Quand la chasse devient un outil de conservation : l’exemple kazakh face au braconnage de l’antilope saïga

Lors de la COP20 de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), organisée du 24 novembre au 6 décembre à Samarcande, en Ouzbékistan, une décision majeure est venue illustrer le lien étroit entre conservation, utilisation durable et lutte contre le braconnage. Un dossier emblématique a particulièrement retenu l’attention des acteurs de la biodiversité, dont Marianne Courouble, fondatrice de RESILIENCE Nature, forte de plus de 25 ans d’expérience dans la conservation et l’utilisation durable des ressources naturelles.

La COP20 de la CITES, un moment clé pour la gestion de la faune

La CITES joue un rôle central dans l’encadrement du commerce d’animaux et plantes sauvages à l’échelle mondiale. À l’occasion de sa 20e Conférence des Parties, plusieurs décisions ont été prises concernant des espèces emblématiques, avec un objectif clair : adapter les règles aux résultats concrets de la conservation sur le terrain.

Selon Marianne Courouble, cette COP20 a marqué une avancée importante dans la reconnaissance de modèles de gestion fondés sur la science, l’investissement à long terme et l’implication des acteurs, des communautés locales aux États.

L’antilope saïga, symbole d’un succès de conservation

La principale victoire concerne l’antilope saïga, seule antilope eurasienne, dont l’histoire récente illustre les extrêmes de la conservation. Classée en Annexe II de la CITES, l’espèce faisait jusqu’ici l’objet d’un quota de commerce fixé à zéro, interdisant toute commercialisation de ses produits, notamment les cornes. À la COP20, une annotation spécifique a été adoptée pour la seule population du Kazakhstan, autorisant à nouveau une commercialisation strictement encadrée. Cette décision repose sur des résultats de conservation exceptionnels obtenus par le pays.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

En 2002, la population de saïgas du Kazakhstan était estimée à environ 750 individus, au bord de l’extinction. En 2024, elle atteint près de 2,8 millions d’individus, un rétablissement spectaculaire rendu possible par une politique volontariste. Les autorités kazakhes ont investi près de 18 millions de dollars dans la conservation de l’espèce, avec un accent particulier sur la restauration des habitats, principal facteur de déclin à l’époque. La protection des zones de migration, la surveillance accrue, l’implication des communautés locales et la coopération internationale ont permis de renverser une trajectoire jugée autrefois irréversible.

Une approche soutenue par la communauté internationale

Ce travail de fond n’a pas été mené isolément. Il s’est appuyé sur le soutien de la Convention sur les espèces migratrices, du WWF, ainsi que d’experts indépendants et d’organisations scientifiques. Ces efforts ont été reconnus en 2023 par l’UICN, qui a reclassé l’antilope saïga de la catégorie en danger critique d’extinction à celle d’espèce menacée. Une évolution rare, qui témoigne d’un succès tangible en matière de conservation.

Utilisation durable et lutte contre le braconnage

L’autorisation de commercialisation partielle accordée au Kazakhstan poursuit plusieurs objectifs. Elle vise d’abord à réduire le braconnage, en coupant l’herbe sous le pied des trafics illégaux. En encadrant strictement les volumes, les origines et les circuits de commercialisation, les autorités visent à assécher les réseaux clandestins qui exploitent la rareté. Elle permet également de valoriser la gestion communautaire de l’espèce. En générant des revenus légaux, la faune sauvage devient un atout économique pour les territoires ruraux, renforçant la préservation locale des territoires, habitats naturels de l’antlope saîga, et favorisant une coexistence durable entre activités humaines et biodiversité.

Une décision emblématique pour les débats sur la chasse et la conservation

Pour le monde de la chasse et les défenseurs de l’utilisation durable de la faune, cette décision constitue un signal fort. Elle rappelle qu’une gestion rigoureuse, fondée sur des données scientifiques solides, peut conduire à des résultats concrets, tout en permettant un usage raisonné des ressources naturelles. Comme le souligne Marianne Courouble, la COP20 de la CITES démontre que l’interdiction systématique n’est pas toujours la seule réponse. Lorsqu’elle est associée à une volonté politique, des investissements appropriés, à une gouvernance efficace et à une implication des acteurs locaux, la conservation peut ouvrir la voie à des modèles durables, bénéfiques à la biodiversité comme aux populations humaines.

Un précédent scruté de près

Le cas de l’antilope saïga du Kazakhstan pourrait désormais servir de référence dans d’autres dossiers internationaux. Il illustre la capacité de la CITES à évoluer, à reconnaître les succès de terrain et à adapter ses mécanismes aux réalités biologiques et socio-économiques.

Dans un contexte où la conservation et l’utilisation des ressources naturelles, dont la chasse, sont souvent opposées dans le débat public, cette décision rappelle qu’elles peuvent, lorsqu’elles sont correctement encadrées, converger vers un même objectif : préserver durablement la faune sauvage.

Marianne Courouble
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Rédacteur en chef, SoChasse

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