Il y a quelques jours, So Chasse mettait en lumière la prestation remarquée de Jade Firmin-Corneau, jeune chasseresse propulsée presque par surprise en face-à-face avec Marine Tondelier sur le plateau de La Grande Confrontation, animé par David Pujadas. Un échange direct, sans posture ni langue de bois, qui a profondément marqué nos lecteurs. Plus de 5 500 mentions « j’aime » en 24 heures, un record depuis le lancement de So Chasse.
Derrière ces quelques minutes de télévision se cache pourtant un parcours singulier, loin des caricatures. Ancienne bénévole de la protection animale, longtemps engagée dans les enquêtes pour maltraitance avant de découvrir la chasse presque par hasard, Jade incarne une trajectoire rare. Nous avons souhaité aller plus loin, comprendre comment elle s’est retrouvée sur ce plateau, retracer son parcours personnel et cynégétique, et surtout lui donner le temps d’exposer sa vision de la chasse d’aujourd’hui et de demain.
Baudouin de Saint Léger
Jade, comment avez-vous été contactée par LCI ?
Jade Firmin-Corneau
Par mes réseaux sociaux. À l’origine, je publiais surtout des vidéos sur TikTok. Une journaliste m’a contactée directement par message. Le sujet semblait arriver assez tardivement en rédaction. Elle m’a proposé de venir débattre sur le plateau de LCI, à Paris, dans la tour TF1. Nous avons échangé au téléphone, elle m’a expliqué le cadre de l’émission, et j’ai accepté.
BSL
Aviez-vous eu le temps de vous préparer à cet échange ?
JFC
J’ai surtout révisé les bases. La difficulté venait du fait que la position de Marine Tondelier sur la chasse reste assez floue, hormis sa volonté d’interdire la chasse le dimanche et les jours fériés. Je savais que j’aurais un temps de parole, mais sans axe précis. J’ai donc construit mes réponses en direct, en fonction de ce qui se disait sur le plateau.
BSL
Vous chassez depuis peu finalement.
JFC
Oui, depuis un an seulement.

BSL
Sur le plateau, vous expliquez aussi que vous ne veniez pas du tout de cet univers.
JFC
Exactement. Je n’étais pas anti-chasse au sens militant, mais profondément engagée dans la protection animale. J’ai intégré la SPA dès mes 18 ans comme déléguée enquêtrice. Je traitais les signalements de maltraitance animale. Très rapidement, je suis devenue référente départementale, la plus jeune de France à ce poste. Je gérais les plaintes, les appels, les dossiers transmis depuis Paris et leur répartition sur le terrain. Cet engagement a duré près de trois ans.
BSL
Et aujourd’hui, en dehors de la chasse, quelle est votre activité ?
JFC
Je travaille dans la boulangerie de mon père, en Indre-et-Loire, et je suis également esthéticienne de métier.
BSL
Le passage vers la chasse s’est donc fait progressivement. Quel a été le déclencheur ?
JFC
Une rencontre amoureuse, tout simplement. Ce n’était pas un univers qui m’attirait particulièrement, mais que je ne critiquais pas non plus. Je ne le connaissais pas. Le chasseur était à sa place, moi à la mienne. Je refusais surtout de parler d’un monde que je ne comprenais pas.

BSL
Le rapprochement entre protection animale et chasse n’a-t-il pas été difficile à assumer ?
JFC
Si, surtout au début. Beaucoup me disaient : « Tu passes de la maltraitance animale à la chasse ». Je trouve ce raccourci très réducteur. Pour moi, on ne peut pas être chasseur si on n’aime pas les animaux. Nous avons une meute de chiens courants, ils vivent avec nous, on s’en occupe au quotidien. Ce qui a été le plus déstabilisant, c’est d’avoir un chenil chez moi alors que j’avais auparavant enquêté sur d’autres chenils dans un tout autre contexte. Il a fallu apprendre, comprendre, observer.
BSL
Aujourd’hui, quel mode de chasse pratiquez-vous ?
JFC
Je chasse uniquement le grand gibier en battue. Nous chassons entre l’Indre-et-Loire, le Maine-et-Loire et un peu la Vienne. Nous avons 16 chiens. Mon compagnon chasse également avec son frère, qui en possède une trentaine. Lorsque nous sortons ensemble, cela représente environ 30 chiens. Cela dit, je tiens à préciser que j’ai un profond respect pour toutes les formes de chasse, qu’il s’agisse du gibier d’eau, du petit gibier ou d’autres pratiques. Je ne les ai simplement jamais pratiquées moi-même, mais elles font pleinement partie du monde cynégétique.
BSL
Sur le plateau, vous avez beaucoup insisté sur la notion de régulation. Pourquoi est-ce central pour vous ?
JFC
Parce qu’il faut réfléchir à l’envers. Se demander ce qui se passerait si l’on arrêtait de chasser. Il y aurait une surpopulation massive, des famines, des maladies, davantage d’animaux blessés par des collisions routières et laissés à l’agonie. Les prélèvements ne sont pas faits au hasard. Ils répondent à des chiffres, à une réalité de terrain. Supprimer la chasse créerait une autre forme de maltraitance animale.
BSL
Vous avez également répondu à l’idée selon laquelle la chasse serait un milieu masculiniste.
JFC
C’est un discours que je vis très mal. Je n’ai jamais été autant respectée que sur un rond de battue ou dans une maison de chasse. Il existe un vrai respect pour les femmes. Affirmer le contraire, c’est parler sans jamais avoir mis de bottes sur le terrain.
BSL
Pour conclure, selon vous, que faudrait-il faire pour améliorer l’image de la chasse ?
JFC
La faire connaître, tout simplement. Arrêter les discours qui divisent chasseurs, promeneurs, cyclistes. Nous partageons les mêmes espaces. La réalité du terrain n’a rien à voir avec ce que l’on voit à l’écran. Montrer aussi d’autres visages de la chasse : des femmes, des familles, des jeunes. Et je tiens à le dire clairement : mon nouvel amour pour la chasse n’entache en rien mon engagement pour la protection animale. Je ne suis pas passée d’un côté à l’autre. Je continuerai d’être engagée dans les deux à 100 %. Mes convictions resteront inchangées.












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