Le marché international de Rungis est souvent présenté comme le cœur battant de l’alimentation française. Pourtant, derrière cette vitrine prestigieuse, une réalité beaucoup plus dérangeante s’impose : du sanglier importé de Nouvelle-Zélande y est vendu et consommé. Une situation qui pose une question simple mais brutale. Comment un pays qui tue près de 900 000 sangliers par an peut-il se retrouver à importer de la viande de sanglier depuis l’autre bout du monde ?
Le sanglier en France : une surabondance documentée
En France, les populations de sangliers n’ont jamais été aussi importantes Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Désormais, chaque saison, entre 750 000 et 900 000 sangliers sont prélevés sur l’ensemble du territoire. Les dégâts aux cultures se chiffrent en dizaines de millions d’euros, les collisions routières impliquant des sangliers sont en constante augmentation, et la pression exercée sur certains milieux naturels devient problématique. La chasse joue donc un rôle central de régulation. Mais cette régulation massive ne s’accompagne pas d’une valorisation cohérente de la viande produite.
Rungis et l’importation de sanglier néo-zélandais
C’est dans ce contexte que la présence de sanglier de Nouvelle-Zélande à Rungis apparaît comme une incohérence majeure. Ces viandes importées sont principalement destinées aux grossistes, à la restauration et à certains circuits professionnels à la recherche de volumes réguliers et standardisés. Le paradoxe est saisissant. Alors que les chasseurs sont appelés à intensifier les prélèvements, des animaux parcourent des dizaines de milliers de kilomètres pour finir sur les étals français.
Une aberration écologique assumée
D’un point de vue environnemental, la situation est difficilement défendable. Transporter de la viande de gibier depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’en France implique une logistique lourde, énergivore et fortement émettrice de carbone. Le gibier est pourtant une viande locale, durable ne nécessitant ni élevage intensif ni intrants agricoles. Cette logique s’effondre dès lors que le sanglier devient un produit mondialisé, soumis aux mêmes flux commerciaux que n’importe quelle viande industrielle. Importer du sanglier alors que le territoire national en déborde relève d’un non-sens écologique total.
Pourquoi le sanglier français ne nourrit pas la France ?
La question centrale n’est pas celle de la disponibilité de la ressource, mais celle de son organisation. La filière française du gibier sauvage est structurellement fragile.
Les points de blocage sont connus :
– un nombre insuffisant d’abattoirs agréés pour le gibier sauvage
– une réglementation sanitaire lourde, souvent mal adaptée aux réalités de terrain
– une absence de structuration économique entre chasseurs, transformateurs et distributeurs
– une frilosité politique dès qu’il s’agit d’assumer pleinement la viande issue de la chasse
Résultat : une partie de la venaison française est autoconsommée ou valorisée localement à petite échelle, pendant que les acteurs professionnels privilégient l’importation, plus simple à gérer sur le plan logistique.
Le label Gibier de France : une éclaircie dans l’horizon ?
Le label Gibier de France , lancé sous l’impulsion de la Fédération Nationale des Chasseurs en octobre dernier, devrait nous l’espérons incarner une réponse à cette incohérence. Valoriser une viande issue de la chasse française, traçable, contrôlée et intégrée dans une logique territoriale. Donner un débouché crédible aux prélèvements réalisés chaque saison. En favorisant les savoir-faire ruraux avec l’ambition de défendre notre souveraineté alimentaire, Gibiers de France a pour objectifs de mettre en lumière une viande aux multiples qualités nutritionnelles et gustatives, qui ouvre la voie à une cuisine inventive et responsable.
Repenser en profondeur le modèle français du gibier
Le cas du sanglier de Nouvelle-Zélande à Rungis est révélateur d’un problème bien plus large. La France doit repenser en profondeur son modèle agricole et alimentaire. Dans un contexte où l’on parle de relocalisation, de souveraineté alimentaire et de transition écologique, cette situation fait figure de contre-exemple absolu. Les chasseurs ont un vrai rôle à jouer, que nos amis écologistes devraient soutenir!












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