Réponse officielle de So Chasse à la chronique vidéo de Luc Lagier (Arte)
Monsieur Lagier,
Monsieur le Directeur de la rédaction d’Arte,
Mesdames, Messieurs du service public audiovisuel,
Votre vidéo consacrée à « la chasse dans l’histoire du cinéma », diffusée à l’occasion de la sortie de Chasse gardée 2, aurait pu être un moment intéressant de réflexion sur la façon dont le septième art filme cette pratique millénaire. Elle s’est transformée en tout autre chose : un réquisitoire à sens unique, où la chasse n’existe qu’à travers la violence, la cruauté, l’accident, le ridicule ou la domination sociale.
En tant que média spécialisé et en tant que communauté de chasseurs, nous ne contestons pas votre droit à avoir un avis. Nous contestons la prétention de cet avis à représenter « la » chasse au cinéma, alors qu’il n’en montre qu’un seul prisme, systématiquement négatif.
Vous ne faites pas un panorama, vous faites un plaidoyer
Dès les premières secondes, le ton est donné. Vous expliquez que Chasse gardée 2 ne vous a « pas donné envie de prendre un permis de chasse » et annoncez que « nos amis les bêtes vont souffrir, et nous avec ». L’humour n’efface pas le fond : la chasse est posée d’emblée comme repoussoir, avant même que ne commence l’inventaire des films.
Ensuite, vous déroulez une longue liste d’œuvres où la chasse est toujours associée à l’accident, à l’erreur fatale, au drame, au meurtre maquillé, à la cruauté aristocratique, à la bêtise satisfaite ou à la brutalité coloniale. Vous privilégiez les chasseurs « rustres, alcooliques et de mauvaise foi », la chasse bourgeoise cynique, la chasse à courre réduite à une cruauté insoutenable, les chasseurs qui deviennent à leur tour des proies, et les accidents de chasse les plus anxiogènes.
Ce choix n’est pas neutre. Il ne reflète pas « la place de la chasse au cinéma », il reflète votre point de vue sur la chasse. C’est votre droit. Mais cela devrait être présenté comme ce que c’est réellement : un angle militant, pas un état des lieux.
Une omission révélatrice : les films où la chasse est belle, humaine et assumée
Ce qui frappe tout autant que ce que vous montrez, c’est ce que vous ne montrez pas.
Vous ne citez pas un seul film où la chasse est un héritage familial, un lien entre générations, une pratique rurale structurante, une confrontation respectueuse avec la nature, ou simplement une activité montrée avec dignité, sans être idéalisée ni diabolisée.
Vous ne mentionnez pas La Gloire de mon père, dont les scènes de chasse font partie des images les plus lumineuses de l’enfance et de la Provence au cinéma. Vous ne mentionnez pas Downton Abbey, où la chasse n’est pas seulement un loisir mais aussi un rituel social, un décor esthétique, un marqueur d’époque. Vous ne mentionnez pas L’École buissonnière et d’autres œuvres contemporaines qui montrent la chasse comme un art de vivre, avec ses codes, ses erreurs, ses apprentissages, mais aussi sa beauté.
Ces films existent, ils sont reconnus, aimés du public. Ils entrent exactement dans le champ que vous prétendez explorer. S’ils disparaissent de votre sélection, ce n’est pas une exigence de rigueur cinéphile, c’est un choix éditorial : ne garder que ce qui sert un discours à charge.
Quand la chasse devient uniquement une métaphore de la violence
Vous faites par ailleurs un usage massif des métaphores. La chasse, dans votre montage, n’est jamais un acte concret encadré par des règles et une culture, mais toujours le symbole de quelque chose de pire. Chasse à l’homme, chasse à la femme, personnages assimilés à des proies traquées par un groupe, chasse comme cristallisation de la cruauté sociale ou politique. Ces œuvres ont toute leur légitimité. Mais en les enchaînant sans jamais leur opposer d’autres usages du motif de la chasse, vous installez l’idée que la chasse, au cinéma comme dans la réalité, ne saurait être autre chose qu’une mécanique de domination. Ce n’est plus de l’analyse, c’est de la réduction.
Un service public audiovisuel a des devoirs de pluralisme
Que vous n’aimiez pas la chasse, c’est parfaitement respectable. Que vous consacriez une chronique à des films qui la critiquent frontalement, cela peut nourrir le débat. Ce qui pose problème, c’est la confusion des genres : vous présentez comme un « petit point sur la question » ce qui n’est en réalité qu’une sélection militante, sans contradiction, sans contrepoint, sans pluralité des représentations.
Or vous vous exprimez sur Arte, chaîne culturelle de service public, financée par l’ensemble des citoyens, dont une partie pratique la chasse de façon légale, encadrée, assumée, et pourrait légitimement attendre autre chose qu’un collage de clichés.
Nous ne demandons pas des hagiographies. Nous demandons simplement que, lorsqu’on prétend parler « de la chasse au cinéma », on ne gomme pas délibérément tout ce qui la montre sous ses autres faces : tradition, ruralité, rapport au vivant, esthétique, transmission.
Ce que So Chasse vous propose
Au lieu de rester dans un dialogue de sourds, nous vous faisons une proposition simple, publique et constructive.
Organiser un échange ou un format contradictoire, où des chasseurs, des cinéastes, des historiens du cinéma pourront évoquer les multiples représentations de la chasse à l’écran. Mettre en lumière, à côté des œuvres critiques que vous citez, les films qui montrent la complexité de cette pratique, ses dérives, oui, mais aussi son sens, ses règles, ses paysages, ses visages. Reconnaître que le cinéma ne filme pas seulement des caricatures de chasseurs, mais aussi des hommes, des femmes, des enfants, des familles qui vivent une culture enracinée, avec ses limites et ses grandeurs. La chasse n’a pas besoin d’être sanctifiée. Elle a simplement besoin d’être regardée avec toute la palette qu’offre le cinéma, et non avec un unique filtre idéologique.
Arte, la chasse mérite mieux
En choisissant de ne montrer que ce que la chasse a de plus sombre, vous n’informez pas, vous confortez des préjugés. En passant sous silence les œuvres qui en proposent une vision patrimoniale, esthétique ou simplement humaine, vous ne faites pas œuvre de cinéphile, mais d’éditeur engagé qui sélectionne ses exemples en fonction d’un message à délivrer.
So Chasse continuera, de son côté, à parler de cinéma, de chasse et de nature en assumant ce que vous refusez à vos spectateurs : l’idée qu’une pratique peut être discutée, critiquée, mais aussi comprise et respectée. Nous restons disponibles pour en débattre, sur votre antenne ou ailleurs.












Laisser un commentaire