Du raisin familial à sa propre bouteille : Willy Berdeil raconte la naissance de son vin

Viticulteur de quatrième génération, Willy Berdeil a grandi dans une famille où la vigne occupe une place centrale. Longtemps, le raisin familial a été confié à la cave coopérative, sans que la famille ne puisse réellement donner son nom au vin produit. Il a donc décidé de changer de modèle en créant sa propre marque, Rurale par excellence. Il présente ses produits pour So Chasse.

LS : D’où est née l’idée de créer votre propre marque de vin ?

Willy Berdeil : J’ai travaillé depuis très longtemps à travers le monde associatif, les institutions et mon activité de viticulteur. La ruralité fait partie de ma vie et la défense de la ruralité surtout, c’est toute ma vie. Chaque fois qu’il y a eu des manifestations pour défendre la chasse, même pour des chasses que je ne pratique absolument pas, comme la chasse à la glu, je n’ai pas hésité à faire 400 kilomètres pour aller défendre l’intérêt général de la ruralité. Donc, par rapport à ça, j’avais vraiment envie de mettre la ruralité en bouteille. C’est l’idée de départ. Je voulais avoir quelque chose qui représente cet univers, mais aussi quelque chose qui me ressemble personnellement. C’est pour cela qu’est né la marque Rurale par excellence.

LS : Vous êtes la quatrième génération de votre famille à travailler dans la vigne. Quel rapport votre famille entretient-elle avec le vin ?

WB : Je suis la quatrième génération de ma famille à être viticulteur. Tous les viticulteurs de ma famille ont été coopérateurs. Nous avons toujours eu nos propres vignes, entre 20 et 30 hectares, mais nous récoltons le raisin et nous l’amenons à la cave coopérative. La cave nous paie le raisin et, ensuite, nous ne nous occupons plus de rien : ce sont eux qui font le vin, qui le vendent et qui se débrouillent. Depuis quatre générations, il y avait donc du raisin de la famille dans toutes les bouteilles proposées par la cave coopérative. La viticulture est vraiment une passion dans la famille, mais il manquait quelque chose. Il n’y avait jamais eu cette fierté de pouvoir dire : « J’ai ce que je veux boire, c’est mon vin, c’est mon problème. » Une bouteille de la cave coopérative n’a pas forcément votre nom dessus, elle ne raconte pas directement votre histoire. C’est ce qui m’a donné envie de passer de la production de raisin à la création d’un vin qui nous ressemble.

LS : Vous avez donc choisi de travailler avec votre cave coopérative plutôt que de tout faire vous-même ?

WB : Exactement. Nous n’avons pas les connaissances œnologiques nécessaires pour créer seuls un vin. J’ai donc dit : maintenant, je vais aller à la cave et leur demander de me créer le vin que je veux. Ils ont les compétences et l’œnologue pour faire les assemblages et élaborer le vin. De mon côté, je voulais m’occuper de tout ce qui concerne l’identité du produit. L’étiquette, le design, la forme de la bouteille, l’image que l’on veut donner et, évidemment, la commercialisation. L’idée était vraiment de prendre le raisin de la famille, de s’appuyer sur le savoir-faire de la cave et de construire autour une marque qui nous appartient.

LS : Jusqu’où intervenez-vous dans l’élaboration des cuvées ?

WB : Avant qu’ils fabriquent le vin, je leur explique ce que je veux. Pour le rouge, je leur donne précisément le profil que je recherche. Je fais la même chose pour le blanc et pour le rosé. Ensuite, eux réalisent différents assemblages à partir de ce cahier des charges. Et une fois qu’ils ont réalisé les assemblages, c’est moi qui organise les dégustations à l’aveugle. Je choisis les dégustateurs et ils goûtent les différentes propositions sans savoir ce qu’ils ont dans leur verre. C’est à partir de cette dégustation que l’on choisit le vin qui sera finalement mis en bouteille. Pour moi, c’est essentiel parce que je ne veux pas décider simplement parce que c’est mon vin. Je veux qu’il passe l’épreuve de la dégustation.

LS : Pourquoi tenez-vous autant à cette sélection à l’aveugle ?

WB : Parce que c’est justement ce qui permet d’avoir une vraie approche qualitative. S’il y a un défaut dans le vin, les dégustateurs vont le sentir directement. Si un rouge est trop boisé, trop tannique ou si un blanc est trop acide, par exemple, ce n’est pas possible pour moi de le mettre en bouteille. Je veux avoir la certitude que le vin que je propose est celui qui a été retenu pour ses qualités et pas simplement parce que c’est celui que j’avais envie de choisir. C’est vraiment la démarche qualitative qui m’intéresse. Si le vin n’est pas vendable parce qu’il présente un défaut, je ne le mets pas.

LS : Sur quels cépages travaillez-vous pour élaborer vos vins ?

WB : Nous travaillons principalement avec les cépages familiaux. Les trois quarts des vignes que nous avons sont assez âgées, avec des vignes qui peuvent aller d’environ 50 à 100 ans. Ce sont des vignes qui ont une histoire et qui correspondent aussi à notre terroir. Nous avons également quelques nouveaux cépages chez nous, comme le chardonnay ou le sauvignon, mais nous sommes surtout attachés aux cépages traditionnels, aux cépages qui sont vraiment de chez nous. C’est aussi cette dimension que je veux conserver dans la marque.

