Vénerie du lièvre : quand tout repose sur le travail des chiens

Vénerie du lièvre chiens anglo-français

Souvent éclipsée par les débats autour de la grande vénerie, la chasse à courre du lièvre reste pourtant l’une des pratiques les plus anciennes et les plus authentiques de la chasse française. Le 22 mars dernier, à Rocheville dans la Manche, une journée de démonstration organisée avec le soutien de l’Association Française pour l’Avenir de la Chasse aux Chiens Courants a permis de remettre en lumière cette forme de chasse encore largement méconnue.

Une tradition vivante, loin des clichés

Plus d’une centaine de personnes avaient fait le déplacement pour assister à cette présentation de la petite vénerie, organisée en partenariat avec la société de chasse locale. Pour l’occasion, un équipage venu du Loiret, « Les Échos de la Fontaine », conduit par son maître d’équipage Christophe Rollet, avait fait le déplacement avec une meute de treize chiens courants anglo-français spécialisés sur le lièvre. Car c’est bien là toute la spécificité de cette chasse : une meute de chiens créancés sur ce gibier, qui doivent tenir la voie, relever les défauts et relancer la poursuite sans cesse.

Une chasse à pied, sans arme, où le gibier garde l’avantage

La vénerie du lièvre se pratique à pied, sans fusil. Ici, pas de tir, pas de plomb, uniquement le travail des chiens et l’œil du maître d’équipage. Lorsque le lièvre est lancé, la poursuite s’engage, rythmée par les défauts, les reprises de voie et les décisions du conducteur de meute. Animal rusé et rapide, capable de pointes à près de 65 km/h, le lièvre dispose d’un avantage évident. Il connaît son territoire, multiplie les ruses, coupe sa voie, revient sur ses traces. Dans la majorité des cas, il s’en sort. Quatre fois sur cinq, il échappe à la meute, ce qui fait dire aux veneurs que cette chasse reste l’une des plus naturelles qui soient.

Le rôle central du maître d’équipage

Dans cette chasse de finesse, le rôle du maître d’équipage est déterminant. Lorsque les chiens perdent la voie, ce qui arrive fréquemment, c’est à lui de lire le terrain, d’anticiper les mouvements du gibier et de relancer la poursuite. C’est là que tout se joue, quand il faut remettre les chiens dans la voie et relancer la chasse. Cette lecture du terrain, acquise avec les années, fait toute la différence entre une simple promenade derrière des chiens et une véritable chasse à courre maîtrisée.

Une pratique méconnue, mais bien présente en France

Si la petite vénerie reste confidentielle dans certains départements, notamment ceux très fragmentés par les routes ou l’urbanisation comme dans la Manche, elle demeure bien implantée dans de nombreuses régions françaises. Des équipages dédiés au lièvre, mais aussi au lapin ou au renard, perpétuent cette tradition dans un cadre souvent discret. Des structures comme l’AFACCC jouent d’ailleurs un rôle clé dans la transmission de ces savoir-faire, en organisant des démonstrations et en accompagnant les passionnés de chiens courants.

Une chasse incomprise du grand public

La vénerie souffre encore d’une image souvent réduite à la chasse à courre du grand gibier à cheval, régulièrement prise pour cible par certains mouvements opposés à la chasse, comme nos amis crypto marxistes d’AVA. Pourtant, la petite vénerie, pratiquée à pied sur le petit gibier, repose sur une approche différente, plus discrète et souvent méconnue du grand public… Cette chasse est même parfois combattue, d’où l’importance de journées comme celle organisée à Rocheville.

Transmettre pour mieux faire comprendre

Pendant près de deux heures trente de démonstration dans la Manche, le public a pu observer le travail des chiens, entendre la pibole rappeler la meute et comprendre les subtilités de cette chasse exigeante. Peu importe qu’aucun lièvre n’ait été vu ce jour-là, l’essentiel était ailleurs, dans la découverte d’une pratique où la relation entre l’homme, le chien et le gibier prend tout son sens. Discrète, technique et profondément ancrée dans la tradition cynégétique française, la vénerie du lièvre mérite sans doute d’être mieux connue. Non pas pour convaincre à tout prix, mais simplement pour montrer ce qu’elle est réellement : une chasse de passionnés, exigeante, et où la nature garde toujours le dernier mot.

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