La carabine MAS en 7×54 mm: Un voyage temporel pour une arme toujours actuelle

Rédacteur en chef, SoChasse

Marque

Mas

Produit

Carabine

Note de la rédaction

★★★★

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Par Julien Leveque

De l’usage d’armes « Vintage » en action de chasse

L’utilisation des carabines de chasse pour le tir du grand gibier en battue ne s’est démocratisée qu’à la fin des années 70, la majorité des nemrods ayant conservé l’usage des leurs fusils lisses, pour leur polyvalence et par habitude. Actuellement le prisme s’est inversé et les armes rayées sont largement majoritaires. Les carabines ont évolué également, plus modernes, puissantes, légères, précises avec l’adjonction d’optique ou d’optronique.

Comme pour le collectionneur de voiture ancienne ravi de sortir le dimanche sa Panhard ou sa Citroën Traction Avant, certains d’entre nous aiment ou aimeraient revivre notre passion avec un esprit « Vintage », autant pour sortir des sentiers battus que pour l’aspect historique. Cette carabine MAS correspond parfaitement à ce plaisir, arme simple conçue il y a 77 ans, utilisant un calibre rationnel et confidentiel.

La carabine MAS dans son décor automnal du début de saison de chasse

L’histoire de la première carabine de chasse française d’après-guerre

L’immédiat après-guerre va permettre à la chasse de reprendre ses droits (toute activité cynégétique ou détention d’armes étant proscrite par l’occupant). De nombreuses armes ont été confisquées et détruites, certains chasseurs étant même amenés à employer des armes de guerre pour le tir des ongulés (les Mauser 98K sont bien présents sur les râteliers). Conscient de cette problématique, la MAS (Manufacture d’Armes de Saint Etienne, arsenal d’Etat), décide de produire une carabine basée sur le fusil réglementaire de l’époque. Ses ingénieurs, dont Jean Fournier, modifie le Fusil Mas 1936 pour l’adapter à l’usage de chasse. La production initiale sera faible, les premiers calibres retenus étant reclassés en munition de guerre (prohibés à la chasse) et l’arme étant relativement couteuse. La remise sur le marché de fusils lisses traditionnels va rapidement fermer le marché, cette MAS est en somme arrivée un peu trop tôt.

Propos sur le quiproquo les carabines dites « MAS Fournier »

A la fin des années 60 ses armes réapparaissent et tout en restant encore relativement confidentielles, trouvent une place sur le marché. Jean Fournier s’est installé comme armurier en Haute Savoie, il a acquis auprès de la MAS des ébauches et pièces non assemblées et repris la production sous son nom. C’est la majorité des armes parvenues jusqu’à nous aujourd’hui et qui sont qualitativement et balistiquement irréprochables.

Une carabine élégante, fiable et rationnelle

Arme polyvalente avec un calibre Medium, cette MAS s’adapte parfaitement à la battue, à l’affut et à l’approche, tout comme au tir de montagne. Simple pour ne pas dire basique, elle repose sur le boitier de culasse du MAS 1936. En acier celui-ci scinde l’arme en deux offrant une parfaite rigidité. Son canon de 58 cm est dans la norme, la culasse massive permet un mouvement rapide et se démonte à la main, sans outil. L’alimentation se fait par la fenêtre d’éjection, cartouche par cartouche ou via la lame chargeur du fusil militaire, cinq munitions y trouvent place et le déchargement est instantané par une portière inférieure. La hausse à trois feuillets rabattables est calibrée pour les distances de 100, 200 et 300 m, le guidon est fixe et protégé par un carter en acier. Un levier de sécurité est positionné en arrière de la détente, silencieux et manœuvrable par l’index.  

Les parties métalliques sont protégées par une peinture noire cuite au four comme sur les productions militaires de l’époque, on peut aussi trouver des carabines phosphatées ou traditionnellement bronzées. La mise en bois est en deux parties, réalisée dans un noyer de qualité. Point intéressant, un simple tournevis permet de démonter la crosse pour faciliter le transport en limitant l’encombrement. La carabine MAS est courte et légère, 104 cm pour 3,280 kg.

