Chasse du sanglier : Ces comportements qui nous desservent…

Sus Scrofa est probablement l’animal chassable qui focalise le plus l’attention et déchaîne les passions, y compris dans ce que leur excès peut générer de dérives. Le texte qui suit n’a pas pour objectif de stigmatiser quiconque. En dénonçant certaines pratiques, il vise à proposer de réfléchir sur la façon dont quelques-uns conçoivent la chasse du sanglier aux chiens courants et aux incidences de leurs façons d’agir tant à l’interne, vis à vis de leurs pairs chasseurs, qu’à l’externe vis-à-vis de ceux qui nous observent.

Les dérives de certains chasseurs de sangliers aux chiens courants

En matière de chasse du sanglier aux chiens courants une minorité de ceux qui s’y adonnent perd tout repère, toutes valeurs et toute éthique, obnubilée par la recherche du résultat : en tuer ou en faire prendre par les chiens le plus possible. Par orgueil (car ils veulent “prouver” qu’ils sont les meilleurs et ont les meilleurs chiens) mais aussi par suffisance et fatuité, ces individus, toujours les mêmes, n’hésitent pas à contourner la réglementation, à s’imposer sur les territoires voisins, à associer toutes les technologies possibles (systèmes de localisation, téléphones portables et véhicules à moteur) pour obtenir un résultat. Ils font les pas et découplent quelques fois chez les voisins et même dans leur réserve si nécessaire, suivent les chasses en 4×4 où qu’elles aillent via l’usage de la localisation GPS, relâchent des chiens frais sur la menée, informent leurs collègues, s’introduisent sur autrui sans en demander l’autorisation au motif (souvent fallacieux et détourné) de récupérer des chiens…

Bref tout ce qu’ils peuvent faire pour poursuivre, épuiser, acculer puis daguer ou laisser tuer par les chiens l’animal chassé où qu’il soit et dans quelque circonstance que ce soit. Et hélas ce type de comportements semble faire des émules au fil des ans. Ainsi à l’échelle de notre département (le Doubs) chaque saison de chasse est gangrénée par ces actes irrespectueux voire irresponsables. Leur seule motivation, briller, se prévaloir de posséder la meilleure meute, tirer vanité d’avoir des chiens qui prennent des sangliers tout en oubliant les pratiques délétères qu’ils mettent en œuvre pour y parvenir. Et trop souvent, beaucoup trop souvent, ces dernières ne correspondent à rien qui soit défendable au plan moral, éthique, réglementaire ou au titre des valeurs qui doivent accompagner l’acte cynégétique, le respect de l’animal poursuivi et la relation aux autres.

Quelles incidences ? En interne tout d’abord, une majorité de chasseurs exprime depuis très longtemps son ras le bol devant de tels
excès. Les rodéos en 4×4 à la poursuite des sangliers par les routes de campagne et les chemins forestiers, les incursions sauvages de véhicules sur les territoires voisins y compris en pleine battue, l’irrespect dont ces aficionados font preuve à l’égard des autres chasseurs (voire les menaces proférées), les paquets de chiens découplés au fil de la menée dans le seul objectif de forcer l’animal, sont autant d’actes repoussoirs qui amènent certains, excédés, à aller jusqu’à condamner l’utilisation des “grands chiens”. Non pour ce qu’ils sont mais pour la façon dont certains conducteurs agissent.

À l’externe, chaque saison de chasse est émaillée de deux ou trois mains courantes ou plaintes déposées par des tiers non chasseurs, victimes d’incivilités, d’impolitesses voire d’agressions verbales ou de menaces émanant de quelques conducteurs de chiens courants qui estiment avoir tous les droits, y compris celui de ne pas respecter la propriété privée ou la quiétude d’autrui. Qu’une meute s’introduise dans un corps de ferme, un jardin, une propriété à la poursuite d’un animal, cela peut arriver et se comprend tout à fait. Ce qui est inadmissible, c’est que le conducteur, au lieu de s’excuser platement et de récupérer ses chiens, adopte un comportement agressif, clivant voire injurieux envers le propriétaire. Il ne s’en rend peut-être pas compte, mais par son comportement, il prend ainsi en otage toute la collectivité cynégétique car il ne laisse à son interlocuteur qu’une piètre image de ce que peut être un chasseur.

Quelles solutions ?

Il y en a malheureusement peu tant il est malaisé de caractériser certaines infractions exigeant un flagrant délit. Cependant, en préventif, il semble que des recommandations, consignes et directives répétées pourraient être formulées par les représentants locaux de ce mode de chasse à l’égard de leurs adhérents ou, d’une manière générale, des utilisateurs de chiens courants. Dénoncer les comportements déviants qui font du mal à cette belle pratique, se porter partie civile devant les tribunaux contre ceux qui ont fait l’objet d’infractions caractérisées (et avoir le courage de le faire), montrer l’exemple, exclure de leurs rangs ceux qui trop souvent dérapent… Tout cela pourrait être autant de signaux envoyés à la collectivité cynégétique, la rassurant sur l’état d’esprit qui prévaut chez les représentants des chasseurs aux chiens courants. À l’inverse, ne rien faire peut être interprété comme : « Qui ne dit rien consent ».

Comment réagir face à ces dérives, sur le terrain ?

Face aux personnes qui commettent ce type d’agissements, des solutions existent car il s’agit le plus souvent d’une infraction de chasse sur autrui. Même dans l’hypothèse où l’animal chassé a bien été lancé sur le territoire du conducteur, ce dernier doit justifier qu’il a fait tout ce qui dépendait de lui pour empêcher la chasse de se poursuivre sur autrui. Pour que l’infraction soit constituée, il faut faire apparaître qu’il n’a pas essayé de rompre les chiens alors qu’il lui était possible de le faire. À cet effet, il est impératif de produire tout élément de preuve tel que :

• Témoignages écrits, datés et signés, en précisant l’identité complète des témoins et en s’assurant que les intéressés acceptent d’être entendus par le service enquêteur
• Photos (véhicules, chiens acculant le sanglier, personnes présentes)
• Vidéos ou enregistrements vocaux

Dès lors que ces éléments sont rassemblés, le détenteur du droit de chasse peut valablement déposer plainte. Pour ce faire, il doit contacter un service enquêteur (OFB, gendarmerie ou police nationales) qui a l’obligation légale de traiter tout dépôt de plainte. Pour rappel, une main courante ou un simple signalement ne suffiront pas à ouvrir une enquête. Pensez également à en aviser votre FDC qui pourra se porter partie civile à vos côtés. Au cas où l’infraction connaisse une suite judiciaire, le Président de la société de chasse devra obtenir de son Conseil d’administration un mandat d’ester en justice.
Hervé Cart, passionné de chasse aux chiens courants

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Rédacteur en chef, SoChasse

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