Les femmes chassent-elles différemment des hommes ? La réponse d’Océane

Chasser la bécasse est une école de patience. Le faire avec une chasseresse bretonne de 27 ans, deux chiens d’arrêt et une caméra, c’est aussi l’occasion de remettre une idée au bon endroit : oui, les femmes chassent. Dans la vidéo d’Alexis blzh tournée en Bretagne, Océane raconte son parcours, sa passion pour la chasse à la bécasse, et ce qui freine encore la féminisation d’un milieu où les femmes ne représenteraient qu’environ 3 % des chasseurs actifs en France. Entre arrêts, discussions sur l’éthique et appels à “venir découvrir”, la séquence ressemble autant à une matinée de chasse qu’à un reportage sur la place des femmes dans le monde cynégétique.

Une matinée à la bécasse, version vraie vie

D’entrée, la vidéo pose le décor : une chasse de mouvement, en sous-bois, avec des coulées, des ronces, des chemins et cette impression tenace que la bécasse a toujours un coup d’avance. Alexis accompagne Océane “toute une matinée” avec ses deux chiens d’arrêt, Sibel et Vaa. Très vite, premier arrêt, première montée, et… premier renoncement au tir, parce qu’il y a le chemin, parce que c’est mal placé, parce qu’on ne tire pas à n’importe quel prix.

Océane, 27 ans, Bretagne, chiens d’arrêt et passion bécasse

Océane se présente simplement : elle vit en Bretagne, elle a 27 ans, et sa chasse “préférée”, c’est la bécasse, parce que c’est “avec ses chiens”, parce qu’elle est “dans l’action”, “dans les morceaux”, souvent seule, dans une bulle. Elle évoque aussi d’autres pratiques : un peu de perdrix en début de saison, et de la battue au grand gibier (chevreuil, sanglier, cervidés).

Le déclic, souvent familial… mais plus seulement

Quand Alexis lui demande comment elle a “atterri” dans la chasse, Océane répond sans détour : son père chassait, elle a grandi avec ça, elle a connu les retours de chasse, le partage, l’apprentissage. Elle souligne un point intéressant : il y a 15 à 20 ans, emmener sa fille à la chasse était moins courant. Les mentalités évoluent, dit-elle, et elle cite l’exemple d’un père qui chasse avec sa fille encore à l’école primaire.

Mais elle élargit tout de suite : l’entrée dans la chasse passe aussi par le conjoint, par la curiosité, par l’amour de la nature, par les réseaux sociaux. Et c’est là que la vidéo prend une dimension “reportage” : si les femmes sont minoritaires, c’est aussi parce que l’accès reste souvent conditionné à un “point d’attache” dans l’entourage. D’où l’idée qu’il faut multiplier les portes d’entrée.

“Une manière différente de chasser” : femme, homme, ou génération ?

Un des passages clés arrive quand Alexis pose la question frontale : est-ce que les femmes chassent “différemment” des hommes ? Océane répond avec prudence. Elle refuse de mettre tous les chasseurs dans la même case, mais elle dit avoir un regard éthique parfois plus critique sur certaines images vues en ligne, notamment quand la chasse est filmée de manière qui, selon elle, abîme l’image de la chasse et ne correspond pas à sa sensibilité.

Elle explique surtout ce qu’elle aime : “tirer un animal après une belle action de chasse”, pas “tirer pour tirer”. Alexis nuance immédiatement : pour lui, c’est peut-être davantage une question de génération que de sexe, car beaucoup de jeunes chasseurs partagent aujourd’hui cette recherche d’éthique, de respect et de sens.

Ce dialogue est probablement le plus intéressant de la vidéo, parce qu’il sort du slogan. Il ne s’agit pas de dire “les femmes sont comme ci” et “les hommes sont comme ça”, mais de montrer que la chasse change, que les codes évoluent, et que la présence de nouvelles chasseresses accompagne aussi cette évolution.

La battue, la première fois, et le besoin de “prouver”

Océane raconte ensuite un souvenir marquant : sa première battue, juste après son permis. Elle arrive avec sa carabine, elle est postée, et elle entend déjà les réactions : “une fille”. Elle insiste pourtant sur la bienveillance des chasseurs autour d’elle. Et elle raconte l’action : un brocard arrive, elle épaule, elle tire, l’animal tombe, les chiens arrivent.

Ce récit est raconté avec une lucidité intéressante : elle dit elle-même qu’elle n’a “rien prouvé”, qu’elle a eu une occasion et qu’elle l’a saisie. Mais elle pointe un mécanisme fréquent : quand on est minoritaire, on a parfois le sentiment d’être observée, attendue au tournant. Derrière l’anecdote, il y a une réalité sociale du monde de la chasse, et une piste d’amélioration évidente : accueillir, encadrer, normaliser.

Les associations de chasseresses : créer un accès sans “papa ou conjoint”

La vidéo évoque un levier concret : les collectifs. Océane parle d’une association de chasseresses en Bretagne, créée récemment, qui regroupe plusieurs dizaines d’adhérentes. L’idée n’est pas seulement de chasser ensemble, mais de créer des temps forts : marches, ball-trap, rencontres, échanges. Et surtout, permettre à des femmes qui n’ont pas encore le permis de venir découvrir, poser des questions, et se sentir légitimes.

C’est un passage important car il répond à la question du début : que faire pour que les femmes soient plus nombreuses à la chasse ? Réponse implicite : ouvrir des espaces d’entrée, multiplier les occasions de première sortie, rendre la découverte plus simple, plus sûre, plus conviviale.

“Venez découvrir” : l’invitation qui change tout

À la fin, Océane donne un conseil très direct à une femme qui hésite : contacter des chasseurs ou des chasseresses via les réseaux, oser demander, rejoindre des groupes, se rapprocher des fédérations départementales pour obtenir des informations, et venir découvrir sur le terrain. Elle insiste sur un point : beaucoup seront contents de transmettre. La matinée se termine sans prélèvement, mais avec l’essentiel : des chiens qui travaillent, des bécasses levées, des décisions de sécurité, une éthique explicitée, et un portrait qui remet du réel dans un débat souvent caricaturé. La chasse à la bécasse y apparaît comme une chasse d’action et de détails, et la place des femmes à la chasse comme une évidence qui avance, à condition d’être accompagnée.

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Rédacteur en chef, SoChasse

Une réponse à “Les femmes chassent-elles différemment des hommes ? La réponse d’Océane”

  1. Oceane Normand

    Merci pour ce bel article très bien écrit 👏

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