Depuis quelques années, on entend partout que les chasseurs “régulent”. Ce mot a remplacé le mot “chasse” dans les médias, dans les débats télévisés, et même parfois chez certains d’entre nous. Comme si notre passion avait changé de nature. Comme si chasser était devenu une obligation sanitaire plutôt qu’un choix libre.
Je ne chasse pourtant pas parce que la société m’y oblige. Je chasse parce que je le veux. Parce que je suis heureux de me lever avant l’aube, d’écouter les chiens se récrier, d’attendre dans le froid, invisible, silencieux. Je ne me lève pas pour remplir une mission administrative. Je me lève pour chasser.
Pourtant, en chassant, nous participons bel et bien à l’équilibre des populations sauvages. Ce n’est pas une idée, c’est un fait. Si nous n’agissions pas, il faudrait payer quelqu’un pour le faire. On enverrait le louvetier de nuit, on enverrait des techniciens d ela mort, on mettrait en place des solutions coûteuses et impersonnelles. Ce serait une régulation forcée, sans transmission, sans culture, sans respect du territoire. La régulation n’est pas un choix. La chasse, si.
C’est justement ce qui fait la différence. Le régulateur est appelé quand il n’y a plus le choix. Le chasseur se rend sur son territoire parce qu’il connaît la faune, parce qu’il la suit, parce qu’il l’observe, parce qu’il en assume la gestion sur le long terme. Nous transmettons notre connaissance à nos enfants, à nos amis, à nos chiens. Nous apprenons l’attente, la patience, la sélection. Cela n’a rien à voir avec une opération technique menée en catimini.
Affirmons-le sans détour : oui, nous prenons du plaisir à chasser. Pas à tuer, mais à chasser. Le plaisir est dans la quête, dans l’incertitude, dans l’observation. La mort fait partie du processus, elle en est le résultat, pas la finalité. L’acte de tirer n’est ni un jeu ni une pulsion ; c’est une décision réfléchie, encadrée, mesurée, qui respecte un plan de chasse. Ce geste, nous ne le faisons ni pour nous glorifier, ni pour nous justifier. Nous le faisons parce qu’il fait partie d’un équilibre dont nous assumons la responsabilité.
C’est là que réside le danger de ne parler que de régulation : à force de réduire la chasse à son utilité, nous la rendons remplaçable. Si tout se résumait à gérer des animaux, alors demain on ferait appel à des entreprises privées, à des drones des hélicos, à d’autres moyens techniques qui excluraient complètement la passion, la culture, la connaissance du terrain. On nous dirait : merci, on n’a plus besoin de vous. La régulation peut être remplacée. La chasse, elle, ne l’est pas, parce qu’elle implique un lien vivant avec le territoire.
Nous devons donc retrouver une façon simple de dire ce que nous sommes. Pas des exécutants, pas des prestataires, pas des agents sanitaires. Des chasseurs. Nous faisons partie de la nature, nous l’observons, nous l’aimons, nous en prélevons un fragment avec mesure pour préserver l’ensemble. Notre utilité existe, mais elle n’est pas notre motivation première. C’est une conséquence.
Alors disons les choses comme elles sont. Le dimanche matin, le soir à la passée, au bord d’un marais, dans une forêt, en haut des cimes nous ne partons pas réguler. Nous partons chasser. Et c’est en chassant que la nature trouve son équilibre.
Nous chassons. Et parce que nous chassons, elle reste sauvage.












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