.

Quel type de chasse préfères-tu pratiquer ?
FG : Je pratique principalement la chasse du grand gibier, sous différentes formes : en battue, en traque-affût, à l’approche ou à l’affût. Cependant, j’ai récemment repris un chien, un springer, en plus de ma Fox. Cela va probablement me permettre de pratiquer davantage la chasse au petit gibier, car quand on n’a pas son propre chien, c’est moins plaisant. Ce que j’aime particulièrement dans la chasse au grand gibier, c’est l’adrénaline qu’elle procure et le plaisir de voir travailler les chiens. Entendre les branches se briser quand on est au poste, suivre les chiens dans le rabat, ou intervenir sur un ferme quand c’est nécessaire… ce sont des sensations que j’adore.
Bien sûr, je reste très prudente au ferme. Je n’y vais jamais seule. Avec quelqu’un de confiance, oui. Mais je connais mes capacités physiques. Un sanglier de 50 kilos, c’est déjà mon poids.

Quel regard portes-tu sur la chasse en France ?
FG : Je suis très engagée dans la vie associative. Je suis présidente des Jeunes Chasseurs du Cher et membre du conseil d’administration de l’Association nationale des Jeunes Chasseurs de France. Améliorer l’image de la chasse fait donc partie de mon combat quotidien. La société évolue, et la chasse évolue aussi. Nous devons nous adapter, notamment face aux évolutions des populations animales.
Pour moi, la première chose à faire est de renforcer l’unité. Tous les acteurs du monde cynégétique doivent se soutenir : piégeurs, déterreurs, chasseurs à l’arc, chasseurs de gibier d’eau, de grand gibier en battue, à l’approche, les bécassiers, les utilisateurs de chiens courants… Il faut mettre fin aux rivalités entre modes de chasse. Si un mode disparaît, le suivant sera menacé. L’union fait la force. Tant que nous resterons divisés, nous n’avancerons pas.
La sécurité est également devenue une préoccupation centrale dans la société. Aujourd’hui, il existe des outils technologiques qui peuvent y contribuer. Par exemple, l’application We Hunt permet de visualiser en temps réel la position des postés, des rabatteurs ou encore des chiens équipés de traceurs. Cela améliore considérablement la sécurité sur le terrain. Mais la technologie doit rester un complément. Elle ne remplacera jamais les traditions : les trompes de chasse, les annonces à la voix dans le rabat, ou les codes transmis de génération en génération. Les deux doivent coexister.

Quel est ton rêve cynégétique ?
FG : Mon plus grand rêve serait de chasser au Canada. J’ai deux grandes passions : la chasse et le voyage. Je voyage beaucoup, alors pouvoir réunir les deux serait incroyable. Un autre rêve, plus simple mais très important pour moi, est de transmettre cette passion. Par exemple, pour cette fermeture, j’ai emmené mon filleul de trois ans à la chasse avec son père, qui n’est pourtant pas chasseur.
Voir son bonheur et l’entendre dire qu’il veut revenir avec sa marraine… c’est une immense fierté.












Laisser un commentaire