Un décret publié mardi 6 octobre au Journal officiel retire officiellement le grand tétras de la liste des espèces soumises à gestion adaptative. Une nouvelle étape réglementaire après son classement parmi les oiseaux protégés début septembre. Mais derrière cette interdiction présentée comme une avancée pour la biodiversité, une réalité demeure : le grand tétras n’était déjà plus chassé en France depuis plusieurs années. Ce qui n’empêche pas la LPO de réclamer désormais de nouvelles interdictions.
Le grand tétras quitte la gestion adaptative
Le décret n° 2026-927 du 5 octobre 2026, publié le lendemain au Journal officiel et entré en vigueur mercredi 7 octobre, abroge la disposition du Code de l’environnement qui soumettait le grand tétras au régime de la gestion adaptative. Ce dispositif permet d’ajuster les prélèvements cynégétiques en fonction de l’évolution des populations et des connaissances scientifiques. Il peut notamment conduire à fixer des quotas nuls lorsque l’état de conservation d’une espèce ne permet aucun prélèvement. Le grand tétras bénéficiait de ce régime depuis la saison 2021-2022. Son retrait intervient un mois après l’arrêté du 3 septembre, publié le 8 septembre, qui l’a inscrit sur la liste nationale des oiseaux protégés. Le Gouvernement achève ainsi de faire disparaître le grand coq de bruyère du champ de la gestion cynégétique. Le changement est important sur le plan juridique, mais il ne modifie strictement rien à la situation des chasseurs sur le terrain.
Une chasse déjà suspendue depuis 2022
Car contrairement à ce que pourrait laisser croire l’annonce d’une nouvelle interdiction, les chasseurs français ne prélevaient déjà plus de grands tétras. Lors de la saison 2021-2022, aucun des six départements concernés n’avait autorisé de prélèvement, les quotas ayant été fixés à zéro. En septembre 2022, un arrêté national avait ensuite suspendu la chasse de l’espèce pendant cinq ans, à la suite d’une décision du Conseil d’État. Autrement dit, les chasseurs avaient déjà rangé leurs fusils bien avant que le Gouvernement ne décide de classer définitivement l’oiseau parmi les espèces protégées. La différence se situe ailleurs. Avec la gestion adaptative, une éventuelle amélioration de l’état de conservation du grand tétras aurait pu conduire, à terme, à réexaminer les possibilités de prélèvement. Son nouveau statut de protection ferme cette perspective dans le cadre réglementaire actuel. C’est précisément cette disparition de la gestion adaptative que la Fédération nationale des chasseurs avait dénoncée au printemps, regrettant une décision prise sans véritable concertation avec le monde cynégétique.
Bougrain-Dubourg en réclame déjà davantage
Sans surprise, cette nouvelle étape satisfait la Ligue pour la protection des oiseaux. Mais son président, Allain Bougrain-Dubourg, ne compte manifestement pas s’arrêter là. Réagissant à la publication du décret, il estime que cette décision constitue une bonne chose, tout en réclamant l’arrêt de la chasse de toutes les espèces qu’il considère comme fragiles. Il rappelle également que la France autorise la chasse de 64 espèces d’oiseaux, dont une partie présente un état de conservation défavorable. Ce positionnement purement anti-chasse mérite évidemment d’être discuté. Le statut de conservation d’une espèce ne suffit pas, à lui seul, à déterminer l’impact de la chasse sur ses populations. Encore faut-il examiner les effectifs, leur évolution, les prélèvements réellement effectués et les différentes causes de mortalité. C’est justement tout l’intérêt d’une gestion adaptative reposant sur des données scientifiques : pouvoir suspendre les prélèvements lorsque cela s’impose, sans considérer qu’une interdiction définitive constitue nécessairement la réponse à toutes les situations. Mais pour le président de la LPO, chaque nouvelle protection semble surtout fournir l’occasion de réclamer la suivante. Une logique dans laquelle la disparition d’une possibilité de chasse devient une victoire en soi, indépendamment des résultats concrets obtenus pour les populations concernées.
Les véritables menaces sont toujours présentes
Le grand tétras connaît pourtant une situation particulièrement préoccupante. Dans les Pyrénées, où subsistent les principales populations françaises, ses effectifs auraient chuté de près de 80 % depuis 1960. Dans le Jura et les Vosges, les noyaux de population sont devenus extrêmement fragiles. Mais les causes de ce déclin dépassent très largement la question cynégétique. Le changement climatique modifie les conditions de vie de cet oiseau particulièrement dépendant des milieux montagnards. La fragmentation des habitats, la disparition de certaines vieilles forêts favorables, les dérangements liés aux activités touristiques et sportives ou encore les collisions avec des équipements constituent autant de pressions sur l’espèce. Le grand tétras est notamment très sensible au dérangement pendant certaines périodes de son cycle biologique. La fréquentation de ses territoires en hiver peut provoquer des dépenses énergétiques supplémentaires, particulièrement pénalisantes lorsque les ressources alimentaires sont limitées. Autant de problèmes qui ne disparaîtront pas parce que le nom de l’oiseau aura été rayé d’une disposition du Code de l’environnement.
Les chasseurs restent des acteurs de terrain
L’autre interrogation concerne l’avenir des actions de suivi et de conservation auxquelles participent depuis longtemps les fédérations de chasseurs. Dans les massifs concernés, ces dernières contribuent aux comptages, au suivi de la reproduction, à la collecte de données et à différentes opérations de gestion des habitats. La stratégie nationale de conservation du grand tétras repose d’ailleurs sur la participation de nombreux acteurs, parmi lesquels les services de l’État, les collectivités, les gestionnaires forestiers, les associations de protection de la nature et les fédérations de chasseurs. La disparition de son statut d’espèce chassable ne met pas automatiquement fin à cette coopération. Mais elle pose une question de fond : quelle place l’État entend-il désormais réserver aux chasseurs dans la conservation de ces oiseaux, alors même que leur connaissance du terrain et leur implication ne datent pas d’hier ? Le précédent des Vosges invite également à une certaine modestie. Lancé en 2024, un programme de réintroduction du grand tétras ne sera pas poursuivi après la mortalité de la quasi-totalité des oiseaux relâchés. Une démonstration supplémentaire de la difficulté à restaurer une population lorsque les conditions nécessaires à sa survie ne sont pas réunies.
Interdire la chasse ne suffira pas
Le grand tétras possède désormais le statut d’espèce strictement protégée et ne relève plus de la gestion adaptative. Il bénéficie ainsi d’un régime de protection portant également sur ses œufs, ses nids, ses sites de reproduction et ses aires de repos. Reste à savoir ce que cette évolution changera réellement pour sa conservation. La LPO peut se féliciter d’avoir obtenu la disparition définitive du grand tétras des espèces chassables. Mais le véritable bilan ne se mesurera pas au nombre de décrets publiés ni aux nouvelles interdictions réclamées par son président. Il se mesurera au retour éventuel de l’espèce dans des territoires où elle recule depuis des décennies, à l’amélioration de ses habitats et à la réduction des dérangements qui menacent sa reproduction. Les chasseurs avaient déjà cessé de prélever le grand tétras. Désormais, c’est aux pouvoirs publics et à l’ensemble des acteurs de la montagne de démontrer que la protection réglementaire peut produire autre chose qu’une satisfaction militante.












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