Écosse : quand les écologistes réclament l’abattage massif des cerfs

Pendant des siècles, le cerf a été l’un des grands symboles des Highlands. On le retrouve sur les cartes postales, dans la publicité touristique et dans l’imaginaire collectif comme l’icône de la nature sauvage écossaise. Pourtant, derrière cette image romantique, une crise silencieuse est en train de bouleverser les paysages du pays. Un long reportage diffusé par France 2 plonge au cœur de cette réalité dérangeante : en Écosse, les cerfs sont désormais trop nombreux, au point de menacer directement les forêts, la biodiversité et même les objectifs climatiques du Royaume-Uni.

Un million de cerfs « sans » prédateurs

Les chiffres donnent le vertige. L’Écosse abriterait aujourd’hui entre 750 000 et un million de cervidés, toutes espèces confondues. Parmi eux, environ 350 000 cerfs élaphes, le grand cerf emblématique des Highlands, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers de chevreuils, de cerfs sika et de daims. Le problème tient à un fait simple : il n’y a pas de prédateurs naturels hormis bien sûr les chasseurs. Résultat, les cerfs se reproduisent sans limite, broutent toutes les jeunes pousses et empêchent la forêt de se régénérer.

Dans le reportage, les journalistes montrent des jeunes arbres à peine plantés déjà rongés, des forêts qui ne repoussent plus et des paysages qui deviennent de plus en plus pauvres.

L’État écossais passe à l’offensive

Face à cette situation, le gouvernement écossais a décidé de frapper fort. La gestion des cerfs est confiée à NatureScot, l’agence publique de l’environnement, qui organise chaque année de vastes campagnes de comptage à l’aide de drones et d’hélicoptères. L’objectif est d’estimer les populations pour fixer des quotas de tir. Dans certaines zones, on compte jusqu’à 20 cerfs par kilomètre carré, alors que l’objectif officiel est de 5. Pour faire chuter ces densités, les gardes forestiers sont désormais autorisés à tirer toute l’année, y compris les mâles hors saison, et surtout les femelles, car ce sont elles qui font croître les populations.

Le reportage suit notamment Kyle Hogg, un garde forestier qui tue une centaine de cerfs par an sur un seul massif de 900 hectares. Il explique son malaise face à des ordres qui l’obligent parfois à tirer des femelles accompagnées de leurs petits. Il comprend la nécessité écologique, mais s’inquiète du niveau de brutalité atteint par cette politique.

Le grand paradoxe : les écologistes tirent aussi

La séquence la plus surprenante du reportage se déroule pourtant ailleurs. Les journalistes se rendent sur le domaine de Mar Lodge, une immense réserve naturelle de 30 000 hectares appartenant au National Trust for Scotland, l’une des plus grandes associations de protection de la nature du pays. Et là, l’association emploie ses propres chasseurs, chargés de tuer des cerfs tous les jours.

Le responsable du site l’explique sans détour : trop de cerfs empêchent la forêt de pousser. Si l’on veut restaurer la biodiversité et stocker du carbone dans les arbres, il faut réduire drastiquement les populations. En l’absence de loups ou de lynx, ce sont les chasseurs qui doivent jouer le rôle de prédateur. Grâce à cette politique, Mar Lodge serait devenu une vitrine de la régénération naturelle. Sans clôtures, sans plantations, des milliers de jeunes arbres ont repoussé simplement parce que les cerfs ont été éliminés en masse…

Une chasse qui sauve la forêt… mais détruit une économie

Le reportage montre aussi l’autre face du problème. En Écosse, la chasse au cerf est depuis plus d’un siècle une activité économique majeure. Des chasseurs du monde entier paient souvent plus de 1 000 euros pour tuer un grand cerf accompagné d’un guide professionnel.

Mais à force de réduire les populations, cette économie s’effondre. Sur le domaine d’Alvi Estate, un grand propriétaire explique que les abattages massifs réalisés autour de chez lui ont fait chuter la densité de cerfs. Résultat : moins d’animaux, moins de clients, et des revenus divisés par cinquante en quelques années. La chasse, autrefois pilier de l’économie rurale, ne représente plus qu’une part marginale du chiffre d’affaires, remplacée par le tourisme, les mariages et la location de cottages.

Un documentaire qui bouscule toutes les certitudes

Ce que montre le reportage de France 2, c’est une réalité que peu de gens imaginent. En Écosse, la chasse pourrait être en danger. Elle est devenue un outil de gestion écologique, réclamé par l’État et par les associations environnementales elles-mêmes.

Le cerf, roi mythique des Highlands, est désormais considéré comme une menace pour la forêt. Un documentaire dérangeant tant les chasseurs sont attachés à cette île mythique et tant l’approche dans ces lieux est un souvenir marqué à vie.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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