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Ils contestent les données des chasseurs, attaquent les décisions de l’État et n’hésitent pas à mettre en doute les compétences des Fédérations départementales des chasseurs. Régis Hargues, ingénieur écologue et directeur de la FDC des Landes, a donc décidé de retourner le miroir. Dans une vidéo aussi calme que cruelle, il passe en revue plusieurs publications récentes de médias et d’organisations écologistes dans lesquelles les espèces censées être défendues ne sont tout simplement pas les bonnes.
Régis Hargues ne hausse pas le ton. Il n’en a d’ailleurs guère besoin. Dans une courte vidéo publiée par la Fédération départementale des chasseurs des Landes, l’ingénieur écologue s’adresse d’abord aux non-chasseurs, régulièrement exposés sur les réseaux sociaux à des publications mettant en cause « les connaissances des fédérations, les connaissances des professionnels cynégétiques et des chasseurs également qui sont au quotidien dans leurs territoires ». Son propos est simple : lorsque certains prétendent distribuer les brevets de compétence scientifique, encore faut-il commencer par reconnaître les espèces dont ils parlent. Et pour illustrer son propos, le directeur de la FDC40 n’a pas eu besoin de remonter très loin dans le temps. Quelques semaines de publications lui ont suffi.
Premier exemple cité : un article de Science & Vie publié le 13 août consacré au déclin de la bernache cravant. Problème : la photographie utilisée pour illustrer le sujet ne montre absolument pas des bernaches cravants. Le constat est particulièrement facile à vérifier puisque la légende encore visible sous la photographie parle elle-même de « Magpie Geese », nom anglais de la Canaroie semipalmée, Anseranas semipalmata. Une espèce originaire d’Australie et de Nouvelle-Guinée, assez éloignée géographiquement comme morphologiquement de notre bernache cravant. Une petite erreur d’illustration ? Cela peut évidemment arriver. Mais la suite commence à rendre la série plus savoureuse.
Le 27 août, c’est cette fois la LPO Aquitaine qui communique autour du suivi de la migration à la pointe du Cap Ferret. Un site majeur où l’association coordonne effectivement depuis plusieurs décennies l’observation des oiseaux migrateurs. Dans la publication montrée par Régis Hargues, la LPO annonce les premiers vols de chardonnerets élégants. Sauf que les oiseaux utilisés pour illustrer la publication sont, selon le directeur de la FDC40, des tarins des aulnes. Deux fringilles certes, mais deux espèces différentes. Régis Hargues prend néanmoins soin de préciser que la LPO a rapidement rectifié sa publication et remplacé la mauvaise identification par la bonne. Une correction qu’il lui reconnaît volontiers. La nuance mérite d’être soulignée. Car le propos du directeur landais n’est pas de prétendre que personne ne puisse jamais commettre une erreur. Il est plutôt de rappeler que ceux qui reprochent régulièrement aux chasseurs leur supposée méconnaissance de la nature ne sont visiblement pas immunisés contre les confusions.
Arrive ensuite le cas beaucoup plus piquant de One Voice. Fin août, l’association mène campagne contre la réouverture de la chasse adaptative de la tourterelle des bois, autorisée cette saison dans la limite d’un quota national de 12 000 oiseaux. Selon Régis Hargues, la publication diffusée par One Voice le 30 août pour dénoncer cette chasse est illustrée non par une tourterelle des bois, Streptopelia turtur, mais par une tourterelle orientale, Streptopelia orientalis. Cette dernière est bien une cousine de notre tourterelle des bois et les deux espèces peuvent présenter certaines ressemblances. Cela n’en fait évidemment pas le même oiseau. L’ironie est d’autant plus forte que One Voice ne se contente pas de commenter de loin la chasse de cette espèce. L’association a saisi le Conseil d’État pour tenter de faire suspendre l’arrêté autorisant les 12 000 prélèvements. Le référé devait d’ailleurs être examiné vendredi dernier. Autrement dit, on demande au juge suprême de l’ordre administratif d’interdire la chasse d’une espèce que l’on ne serait pas parvenu à identifier correctement dans sa propre communication. Cela commence à faire désordre.
