Il y a quelques jours, So Chasse revenait sur un contrôle inédit mené dans les Ardennes, où l’usage des talkies-walkies par les chasseurs s’est retrouvé dans le viseur des autorités. Une opération qui a surpris et surtout révélé une méconnaissance largement partagée des règles encadrant l’usage des radios à la chasse. Pour prolonger ce sujet et répondre concrètement aux questions des chasseurs, nous avons souhaité aller plus loin. Comment être en règle sans perdre en efficacité sur le terrain ? Où commence l’illégalité ? Quels sont les pièges les plus fréquents ? Pour y voir clair, nous avons interrogé Quentin Marguet, spécialiste des radiocommunications chez Midland, afin de livrer un décryptage simple, pratique et directement applicable à la chasse.
Baudouin de Saint Léger – Pourquoi l’usage des talkies-walkies à la chasse fait-il aujourd’hui l’objet de contrôles ciblés, comme dans les Ardennes ?
Quentin Marguet : Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les autorités, comme l’Agence nationale des fréquences ou la gendarmerie, constatent une recrudescence d’usages radio hors cadre légal. Cela est souvent lié à la banalisation de « radios puissantes » vendues sur Internet, parfois présentées comme idéales pour la chasse, mais qui sont en réalité des appareils programmables UHF ou VHF de type radioamateur, utilisés sans licence et pas forcément aux normes européennes.
Il y a également des cas d’interférences avérées avec des réseaux professionnels ou de sécurité, comme ceux des secours ou d’autres services sensibles. Ce n’est donc pas la chasse qui est ciblée en tant que telle, mais une activité où la radio est très utilisée, parfois avec du matériel non conforme, souvent sans que l’utilisateur en ait conscience. Les contrôles visent avant tout à prévenir les risques, pas à pénaliser une pratique traditionnelle.

BSL – Concrètement, qu’est-ce qui est légal ou illégal pour une battue ?
QM : Pour être sûr d’être dans les clous, sans licence radioamateur, il faut impérativement utiliser un talkie PMR446 homologué. Cela signifie communiquer uniquement sur les fréquences comprises entre 446,0 et 446,2 MHz, avec une puissance maximale de 0,5 watt. L’antenne doit être fixe et non démontable, c’est un point fondamental.
Ce qui est illégal, c’est d’utiliser des radios radioamateurs VHF ou UHF professionnelles sans licence, des radios programmables multibandes sans licence, de dépasser la puissance autorisée, d’ajouter une antenne externe ou d’émettre sur des fréquences non PMR, même par erreur. Le type de matériel compte plus que l’intention, même lorsqu’il s’agit d’un usage de sécurité.
BSL – Quelles sont les erreurs les plus fréquentes commises par les chasseurs ?
QM : Les erreurs sont presque toujours involontaires. Beaucoup de chasseurs achètent sur Internet des « radios » trop puissantes, présentées comme parfaites pour la chasse, sans savoir qu’il s’agit de radios UHF-VHF nécessitant une licence. Certaines radios sortent même d’usine hors normes françaises ou européennes. Il y a aussi une recherche de performance maximale, avec l’idée que plus ça porte loin, mieux c’est. Or, une portée anormalement élevée est souvent un signe d’illégalité si la radio est utilisée sans licence. Avec une licence radioamateur, il n’y a aucun souci. Sans licence, c’est problématique lors d’un contrôle.
BSL – Les risques d’interférences sont-ils réels ou surtout théoriques ?
QM : Ils sont bien réels, dès lors que le talkie n’est pas conforme. Une radio mal réglée peut interférer avec des réseaux agricoles, forestiers, industriels ou même brouiller des communications de secours. Cela peut avoir des conséquences sérieuses. C’est pour cela que je recommande de rester sur du PMR446 pour la chasse, qui est une bande libre et encadrée. Par exemple, chez Midland, le G9 Pro répond parfaitement à ces exigences.
BSL – Le talkie-walkie reste-t-il utile à la chasse malgré ce cadre strict ?
QM : Bien sûr, et même plus que jamais. Avec les accidents qui peuvent survenir à la chasse, le talkie est un véritable outil de sécurité. Il permet une meilleure organisation en battue et contribue clairement à la réduction des risques humains. Le problème n’est pas le talkie-walkie en soi, mais le mauvais matériel ou la méconnaissance des règles. D’où l’intérêt de ce type d’article.
BSL – Quel conseil simple donneriez-vous pour rester dans la légalité sans renoncer à l’efficacité ?
QM : La responsabilité revient toujours à l’utilisateur. Le plus simple est de choisir un PMR446 clairement identifié, d’éviter tout talkie programmable multibande si l’on n’a pas besoin de portées exceptionnelles, de vérifier la puissance maximale de 0,5 W et la présence d’une antenne fixe. Il est aussi très important de former les utilisateurs. Un point souvent oublié concerne l’usage des sous-canaux. Être tous sur le même canal sans sous-canal peut créer des interférences inutiles. En utilisant correctement les sous-canaux, on gagne en confort et en efficacité.
BSL – La réglementation actuelle est-elle adaptée à la réalité de la chasse ?
QM : Elle est cohérente d’un point de vue radio, mais elle souffre d’un manque de pédagogie sur le terrain. Les règles sont techniques et les chasseurs ne sont pas des spécialistes radio. Le matériel non conforme est trop facilement accessible sur Internet, sans restriction. Plutôt qu’un durcissement des règles, une meilleure information et davantage d’éducation permettraient d’éviter beaucoup d’infractions involontaires. Dans la majorité des cas, il n’y a aucune intention de mal faire.












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