Majestueux, imprévisible, et parfois dangereux, l’ours impose respect. Même si nous ne chassons pas cet animal en France, certains pays comme la Russie ou certains pays de l’Est one encore la possibilité de prélever cet animal. Pour tenter de réussir à trouver ce plantigrade, le chasseur part rarement seul : il s’entoure d’un chien robuste, spécialisé, capable d’endurer les conditions extrêmes, de faire preuve de discernement et, surtout, de coopérer activement face à cet animal sauvage puissant. Deux races de chiens de chasse sont aujourd’hui reconnues pour leur aptitude à la chasse à l’ours : le chien d’ours de Carélie et le redbone coonhound.
Ce sont des chiens dotés d’un fort tempérament, d’une grande résistance et d’un instinct affûté pour le gros gibier. Leur fonction ne se limite pas à trouver les animaux : ils aboient, dissuadent, protégent et parfois font face. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ces chiens exceptionnels.
Le chien d’ours de Carélie : une race nordique façonnée pour la chasse au gros gibier
Originaire de Finlande, le chien d’ours de Carélie (Karjalankarhukoira) est une race de chien ancienne, développée par les peuples du nord pour la chasse à l’élan et à l’ours brun. Son nom évoque sa région d’origine, la Carélie, territoire forestier rude partagé entre la Finlande et la Russie.
Cette race primitive, aujourd’hui reconnue par la fédération cynologique internationale, est issue d’un long processus de sélection fondé sur la force physique, l’intelligence en action, et une capacité à travailler de façon autonome.
Caractéristiques du chien d’ours de Carélie
Le chien d’ours de Carélie est un chien robuste, de taille moyenne, parfaitement adapté aux forêts froides et aux longues quêtes. Sa queue attachée haut, souvent recourbée en arc, son dos droit, et sa tête large lui donnent une allure puissante et vigilante.
Son poil de couverture est doux et dense, avec une sous-couche épaisse qui le protège contre le froid. Sa robe est typiquement noire avec des marques blanches bien définies. Il présente un profil équilibré, une forme ovale, une grandeur moyenne, et une musculature développée.
C’est un chien de chasse indépendant, mais qui coopère activement avec son maître. Il est courageux, tenace et capable de tenir tête à un ours ou un élan, sans paniquer, en aboyant puissamment pour avertir et intimider.
Redbone coonhound : l’américain du sud qui se récrie
Moins connu en Europe, le redbone coonhound est une race américaine issue du sud des États-Unis, spécialisée dans la chasse au raton laveur, mais aussi au puma, à l’ours, ou au cerf. Ce chien courant est doté d’un flair remarquable et d’une voix sonore très caractéristique.
Son poil court, d’un roux acajou uniforme, lui confère une belle silhouette, élégante et musclée. Très populaire dans certains États américains comme l’état de Washington, le Montana ou le Wyoming. Il est apprécié pour sa capacité à suivre une proie sur de longues distances, souvent en meute, en alternant flair au sol et poursuite à vue.
C’est un chien intelligent, loyal, doté d’un bon tempérament et d’un instinct de chasseur passionné, capable de chasser l’ours avec détermination, mais sans excès de témérité.
Éducation et comportement des chiens d’ours
Le chien d’ours de Carélie comme le redbone coonhound doivent bénéficier d’une éducation ferme et adaptée à leur fonction. Ce sont des chiens très actifs, parfois têtus, qui nécessitent une socialisation précoce pour devenir de bons chiens de compagnie en dehors de la chasse.
Dès le jeune âge, l’apprentissage du rappel, de la marche en laisse et du travail en forêt doit être structuré. Ces chiens doivent aboyer sur la proie sans attaquer inutilement, et apprendre à gérer leur énergie. Leur comportement en meute, comme en solo, dépendra en grande partie de la qualité du dressage initial.
S’ils sont bien encadrés, ces chiens se montrent loyaux, protecteurs, et très affectueux avec leur famille, tout en conservant un instinct de chien de garde vigilant.
