La chasse vue du terrain : inquiétudes, colères et raisons d’y croire
À travers des centaines de réactions publiées ces derniers jours par des chasseurs de toute la France sur notre page facebook, une chose apparaît clairement : la chasse ne laisse personne indifférent, surtout pas ceux qui la pratiquent. Derrière les colères, les doutes et les critiques, se dessine aussi un attachement profond et une envie de voir la chasse continuer à vivre. En prenant le pouls de cette parole libre, So Chasse a voulu comprendre ce que ressent vraiment la base cynégétique française aujourd’hui
Une communauté qui doute mais ne renonce pas
Les messages sont parfois durs, parfois ironiques, souvent passionnés. Beaucoup expriment une forme de fatigue, liée à la raréfaction du petit gibier, au coût du permis, aux difficultés d’accès aux territoires ou à l’accumulation des règles. Pourtant, derrière ces critiques, une chose saute aux yeux : ceux qui parlent continuent de se sentir profondément liés à la chasse.
Bernard, chasseur de plaine, l’écrit simplement : il reprendrait son permis “le jour où le lapin et le perdreau reviendront”. Cette phrase, on la retrouve sous mille formes. Elle ne traduit pas un rejet, mais une attente.
Le petit gibier comme boussole
Lapin, perdreau, grives, gibier de plaine. Ces mots reviennent sans cesse. Pour de nombreux chasseurs, le petit gibier reste la boussole de la chasse française. Jessy, chasseur depuis quinze ans, explique que sans le retour du lapin, “la situation ne peut pas vraiment s’améliorer”. Quand le petit gibier disparaît, ce n’est pas seulement une espèce qui décline, c’est tout un modèle de chasse populaire, accessible et transmissible qui vacille.
Des territoires sous tension
Les réactions montrent aussi combien l’accès à la chasse est devenu un sujet sensible. Gilles, chasseur du nord de la France, évoque des ACCA qui “ne prennent plus personne” et des chasses privées devenues hors de portée. D’autres rappellent qu’avant de penser à l’avenir, il faut déjà avoir un endroit où chasser. Cette difficulté à entrer ou à rester dans une société de chasse nourrit un sentiment d’exclusion, en particulier chez les jeunes et les nouveaux venus.
Le poids financier
Le coût revient régulièrement dans les discussions. Mathieu, par exemple, rappelle que lorsqu’on additionne validation, cartes et frais divers, la chasse représente un investissement important avant même la première cartouche. Pour certains, ce poids financier devient décourageant..
Une lassitude qui dépasse la simple réglementation
Les commentaires parlent aussi d’un climat. Bruno, après quarante ans de chasse, dit se sentir “sous pression permanente”. Damien confie même qu’il hésite à encourager son fils à chasser. Ces paroles ne viennent pas de gens indifférents, mais de chasseurs attachés à leur pratique, qui vivent mal l’accumulation de contraintes et le regard parfois hostile porté sur eux.
Des raisons d’y croire, même dans la tourmente
À rebours de ce pessimisme, plusieurs signaux positifs apparaissent aussi dans les échanges. Gaëtan, chasseur engagé dans sa fédération, parle d’un “énorme potentiel chez les nouveaux chasseurs” et de la nécessité d’inventer la chasse de demain.
De plus en plus de jeunes, de femmes et de néo-ruraux s’intéressent à la chasse, souvent pour le lien à la nature, les chiens ou la gestion de la faune. Claire, chasseresse depuis trois ans, raconte qu’elle est venue “pour être dehors, comprendre les animaux et participer à quelque chose d’utile”.
La nature et le grand gibier comme moteurs
Beaucoup rappellent aussi que les populations de sangliers, de chevreuils, de chamois et de cervidés n’ont jamais été aussi présentes. Jean-Michel, chasseur en zone forestière, explique que “voir autant d’animaux donne du sens à ce que l’on fait”. Cette réalité écologique renforce l’idée que la chasse reste un acteur central de l’équilibre des territoires. Depuis la crise sanitaire, le besoin de nature s’est renforcé. Pierre, 28 ans, dit avoir passé son permis “pour sortir, marcher, vivre quelque chose de concret”. Cette quête de plein air et de sens rapproche une nouvelle génération de la chasse, parfois sans héritage familial.
Une communauté qui se serre les coudes
Enfin, les commentaires montrent qu’au-delà des divergences, les chasseurs partagent un sentiment d’appartenance. Quand la chasse est critiquée, la solidarité revient. Paul résume cela en quelques mots : “Vive les chasseresses et les chasseurs.”
Cette cohésion, parfois rugueuse, reste l’un des piliers de la chasse française. Ce que dit la base aujourd’hui, ce n’est pas qu’elle veut disparaître. C’est qu’elle veut retrouver du sens, du gibier, de l’ouverture et de la reconnaissance. Entre inquiétudes et espoir, la chasse française cherche son nouvel équilibre. Et tant que cette passion collective reste vivante, il existe des raisons solides d’y croire.












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