Le lendemain, Savoir Animal reprend le communiqué de One Voice consacré à la tourterelle des bois. Nouvelle photographie, nouvelle espèce. Cette fois, ce sont des tourterelles turques qui apparaissent à la place de la tourterelle des bois. Et là, plus besoin de se contenter de la démonstration de Régis Hargues puisque Savoir Animal a lui-même reconnu publiquement son erreur. « Mea culpa il ne s’agit pas de la bonne photo. J’ai fait une erreur », écrit le média sur LinkedIn, avant de préciser qu’il avait utilisé des tourterelles turques. Dans les commentaires, Savoir Animal renouvelle ses excuses et publie ensuite une photographie de véritables tourterelles des bois. On peut au moins lui reconnaître d’avoir corrigé rapidement. Mais là encore, le contraste est saisissant entre la virulence de certains textes consacrés à la chasse et le soin manifestement apporté, dans un premier temps, à identifier l’animal dont il est question.
Régis Hargues achève sa démonstration avec One Voice et l’alouette des champs. Le 4 septembre, l’association communique sur son combat devant le Conseil d’État contre les chasses traditionnelles aux pantes. Son texte ne fait pas dans la retenue : One Voice parle de « pièges immondes », de méthodes « sadiques » et demande aux chasseurs de « trouver un autre loisir ». La publication est toujours accessible. Mais, là encore, le directeur de la FDC40 relève un problème dans l’illustration montrée à l’écran. L’oiseau présenté comme une alouette des champs serait en réalité un cochevis huppé. Les deux appartiennent certes à la famille des Alaudidés et peuvent se ressembler. Ils disposent néanmoins de critères d’identification permettant de les distinguer, notamment la forme du bec, la huppe, la silhouette et les rectrices externes de la queue. Une confusion qui devient particulièrement cocasse lorsque la publication accompagne précisément une offensive juridique concernant l’alouette des champs.
Pris isolément, chacun de ces ratés pourrait être balayé comme une simple erreur de photographie. Et personne de sérieux ne prétendra qu’un média, une association, une Fédération départementale des chasseurs ou même un naturaliste expérimenté ne puisse jamais se tromper. Mais Régis Hargues met le doigt sur quelque chose de beaucoup plus gênant : le mépris avec lequel les connaissances des chasseurs et des professionnels cynégétiques sont régulièrement présentées comme insuffisantes ou suspectes par certains de leurs opposants. Car les Fédérations départementales des chasseurs ne sont pas uniquement des structures chargées d’organiser la chasse. Elles emploient des techniciens, des ingénieurs, des biologistes et des spécialistes qui réalisent des comptages, suivent les populations, restaurent des habitats et accumulent chaque année des milliers de données de terrain. La FDC40 ne fait d’ailleurs pas exception. Régis Hargues est lui-même ingénieur écologue. Et derrière les professionnels se trouvent également des milliers de chasseurs qui passent une partie considérable de leur vie dehors. Cela ne transforme pas automatiquement chacun d’eux en ornithologue, mais prétendre que leur connaissance du terrain ne vaut rien relève d’une caricature aussi confortable qu’inexacte.
La conclusion de Régis Hargues est probablement la plus efficace de toute la vidéo. Il ne demande pas aux non-chasseurs de croire aveuglément les chasseurs. Il leur demande simplement de faire attention à ce qu’ils voient et lisent sur les réseaux sociaux. « Volontairement ou involontairement, le domaine de compétence n’est peut-être pas là où on le pense », résume-t-il. Difficile de mieux dire. Avant d’expliquer aux chasseurs qu’ils ne connaissent pas les animaux qu’ils côtoient, avant de contester leurs comptages, de tourner leurs observations en dérision ou de multiplier les recours contre leurs pratiques, reconnaître correctement l’oiseau figurant sur la photographie pourrait effectivement constituer un bon début. Et lorsqu’en quelques semaines la bernache cravant devient une canaroie australienne, le chardonneret un tarin, la tourterelle des bois successivement une tourterelle orientale puis une tourterelle turque, et l’alouette des champs un cochevis huppé, la leçon de sciences naturelles adressée au monde de la chasse prend soudain une saveur particulière.
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