Comment devient-on chasseur habilité aux tirs de loups ? Reportage au cœur d’une formation de l’OFB
À l’issue d’une formation organisée par l’Office français de la biodiversité (OFB) dans les Alpes-Maritimes, 125 chasseurs ont été habilités à participer aux tirs de destruction de loups en phase d’attaque sur les troupeaux. À cette occasion, So Chasse a suivi cette formation et a pu rencontrer Louis Bernard, chef du service départemental de l’OFB des Alpes-Maritimes, afin de faire le point sur cette nouvelle réglementation, les conditions d’intervention des chasseurs et la situation du loup en France.
BSL : Louis Bernard, je viens de participer à cette formation où 125 chasseurs des Alpes-Maritimes vont pouvoir désormais aider les éleveurs dans le cadre des tirs de destruction de loups. Depuis quand ce type de formation existe-t-il?
LB : Les formations existent depuis 2004 dans le département. Cependant, les règles ont fortement évolué cette année avec le passage du loup du statut d’espèce strictement protégée à celui d’espèce protégée. Le système s’est en quelque sorte assoupli, même si des contraintes réglementaires demeurent. Pour éviter toute erreur de la part des chasseurs, nous avons organisé cette formation autour de trois axes : la biologie de l’espèce, la réglementation et les règles de sécurité. Les chasseurs présents aujourd’hui ont signé une attestation de participation et pourront, dès demain, apporter leur aide aux éleveurs.
BSL : Que doivent retenir en priorité les chasseurs qui viennent d’être formés ?
LB : Le point essentiel est que l’on ne chasse pas le loup. On intervient pour détruire un loup lorsqu’il est en phase d’attaque et qu’il cause un préjudice à un éleveur. Les chasseurs pourront se poster à proximité des troupeaux les plus exposés et intervenir uniquement s’ils constatent la présence d’un loup attaquant le troupeau. L’objectif est avant tout de soulager les éleveurs confrontés à ces prédations.
BSL : Quels outils seront autorisés lors de ces interventions ? Les dispositifs thermiques pourront-ils être utilisés ?
LB : Les chasseurs pourront utiliser des caméras thermiques pour repérer les loups. En revanche, ils ne pourront pas tirer avec une lunette thermique montée sur leur carabine. Ils devront utiliser une lunette classique. Lors des interventions de nuit, le repérage pourra être effectué à l’aide d’une caméra thermique, mais le tir devra ensuite être réalisé dans l’éclairage d’un projecteur.
BSL : Dispose-t-on aujourd’hui de données indiquant si les loups sont davantage prélevés de jour ou de nuit ?
LB : La majorité des loups prélevés dans le cadre des dispositifs actuels le sont la nuit. Toutefois, nous constatons une évolution de leur comportement. Lorsque les troupeaux sont particulièrement bien protégés la nuit, avec des chiens de protection et un parcage efficace, certains loups reportent leurs attaques en journée. Cela pourrait permettre à certains chasseurs d’effectuer des prélèvements lors d’affûts crépusculaires ou diurnes.
BSL : Cette initiative est-elle spécifique aux Alpes-Maritimes ou existe-t-elle ailleurs en France ?
LB : L’arrêté ministériel qui encadre ce dispositif est très récent. Comme les troupeaux ne sont pas encore montés sur les alpages dans la plupart des départements, je pense que cette formation est la première organisée en France dans le cadre de ce nouvel arrêté.
BSL :Beaucoup de chasseurs ont souhaité répondre présent à cette formation ?
LB : Nous avons formé 125 chasseurs aujourd’hui. La demande étant supérieure à notre capacité d’accueil, notamment pour conserver une dimension pédagogique efficace, nous avons déjà programmé une nouvelle session de formation au mois de juin.
BSL : A-t-on une estimation du nombre de loups présents dans les Alpes-Maritimes et en France ?
LB : Le loup est une espèce qu’il est impossible de compter précisément. Comme pour les sangliers ou les chevreuils, nous travaillons sur des estimations. Celles-ci reposent sur des analyses génétiques réalisées à partir de prélèvements collectés sur le terrain et sur une méthode de calcul développée par le CNRS. Aujourd’hui, l’estimation nationale est de 1 082 loups. C’est une estimation statistique, mais elle permet d’affirmer qu’il y a plus de 1 000 loups en France. Ce niveau est considéré comme compatible avec un état de conservation favorable de l’espèce, ce qui autorise la mise en œuvre de tirs encadrés par la réglementation.
BSL : Les lieutenants de louveterie voient-ils d’un bon œil l’arrivée de chasseurs pour épauler les éleveurs ?
LB : Je ne pense pas qu’il y ait de concurrence. Les lieutenants de louveterie et les chasseurs n’interviennent pas dans les mêmes conditions et ne disposent pas des mêmes moyens. Par exemple, les lieutenants de louveterie peuvent utiliser une lunette thermique montée sur leur arme. Les méthodes sont différentes mais, à mon sens, elles sont complémentaires.
BSL : Quel conseil donneriez-vous à un chasseur nouvellement habilité afin qu’il évite toute infraction ?
LB : Il y a effectivement des comportements obligatoires et d’autres strictement interdits. Le calibre utilisé doit être au minimum de 7 mm, car le loup est un animal particulièrement résistant aux tirs. Les modérateurs de son sont interdits. Il est également interdit d’attirer les loups, par exemple en provoquant des hurlements ou en installant un charnier. Il est interdit de les contraindre en organisant une poussée ou une battue. En résumé, le chasseur doit utiliser une arme adaptée, sans lunette thermique ni modérateur de son, et n’intervenir que lorsqu’un loup est effectivement en phase d’attaque sur un troupeau.
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