Un million de chasseurs, une cible facile sur le service public
Sur France Inter, l’hostilité envers la chasse n’est plus un dérapage isolé. Année après année, la radio du service public donne son micro à des chroniqueurs qui s’acharnent sur près d’un million de chasseurs français, systématiquement réduits à des caricatures violentes, alcoolisées, arriérées ou moralement déficientes.
Nagui évoque les chasseurs alcooliques. Frédéric Fromet ironise sur le chasseur qui tue son propre fils. Guillaume Meurice multiplie les allusions aux chasseurs ivres et dangereux. Monsieur Poulpe explique qu’il faudrait « éteindre la race » des chasseurs. Giedrė Barauskaitė parle de chasseurs comme de « grosses merdes à problèmes ». Mélodie Fontaine les qualifie de « trous du cul ».
Et cette semaine, Liza Delmoitiez rejoint officiellement cette galerie du mépris ordinaire. Sa chronique est diffusée sur France Inter, relayée sur YouTube, où elle dépasse péniblement quelques milliers de vues en 48 heures. À titre de comparaison, la même semaine, Fabrice Luchini rassemble près de 300 000 spectateurs sur la chaîne Youtube de France Inter. Quand on a du talent, cela se voit. Quand on n’a que le mépris, cela fatigue.
« Connards de chasseurs » : quand l’insulte devient un gimmick
Dès les premières minutes, le décor est planté. Le chasseur est présenté comme un être incapable d’empathie, déconnecté du vivant, opposé par nature à toute forme de sensibilité animale. Une opposition binaire, paresseuse, où la chroniqueuse se place systématiquement du côté du bien, de la morale, de la modernité. Très vite, la satire bascule.
Liza Delmoitiez propose que les chasseurs « chassent des hommes » s’ils en ont tant envie. Elle imagine de lâcher en forêt « les pires ordures » pour que les chasseurs s’en occupent. Elle évoque, sur le ton de la plaisanterie, la peine de mort, avant de feindre un recul moral. Le message est clair : le chasseur serait naturellement attiré par la violence, par la mise à mort, par l’élimination. L’humour sert ici de paravent à une idée profondément malsaine, celle d’un groupe humain qu’on peut désigner comme exutoire symbolique.
« Cons populaires » : la chasse comme marqueur de classe
La chronique ne se contente pas d’insulter, elle méprise socialement. Les chasseurs deviennent des fréquentations honteuses, des « amis de merde » que l’on tolère faute de mieux, notamment à la campagne. La ruralité est décrite comme un désert culturel, un espace d’ennui et de contrainte, opposé à la richesse intellectuelle et sociale des grandes villes. À Paris, il y aurait les théâtres, les bars, les cinémas. À la campagne, il n’y aurait que les chasseurs.
Ce mépris de classe est constant. La chasse à courre est présentée comme un loisir de riches décadents, déconnectés, grotesques. Les autres chasseurs deviennent alors, par contraste, des « cons populaires » : ni assez raffinés pour être fréquentables, ni assez puissants pour être respectés. Ce n’est plus de l’humour, c’est une vision du monde. Une vision où certains Français méritent l’ironie bienveillante, quand d’autres n’ont droit qu’à la caricature et au crachat.
« Ordures humaines » : quand la déshumanisation devient acceptable
Le moment le plus glaçant de la chronique reste celui où les chasseurs sont assimilés aux pires criminels. Violeurs, tueurs, déchets sociaux. Des êtres que l’on pourrait lâcher en forêt, livrés à la traque, dans une fantaisie pseudo-humoristique qui n’a plus rien de léger. Ce type de discours ne serait toléré envers aucun autre groupe social. Il provoquerait à juste titre un tollé.
Mais les chasseurs, eux, peuvent être insultés sans retenue, car ils sont devenus une cible acceptable, commode, consensuelle dans certains milieux médiatiques.
Une indignation légitime face à un service public hors-sol
Ce qui choque, ce n’est pas la critique de la chasse. Le débat existe et doit exister. Ce qui indigne, c’est la répétition obsessionnelle d’un discours de haine, diffusé par une radio de service public, sans contradiction, sans nuance, sans rappel élémentaire de la réalité. Les chasseurs ne sont pas une abstraction. Ce sont des agriculteurs, des ouvriers, des artisans, des retraités, des bénévoles associatifs, des citoyens engagés dans la gestion des territoires, la sécurité, l’entretien des espaces naturels. Ce sont aussi des contribuables qui financent Radio France.
À force de cracher sur ceux qu’elle ne connaît pas, France Inter ne ridiculise pas la chasse. Elle révèle surtout son entre-soi idéologique, son mépris pour la France rurale, et son incapacité à comprendre le pays réel. Un service public qui insulte une partie de ceux qui le financent a déjà perdu quelque chose d’essentiel : sa légitimité.












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