Depuis plusieurs mois, plusieurs chiens de chasse sont décédés en France après avoir été contaminés par la maladie d’Aujeszky, principalement lors de contacts avec des sangliers infectés. Cette maladie virale, encore mal connue inquiète de plus en plus les chasseurs, notamment ceux pratiquant la chasse au sanglier avec des chiens courants. Brutale, presque toujours mortelle et sans traitement curatif, elle impose aujourd’hui une vigilance accrue.
Pour mieux comprendre les risques et les moyens de prévention, voici les retours complets d’un vétérinaire.
Qu’est-ce que la maladie d’Aujeszky et d’où vient-elle ?
La maladie d’Aujeszky est connue depuis le début du XXe siècle. Elle doit son nom au vétérinaire hongrois qui a identifié le virus responsable, appartenant à la famille des herpèsvirus. Avant même cette identification, des mortalités inexpliquées avaient déjà été observées chez les cochons. L’origine exacte du virus reste difficile à déterminer, mais son expansion est étroitement liée au développement des populations de sangliers et aux mouvements d’animaux entre milieux domestiques et sauvages.
Quels animaux sont concernés par ce virus ?
Le virus touche avant tout les cochons, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Ce sont eux qui constituent le principal réservoir et assurent la transmission de la maladie. D’autres espèces peuvent être contaminées, comme le chien, le chat, le cheval ou certains ruminants, mais pour ces espèces, le virus ne se propage pas durablement. Chez le chien de chasse, l’infection provoque en revanche des atteintes très graves, souvent fatales.
Pourquoi les cochons domestiques sont-ils aujourd’hui protégés ?
Les porcs domestiques bénéficient d’un vaccin efficace contre la maladie d’Aujeszky. Grâce à cette vaccination, la France est aujourd’hui considérée comme indemne pour les élevages porcins. Les animaux ne développent plus la maladie et n’en meurent plus.
En revanche, les sangliers et les animaux semi-sauvages ne sont pas vaccinés. Ils peuvent être porteurs du virus, parfois sans présenter de symptômes visibles.
Les sangliers développent-ils eux aussi la maladie ?
Les sangliers peuvent être infectés, mais ils présentent généralement des formes beaucoup moins sévères que le chien de chasse. Certains ne développent aucun symptôme. D’autres peuvent présenter de la fièvre, des troubles digestifs, des problèmes locomoteurs ou des troubles de la reproduction, comme des avortements. L’évolution est plus lente et rarement mortelle à court terme.
La consommation de venaison présente-t-elle un risque pour l’homme ?
Non. La maladie d’Aujeszky ne se transmet pas à l’homme. Le virus n’est pas zoonotique. De plus, il est détruit par la chaleur, ce qui signifie qu’une cuisson normale de la viande suffit à éliminer tout risque. Le virus est également sensible aux désinfectants courants, même s’il peut persister un certain temps dans l’environnement naturel, notamment dans les excrétions de sanglier.
Comment un chien de chasse peut-il être contaminé ?
La principale source de contamination est le contact direct avec un sanglier infecté. La morsure lors de la prise ou du ferme constitue le mode de transmission le plus fréquent. Le risque augmente fortement si le chien commence à consommer des tissus ou des restes du sanglier. Le chien peut également être contaminé en léchant de l’urine, des sécrétions ou des restes biologiques récents présents dans le milieu naturel.
Quels sont les symptômes de la maladie d’Aujeszky chez le chien de chasse ?
La maladie d’Aujeszky est aussi appelée pseudo-rage, car ses symptômes sont très proches de ceux de la rage. Les premiers signes peuvent être une agressivité inhabituelle ou, au contraire, un abattement marqué. Très rapidement apparaissent des troubles neurologiques sévères, des paralysies, notamment au niveau du larynx, entraînant une salivation abondante. Des troubles locomoteurs s’installent, suivis de comportements d’automutilation liés à des démangeaisons intenses. L’évolution est fulgurante et conduit généralement au décès du chien de chasse en moins de 48 heures.
Comment le vétérinaire pose-t-il le diagnostic ?
Le diagnostic repose obligatoirement sur des analyses de laboratoire. Un prélèvement sanguin est effectué afin de rechercher le virus. En pratique, le résultat arrive souvent après le décès de l’animal, compte tenu de la rapidité d’évolution de la maladie.
Toute suspicion doit être prise au sérieux, d’autant plus que les symptômes évoquent également ceux de la rage, maladie absente de France mais toujours surveillée.
L’âge ou la condition physique du chien influencent-ils la gravité ?
Non. Qu’il soit jeune ou âgé, un chien de chasse reste extrêmement vulnérable. Le virus est particulièrement virulent et le système immunitaire ne parvient pas à contenir l’infection. Le taux de mortalité dépasse 90 % en moins de 48 heures.
Existe-t-il un vaccin pour les chiens de chasse ?
Un vaccin existe pour le porc et a démontré son efficacité. Il peut être utilisé chez le chien avec une protection partielle, mais il ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché pour l’espèce canine. Son utilisation relève donc exclusivement de la responsabilité du vétérinaire, dans le cadre de sa responsabilité civile professionnelle. La vaccination par un particulier dans un chenil est strictement exclue.
Peut-on espérer une guérison chez un chien contaminé ?
Les cas de survie sont extrêmement rares. Dans certains cas, le diagnostic n’a pas toujours été confirmé par des analyses biologiques, ce qui laisse planer un doute. À ce jour, la maladie d’Aujeszky est considérée comme presque toujours mortelle chez le chien de chasse.
La maladie pourrait-elle concerner d’autres espèces comme le loup ?
Le loup pourrait théoriquement être exposé au virus en cas de contact avec des sangliers infectés. Cela ne poserait pas de risque pour l’homme, mais pourrait susciter des inquiétudes si un animal présentait des symptômes évoquant la rage.
La France est officiellement indemne de rage chez les canidés, en dehors de rares cas importés. Toute suspicion ferait l’objet d’analyses immédiates afin d’écarter ce risque.










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