Chevrotine : le sondage So Chasse qui révèle une fracture profonde chez les chasseurs

Cartouche de chevrotines 9 grains calibre 12

Sujet sensible, débat passionné et avalanche de réactions. En posant une question simple en apparence – « Pour ou contre la chevrotine ? » – So Chasse ne s’attendait sans doute pas à déclencher un tel déferlement de prises de position. En quelques jours, 954 lecteurs ont répondu au sondage publié sur notre site, accompagnant leur vote de centaines de commentaires parfois techniques, souvent tranchés, toujours engagés. Résultat : un monde cynégétique divisé presque à parts égales.

Une question qui fracture la communauté cynégétique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les 954 réponses recueillies, 36 % se disent favorables à l’usage de la chevrotine, 35 % s’y opposent fermement, tandis que 29 % plaident pour une utilisation au cas par cas, en fonction du biotope, des distances de tir et des conditions de sécurité. Aucune majorité nette. Juste un constat : la chevrotine reste une munition hautement inflammable dans le débat chasse.

Derrière ces pourcentages se cachent des réalités de terrain très différentes. Battues en garrigue, secteurs boisés très fermés, territoires urbanisés, chasse en montagne ou grandes plaines : pour beaucoup, le contexte prime sur le principe.

Les partisans du “pour” : efficacité, tradition et réalisme

Chez les favorables, le discours est souvent pragmatique. Sylvère, chasseur expérimenté, résume une opinion largement partagée : « Pour, il suffit comme toutes munitions de savoir s’en servir. » Une idée que reprend Christophe, posté en battue dans des secteurs boisés : « Pour à 100 % sur certaines conditions. En sous-bois fermé, à courte distance, c’est parfois plus sûr qu’une balle. »

En Corse, où la question est familière, André, chasseur insulaire, témoigne sans détour : « Chez nous, on chasse beaucoup à la chevrotine et on n’a aucun problème. » Même son de cloche chez Vincent, dans le Gard : « Utilisée avec discernement, aucun souci cette saison. » La notion de distance revient comme un mantra. Mag, habitué des battues serrées, insiste : « Si la distance est respectée, je n’en ai jamais vu repartir. » Philippe, lui, précise : « En 9 ou 21 grains, à distance raisonnable, pas de problème. »

Certains évoquent aussi la tradition et le bon sens paysan. Michel, sourire en coin, rappelle : « Les anciens s’en servaient. Ce n’est pas nouveau. » D’autres soulignent l’aspect économique : « Moins de deux euros la cartouche… L’interdiction n’a-t-elle pas aussi une raison financière ? » interroge François.

Les opposants : blessures, sécurité et image de la chasse

Face à eux, les opposants ne mâchent pas leurs mots. Hubert, chasseur de longue date, tranche : « Complètement opposé. Trop de blessures et trop d’animaux perdus. » Même position chez Bernard : « Contre. Trop d’animaux blessés. » La sécurité des chiens revient régulièrement dans les commentaires. Pascal alerte : « Trop dangereux pour les chiens. Un animal blessé devient imprévisible au ferme. » Pierre, plus direct encore : « La chevrotine blesse plus qu’elle ne tue. À ne pas mettre en service. »

Pour Alain, chasseur lui-même, la question est aussi symbolique : « C’est une munition d’un autre temps. » Bertrand renchérit : « On recule de soixante ans. Tu parles d’une innovation. » Certains rappellent les raisons historiques de son interdiction. Francis s’étonne : « Dans les années 70, on l’a interdite car trop dangereuse. Aujourd’hui, on voudrait la réintroduire car elle ne le serait plus ? On marche sur la tête. » D’autres évoquent l’image de la chasse auprès du grand public. Stéphane résume : « 90 % des accidents sont dus à l’erreur humaine. Proposer une munition d’un autre âge comme solution, c’est hors sujet. Travaillons sur la formation. »