Santé et espérance de vie des chiens d’ours
La santé générale du chien d’ours de Carélie est bonne. Sa robustesse naturelle en fait un animal rustique, capable d’évoluer dans des conditions extrêmes. Son espérance de vie moyenne est de 11 à 13 ans, à condition de lui fournir des soins réguliers et une alimentation adaptée à son niveau d’activité.
Comme beaucoup de chiens de grande taille, il peut être prédisposé à la dysplasie de la hanche, une maladie articulaire qu’il convient de dépister dès le développement du chiot. Des visites vétérinaires régulières permettent également de prévenir d’autres problèmes comme les infections de l’oreille ou les troubles digestifs.
Les chiens utilisés pour la chasse au gros gibier doivent être surveillés de près après chaque sortie : blessures, morsures ou chocs peuvent être fréquents. Une bonne condition physique est indispensable à leur longévité.
Prix et élevage des chiens d’ours
Le prix d’un chien d’ours de Carélie varie selon les pays, les lignées et le niveau de sélection. En Europe, les rares élevages spécialisés peuvent proposer des chiots entre 1 200 € et 1 800 €, selon leur inscription au LOF, leur standard FCI et leur lignée de travail.
Il est essentiel de s’adresser à un éleveur expérimenté, engagé dans le respect des critères de la race, et habitué aux besoins spécifiques de ces chiens. Certains passionnés sélectionnent aussi des lignées pour des fonctions mixtes : chien de chasse, chien de garde, voire chien de compagnie pour famille sportive vivant en campagne.
L’adoption d’un tel chien doit être mûrement réfléchie : il s’agit d’un animal qui a besoin d’exercice, d’espace, de stimulation mentale, et surtout, si possible d’un chasseur qui lui offre des situations adaptées à son instinct naturel.
Histoire et origine des chiens d’ours
L’origine du chien d’ours de Carélie remonte aux traditions de chasse des peuples finno-ugriens, installés dans les forêts de Carélie et du nord de la Russie. Ce chien nordique est le descendant direct des chiens primitifs de type spitz, utilisés pour la chasse à l’ours, à l’élan et au gros gibier dès l’Antiquité.
Il a été officiellement développé au début du XXe siècle pour répondre à un besoin croissant de protection et de chasse dans les zones sauvages de la Finlande.
Le redbone coonhound, quant à lui, tire son histoire des colons américains du fin du XVIIIe siècle, qui cherchaient à créer un chien de chasse capable de poursuivre le gibier sauvage dans les vastes forêts des États-Unis. Son nom fait référence à sa robe rouge uniforme, issue de croisements entre des foxhounds anglais et irlandais.
En Amérique du Nord, des départements comme le Fish and Wildlife Department of Washington collaborent avec des programmes de protection intégrant le chien d’ours de Carélie pour éloigner les ours des zones habitées, démontrant ainsi la fonction élargie de ces chiens dans la gestion de la faune sauvage.
Des chiens d’exception pour un gibier d’exception
Chasser l’ours n’est pas très ordinaire du point de vue de notre regard français. Cela requiert du sang-froid, de la technique, mais surtout un partenaire canin à la hauteur. Le chien d’ours de Carélie, rustique, équilibré et né pour le gros gibier, tout comme le redbone coonhound, infatigable traqueur à la voix reconnaissable, offrent aux chasseurs passionnés deux races aussi courageuses qu’efficaces.
Qu’il s’agisse de préserver l’équilibre entre ces prédateurs et l’homme, de chasser dans le respect de la tradition, ou de protéger les zones rurales, ces chiens de chasse représentent bien plus qu’un outil : ce sont des compagnons loyaux, façonnés par des siècles d’histoire, de sélection, et de dévouement au terrain.
Comparaison avec d’autres races de chiens pour la chasse au gros gibier
Si le chien d’ours de Carélie et le redbone coonhound se taillent la part du lion dans la chasse à l’ours, d’autres races de chiens de chasse ont aussi leur place dans la traque du gros gibier. En Europe, notamment en France, les bleus de Gascogne, les griffons nivernais, ou encore les fauves de Bretagne sont utilisés pour la chasse au sanglier et parfois pour le chevreuil ou l’élan, dans les pays frontaliers.