LS : Vous avez commencé avec un vin rouge avant d’élargir votre gamme. Comment cela s’est-il passé ?

WB : Au départ, je voulais faire uniquement du rouge. Et puis le rouge est parti tellement vite que les gens ont commencé à me dire : « Tu vends du rouge pour le repas, mais pour l’apéritif, peut-être qu’il faudrait autre chose. » Alors je me suis dit que j’allais faire du blanc. Ensuite, j’ai commencé à faire des salons, notamment le Game Fair. Là, j’ai rencontré des gens qui me disaient : « Moi, je bois uniquement du rosé d’habitude. » J’ai donc décidé de faire également du rosé, mais avec une particularité : je le propose uniquement en édition limitée.

LS : Quelle quantité de rosé avez-vous produite ?

WB : L’année dernière, j’ai fait seulement 1 300 bouteilles. C’est vraiment une édition limitée. Il m’en reste encore quelques-unes aujourd’hui, mais pas beaucoup. Je ne cherche pas forcément à produire énormément de rosé. L’idée est plutôt de garder quelque chose de limité et de proposer une cuvée qui reste un peu particulière.

LS : Votre marque revendique une identité assez marquée autour de la ruralité. Vous l’assumez jusque sur l’étiquette ?

WB : Oui, complètement. C’est quelque chose que j’assume à 100 %. C’est même écrit sur l’étiquette : « Si vous êtes vegan, ce vin n’est pas pour vous, ne l’achetez pas. » C’est volontaire. C’est un vin de bon vivant, de rural et de bon vivant. Il est destiné au monde de la ruralité. Je ne cherche pas à faire un produit qui pourrait convenir à tout le monde en supprimant tout ce qui fait son identité. Au contraire, je veux que la bouteille dise clairement ce qu’elle représente et à qui elle s’adresse.

LS : La chasse et les chiens courants font donc partie intégrante de cette identité ?

WB : Oui, évidemment. La ruralité, la chasse, les chiens courants, tout cet univers fait partie de l’identité de la marque. C’est cohérent avec ce que je suis et avec mon parcours. Ce n’est pas simplement une décoration que l’on met sur une bouteille pour faire joli. C’est vraiment un univers auquel je suis attaché et que je veux faire apparaître dans le produit. Quand je parle de ruralité, je parle aussi de tout ce qui va avec : la vigne, la chasse, les chiens, les traditions et les gens qui vivent dans ces territoires.

LS : Vous avez justement commencé à présenter vos vins dans des événements liés à cet univers. Quel retour avez-vous du public ?

WB : J’ai commencé à faire des salons et je suis notamment monté au Game Fair. C’est intéressant parce que l’on rencontre directement les personnes auxquelles la marque s’adresse. Elles peuvent découvrir le vin, poser des questions et comprendre l’histoire qui se trouve derrière la bouteille. C’est aussi comme ça que j’ai compris qu’il y avait des attentes différentes. Au départ, je pensais faire du rouge et finalement, les rencontres avec les clients m’ont poussé à proposer du blanc puis du rosé. Le contact direct avec les gens permet vraiment de faire évoluer la gamme.

LS : Vous vous occupez vous-même de la commercialisation ?

WB : Oui. C’est aussi une partie importante du projet. La cave s’occupe de faire le vin, mais moi je m’occupe de l’identité de la bouteille et de la vente. Je voulais aller jusqu’au bout de la démarche. L’idée, c’est vraiment que le raisin de notre famille ne soit plus simplement une matière première livrée à une cave. Je veux pouvoir raconter ce qu’il devient, pourquoi on a choisi ce vin, pourquoi cette bouteille a cette identité et ensuite le présenter directement aux clients.

LS : Vous êtes actuellement en pleine période de vendanges. Comment se présente cette récolte ?

WB : Les vendanges sont encore en cours au moment où nous nous parlons. Il y a eu des moments où on pouvait avoir quelques inquiétudes, mais finalement, je suis plutôt agréablement surpris par la récolte. Il y a notamment eu un gros orage qui nous a finalement bien aidés. Donc, pour l’instant, ça devrait aller. On est encore en plein dedans, mais le bilan est plutôt positif.

LS : Combien de personnes travaillent avec vous pendant les vendanges ?

WB : Les vendanges demandent évidemment plusieurs personnes et beaucoup d’organisation. C’est une période où il faut être présent et où chacun a son rôle. On est vraiment dans une période très prenante pour toute l’exploitation.

LS : Au final, qu’est-ce que vous cherchez à transmettre avec cette marque ?

WB : Je veux transmettre une identité. C’est un vin qui me ressemble et qui raconte plusieurs choses qui sont importantes pour moi : la ruralité, la viticulture, la chasse, les chiens et tout un mode de vie auquel je suis profondément attaché. L’idée était vraiment de prendre tout cela et de le mettre dans une bouteille. Je ne voulais pas simplement créer un vin supplémentaire. Je voulais créer quelque chose qui ait une histoire, qui porte un nom, une identité et qui permette de dire : « Ça, c’est notre vin. »

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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