Le camp du “cas par cas” : biotope, distance et responsabilité

Entre ces deux blocs, près d’un tiers des répondants plaident pour une approche mesurée. Fred, chasseur en zone fermée, explique : « Pour son usage dans les biotopes où elle est adaptée et à des distances n’excédant pas vingt mètres. » François acquiesce : « Tout dépend de l’endroit où tu chasses. » La notion de responsabilité individuelle revient souvent. Arnaud insiste : « Ce n’est pas la chevrotine le danger. Le danger vient de certaines personnes qui font n’importe quoi. » Régis, plus nuancé, détaille : « Distance, gibier, poste, environnement… On aura tous raison selon nos chasses. » Certains rappellent que même les autorités cynégétiques y ont parfois recours. Jean, chasseur de montagne, souligne : « Les lieutenants de louveterie l’utilisent dans certaines situations. Ce n’est pas un hasard. »

Des échanges parfois rudes, souvent passionnés

Comme tout débat sensible, celui-ci n’a pas échappé aux excès. Ironie, sarcasme, agacement : les commentaires témoignent d’une forte charge émotionnelle. Victor lâche : « 99 % de ceux qui parlent n’ont aucune expérience de cette munition. » Arnaud, moqueur, assène : « La munition de ceux qui ne savent pas tirer. »

Mais derrière les formules choc, une réalité demeure : la chevrotine cristallise des peurs, des expériences personnelles et des visions opposées de la chasse moderne. Pour les uns, elle représente une solution de terrain à courte distance. Pour les autres, un symbole de pratiques dépassées et dangereuses.

Un sondage révélateur du terrain

Ce sondage n’a pas tranché. Et il n’avait sans doute pas vocation à le faire. En revanche, il met en lumière une chose essentielle : les chasseurs débattent, argumentent, confrontent leurs expériences sans fuir les sujets qui dérangent. La chevrotine divise, mais elle oblige aussi à poser les bonnes questions : formation, distances de tir, sécurité des chiens, respect du gibier, adaptation aux territoires.

À l’heure où la chasse est scrutée, critiquée et souvent caricaturée, cette diversité d’opinions rappelle une évidence : le monde cynégétique n’est ni monolithique ni figé. Il est traversé de débats vifs, parfois rugueux, mais profondément ancrés dans la réalité du terrain. Et c’est précisément ce que ce sondage aura permis de mettre en lumière.

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3 réponses à “Chevrotine : le sondage So Chasse qui révèle une fracture profonde chez les chasseurs”

  1. Cyrille Louvet

    Il existe une étude balistique au sein de l’ANCGG.

  2. Bob26

    La chevrotine autorise des tirs moins précis.
    La balle ne pardonne rien…
    Alors le constat est vite fait !! A végétation dense la chevrotine à son utilité, dès que le champ de tir s’ouvre la balle à l’avantage.
    Chacune à ses inconvénients.
    Tirez trop loin avec des chevrotines vous êtes sur de blesser et de l’autre côté la balle est très dangereuse en tir non fichant ou ricochet également .Sur des grandes distances.
    Vous blessez également en tir lointain, placement de la balle délicat sur des animaux en mouvement..
    Alors que faire ?
    Faire confiance au chasseurs? !!.. les informer et les former aussi sur les armes et munitions
    Beaucoup ignorent la puissance des armes qu’ils ont dans les mains et ont des idées balistique qui datent du Chassepot !
    ( J exagère).
    Allez faire une séance dans un cine-tir, ça pourrait vous surprendre.
    Existe t’il une étude sur les accidents causés par des chevrotines qui nous en dirait un peu plus !! ??
    Sur ce ,quoi qu’il en soit soyez prudents

  3. Navarro Thierry

    Bonjour
    Balle ou chevrotine.
    A la convenance de chaque chasseur.
    Respecter les 30 degrés devient certainement plus délicat avec la chevrotine.
    Plus difficile à gérer aussi pour la sécurité des chiens.
    Un sujet vraiment délicat qui demande réflexion.

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