Entrée dans l’univers de la chasse par la battue au sanglier, Célia Cartoux incarne une nouvelle génération de chasseurs, attentive au travail du chien, à la gestion des écosystèmes et à la transmission. Chasseresse engagée dans le Vaucluse, elle revendique une pratique exigeante, curieuse et ouverte, où l’observation, le respect du gibier et le partage avec le grand public occupent une place centrale. Témoignage d’un regard lucide et résolument tourné vers l’avenir.

BSL – Célia, à quel moment est née votre passion pour la chasse ?
CC – Ma passion pour la chasse est née en 2018. À cette époque, j’accompagnais mon compagnon au poste lors des battues aux sangliers. Très rapidement, j’ai pris goût au travail des chiens, à la traque, à cette montée d’adrénaline propre à la chasse collective. Aller lever le sanglier, le mener, puis aboutir au prélèvement, c’est la chasse dans son ensemble qui m’a séduite. Cette approche globale, jusqu’à son aboutissement, a véritablement éveillé mon intérêt. L’acquisition d’un chien d’arrêt a ensuite confirmé cet attrait, notamment à travers la relation très forte qui unit le chien à l’homme.

BSL – À quel âge avez-vous passé votre permis de chasser?
CC – J’ai passé mon permis de chasser en 2022, à l’âge de 26 ans. Cette étape a été déterminante. J’ai pris beaucoup de plaisir à approfondir mes connaissances sur la faune, sur la gestion cynégétique et sur le rôle du chasseur dans l’équilibre des milieux. J’ai également découvert un véritable intérêt pour la manipulation des armes et le tir, des aspects techniques qui m’ont passionnée et qui n’ont fait que se confirmer avec la pratique.

BSL – Vous souvenez-vous de votre toute première chasse en tant que chasseresse ?
CC – Très clairement. C’était avec un fusil, en fin de journée, sur notre territoire que nous avons la chance de voir très vaste. Lors d’un arrêt prolongé de notre chien d’arrêt, j’ai prélevé mon premier faisan. L’action a été particulièrement marquante : des cyclistes, des promeneurs passaient derrière moi, mais rien n’a perturbé le chien, resté parfaitement à l’arrêt. Après le tir, j’ai pu féliciter mon chien, observer son comportement face au gibier. C’était une scène très forte, un souvenir fondateur et une immense fierté de ramener ce premier gibier à la maison.

BSL – Quel accueil vous a été réservé en tant que femme dans le monde de la chasse ?
CC – Un accueil très positif. J’évolue au sein d’une équipe où j’étais déjà encouragée à passer mon permis, puisque j’accompagnais régulièrement les chasseurs depuis plusieurs années. Mon intégration s’est faite de manière naturelle et légitime, sans aucun a priori. J’ai été présentée officiellement lors de l’assemblée générale de la société de chasse de Bédouin, et tout s’est déroulé avec beaucoup de bienveillance. Même si nous ne sommes pas encore nombreuses, la place des femmes dans la chasse se développe progressivement, et mon parcours s’inscrivait dans une suite logique.

BSL – Quels modes de chasse privilégiez-vous aujourd’hui, et pourquoi ?
CC – J’ai la chance de pratiquer plusieurs modes de chasse, ce qui nourrit ma curiosité. Aujourd’hui, ma préférence va clairement au chevreuil. J’aime le défi qu’il représente. C’est un animal que je n’ai pas encore prélevé seule, et cette quête me motive énormément. Je pratique donc principalement l’affût et l’approche, deux modes de chasse qui offrent une immersion totale dans la nature, une observation fine des animaux et de leur comportement. Ce sont des moments très intenses, qui comptent parmi mes plus beaux souvenirs. En fin de saison, je prends également beaucoup de plaisir à revenir au petit gibier avec notre chien, et à la battue au sanglier, qui reste à l’origine de ma passion.

BSL – Quel regard portez-vous sur la chasse en France aujourd’hui, et comment, selon vous, améliorer son image ?
CC – En tant que chasseresse, je mesure la chance que j’ai de pouvoir chasser aujourd’hui. La chasse en France traverse une période délicate en termes d’image, mais je reste profondément optimiste. Il est essentiel de communiquer, de montrer que les chasseurs ne se contentent pas de prélever du gibier, mais qu’ils portent aussi des projets, qu’ils œuvrent pour la gestion des populations et pour l’environnement. Les fédérations, notamment dans le Vaucluse, s’investissent beaucoup dans cette démarche, tout comme les sociétés de chasse locales. Pour améliorer nos pratiques et notre image, je crois profondément au partage. Inviter, expliquer, faire découvrir la réalité de la chasse de l’intérieur est, selon moi, la clé pour dépasser les idées reçues.

BSL – Quel serait votre rêve cynégétique le plus marquant ?
CC – Mon rêve serait de vivre une chasse à courre de l’intérieur. Découvrir cette pratique dans son ensemble, assister à la présentation du gibier aux honneurs, entendre les trompes de chasse, ressentir le lien entre les chiens, les chevaux et l’animal. Les chevaux font également partie de mes passions, ce qui renforce cet attrait. Aujourd’hui, je me régale pleinement à l’affût et à l’approche, mais je reste très curieuse de découvrir la chasse à courre si l’occasion se présente.












Laisser un commentaire