Une optique était disponible avec un rare montage spécifique

L’optique et le montage

Le montage d’une optique est possible sur l’arme, la partie supérieure avant du boitier a été fraisée en queue d’aronde et la partie arrière modifiée à hauteur de l’ancien support de l’œilleton de visée. Le montage est spécifique et particulièrement rare sur le marché, il permet après réglage le démontage de l’optique par un levier latéral, sans perte du « zéro » au remontage. L’ensemble est bien pensé mais la réalisation et la finition sont très industrielle, propre mais sans fioriture.

Une antique optique Swarovski Habicht en 4×32 a été modifiée pour être installée sur la carabine, cette optique date des années 50, à un réticule « 4 » typiquement germanique et dispose, encore et toujours, d’une parfaite netteté oculaire. Les supports du montage ont été fixés par des vis traversant le rail inférieur de la lunette, les réglages de cette dernière sont particuliers. Si l’ajustement de l’élévation s’effectue via la tourelle supérieure, la dérive nécessite de jouer avec les deux vis latérale du support, en serrage / desserrage. Le couple arme et optique se destine plus favorablement à l’affut voir l’approche, le faible champ de vision n’étant pas un avantage pour le tir au saut du layon.

Le démontage intégral est simple et rapide, idéal pour l’entretien et le transport

Une munition à réaliser soi-même

La munition de 7×54 mm n’est plus disponible dans le commerce, les dernières productions remontant au début des années 1990, elle n’est de surcroit pas enregistrée au CIP. Le rechargement de cette munition est donc incontournable pour le chasseur, pratique simple et gratifiante au demeurant. A noter que des boites de munitions d’époque sont régulièrement disponibles sur des sites de collectionneurs, mais leur usage n’est pas recommandé vu leur obsolescence.

Les performances de la 7×54 mm sont comparables au 7×57 Mauser, munition réputée pour sa précision et sa rasance. Le choix en projectiles est vaste, au diamètre de .284 inch (7,20 mm), de 9 à 10 g, avec une vitesse de 800 ms assurant une énergie cinétique de 3200 joules. Les étuis sont facilement modifiables en prenant pour base ceux du 7,5×54 MAS, l’opération consistant à réduire le diamètre du collet et à les remettre en longueur (via une presse de chargement et l’outil ad-hoc). Les données de chargement sont facilement disponibles, le calibre étant bien documenté.

La munition est relativement proche du 7×57 Mauser

L’épreuve sur le terrain

J’ai pu tester cette MAS sur plusieurs battues lors de la dernière saison de chasse, elle est agréable et fonctionnelle. Certes, le mouvement de culasse n’est pas aussi souple que les armes actuelles, tout comme la qualité du départ, mais nous avons prélevé plusieurs chevreuils et un beau ragot stoppé net au saut du layon. La carabine est parfaitement équilibrée et permet des acquisitions et des tirs rapides.

POINTS FORTS

  • Authenticité et intérêt historique
  • Equilibre et performance balistique
  • Simplicité et maniabilité

POINTS FAIBLES

  • Action et départ moins performants que les productions actuelles
  • Action et départ moins performants que les productions actuelles
  • Pas d’adaptation de montages optiques modernes pour améliorer les performances

Conclusion

Bon sang ne saurait mentir, cette MAS est encore très efficace pour nos pratiques de chasse actuelle, elle apporte un peu plus d’authenticité qu’une carabine moderne. Certes l’utilisateur devra passer par la « case » rechargement, l’occasion de se former à une pratique également passionnante. On trouve régulièrement des carabines MAS d’occasion sur des sites de ventes en ligne (la plupart sont des armes reconditionnées par Jean Fournier), leur valeur suivant l’état va de 400 à 600€ soit un investissement limité.

Rédacteur en chef, SoChasse

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