Le laïka de Sibérie occidentale, cousin plus éloigné du chien d’ours de Carélie, est également employé en Russie pour pister l’ours ou le lynx. Plus rustique, un peu plus difficile à contrôler, il est apprécié pour son instinct de poursuite et sa capacité à évoluer dans la taïga sur de longues distances. Cependant, il est souvent moins sociable que le chien carélien, et demande un chasseur expérimenté.
En Amérique du Nord, on retrouve également des lignées de plott hounds ou de black and tan coonhounds, parfois utilisées pour la chasse au puma, au cerf de Virginie ou à l’ours noir. Ces chiens sont très endurants, capables de travailler en meute, et dotés d’une voix sonore qui permet au chasseur de suivre la meute à distance.
L’utilisation moderne du chien d’ours de Carélie en France
Si la chasse à l’ours est aujourd’hui interdite en France métropolitaine, le chien d’ours de Carélie commence à faire parler de lui dans les cercles de chasseurs avertis. Il est notamment apprécié dans la chasse au sanglier, pour sa capacité à travailler en solo, à aboyer avec constance face à un animal qui ne veut pas courir et à maintenir la pression sans confrontation directe.
Certains éleveurs français commencent à sélectionner des lignées adaptées aux terrains du Massif central, des Vosges ou des Pyrénées, pour accompagner les chasseurs dans des biotopes exigeants. On le retrouve également dans des usages annexes, comme la recherche de gibier blessé, domaine traditionnellement occupé par le teckel ou le chien de rouge, mais dans lequel le chien carélien démontre une ténacité impressionnante.
À la croisée des chemins entre chien de garde, chien de chasse et chien de compagnie actif, le chien d’ours de Carélie attire aujourd’hui une nouvelle génération de chasseurs et de gestionnaires de territoire, sensibles à sa stabilité comportementale, à sa capacité d’apprentissage, et à son aptitude naturelle à interagir avec l’humain. Il est également intégré dans des projets pilotes visant à éloigner les ours des zones d’élevage, comme cela se fait déjà aux États-Unis.
En cela, le chien d’ours de Carélie ne représente pas seulement une solution pour la chasse au gros gibier, mais ien un partenaire moderne.
Paroles d’éleveur : Samuel Sandrin, passion nordique
« Je suis l’heureux propriétaire de l’élevage de L’île Du Port Brouard », explique Samuel Sandrin, installé en Saône-et-Loire. Mordu de chiens de chasse, il s’est lancé dans une sélection rigoureuse « avec une lignée extra chasse », en se tournant naturellement vers les races nordiques. Parmi elles, le chien d’ours de Carélie occupe une place de choix.
« Je me suis intéressé à cette race par passion, mais aussi pour sa polyvalence à la chasse », souligne-t-il. Ce chien se révèle en effet particulièrement efficace au ferme, doté « d’un flair et d’un sens de l’orientation hors norme », tout en faisant preuve de prudence face au gibier. Il est aussi utilisé pour « faire les pieds de sangliers » et dans la recherche au sang, ce qui en fait un atout dans de nombreux contextes à la chasse.
Adapté aux modes de chasse français, le Carélien est « un chien de courte quête qui pousse le gibier sans le poursuivre », mais aussi un excellent rapprocheur, capable de travailler en meute. Toutefois, « il faut être vigilant lors des attroupements autour du gibier », car les mâles dominants peuvent se montrer un brin possessifs.
L’éleveur regrette que « les épreuves de travail pour cette race soient inexistantes en France », alors qu’elles sont bien développées en Scandinavie ou en Russie. En revanche, ces chiens participent à des concours de recherche au sang ou d’agility.
Pour les passionnés intéressés, Samuel propose également d’autres races comme le Rouge de Hanovre ou le Kopov slovaque.












Laisser un commentaire