Thomas Gromada Mylle, la passion du chien courant chevillée au corps
Porté par une passion viscérale, marqué par la perte de ses chiens, investi dans ses responsabilités de président d’ACCA et confronté au regard parfois critique de la société, Thomas Gromada Mylle répond aux questions qui traversent aujourd’hui le monde de la chasse et du chien courant, sans détour ni faux-semblants.
BSL – Thomas, comment as-tu découvert la chasse et à quel moment as-tu su, dès ton plus jeune âge, qu’elle deviendrait bien plus qu’une simple passion ?
J’ai découvert la chasse grâce à mon père, qui était chasseur de petit gibier, du lièvre à la perdrix, en passant par le lapin et le faisan, avec Pieska, sa teckel, et Oscar, son épagneul breton. J’ai toujours grandi en attendant que mon père rentre de la chasse, en me demandant si celle-ci avait été bonne ou non, et en l’entendant raconter sa journée, pendant que ma mère râlait parce qu’il traînait parfois un peu trop. Ma maman n’aime pas spécialement la chasse, mais elle l’a toujours acceptée pour nous.
Depuis mes 7 ans, j’accompagne mon père. C’était notre moment à nous, avec mon frère aîné, aujourd’hui chasseur lui aussi.

BSL – Il existe de nombreuses façons de chasser. Pourquoi la chasse au sanglier s’est-elle imposée à toi comme une évidence au fil des années ?
Lorsque j’ai participé à ma première battue en accompagnant mon père, il avait prélevé un sanglier devant une dizaine de chiens courants. L’adrénaline, les récris et le travail des chens m’ont rendu complètement fou de ce mode de chasse. À 16 ans, quand j’ai eu mon permis, on m’a offert un griffon bleu de Gascogne, Volf. Puis mon frère, qui avait déjà monté sa meute « tout venant », m’a offert Idéfix, un chiot de sa première portée, croisé ariégeois griffon vendéen. À cette époque, un ami, président de mon ACCA, m’avait offert Nana, une Bruno du Jura. En voulant agrandir la meute, j’ai ensuite trouvé un chiot beagle harrier, ce qui a marqué le début de mon amour pour cette race. Un autre ami m’avait donné Norvège, une chienne à qui je dois énormément, que j’ai malheureusement perdue cette année lors d’une battue administrative. Le sanglier aura eu raison d’elle sans que je ne puisse rien faire. Une chienne que je n’oublierai jamais. Merci Willy, il se reconnaîtra.
BSL – Chez toi, les chiens occupent une place centrale. À quel moment as-tu compris que tu voulais chasser avant tout avec des chiens courants ?
Les chiens nous apportent ce que jamais aucun humain ne pourra nous apporter. Au moment où j’ai commencé à traquer avec Manu, l’ami qui m’a donné la Bruno du Jura, le travail du chien, les menées qui résonnent dans les vallons et la complicité que l’on peut avoir avec eux m’ont rendu totalement accro à ce mode de chasse.
Je reste impressionné par leurs capacités, la quête, l’aptitude à remonter des voies froides et l’endurance incroyable des chiens courants. Devant une grosse menée, je suis comme un enfant devant un dessin animé, jusqu’à en avoir des frissons.
BSL – Tu travailles aujourd’hui avec une meute structurée de beagle harrier. Qu’est-ce qui t’a attiré dans cette race et qu’est-ce qu’elle t’apporte sur le terrain ?
Le beagle harrier est un chien passe-partout. Il s’adapte très bien à plusieurs territoires et biotopes. Ce qui me plaît le plus dans cette race, c’est la vitesse, la ténacité et l’intelligence. Ce sont aussi des chiens très sociables avec l’homme. Bon, je l’avoue, ils sont un peu têtus, mais c’est un détail. Et puis surtout, je les trouve magnifiques. C’est important. Je serais incapable de prendre du plaisir avec des chiens qui ne me plaisent pas.

BSL – On entend souvent dire que les chiens sont de simples auxiliaires de chasse. Comment définirais-tu le lien qui unit un chasseur à sa meute ?
J’invite ceux qui pensent que les chiens sont de simples auxiliaires à venir voir dans quel état j’étais lorsque j’ai perdu mes deux chiens cette année. Plus sérieusement, mes chiens font partie de ma famille. Je pourrais passer des journées entières au chenil avec eux.
Chaque chien est différent, mais chacun apporte sa part de bonheur. On passe des années entières, avec peu ou pas de vacances, entre les soins, l’alimentation, la chasse et l’entraînement. On ne compte pas les heures parce qu’on les aime, mais si on faisait le calcul sur une année, certains n’en reviendraient pas.
BSL – La chasse est aussi faite de moments difficiles. Comment fait-on, en tant que traqueur, pour encaisser les épreuves et continuer à avancer ?
J’ai vécu cette année une saison catastrophique, en perdant mes deux chiens de tête, Tao le 28 septembre dans un accident de voiture, et Norvège le 26 octobre sur un ferme. Quand on rentre le soir après avoir enterré un chien, il faut réussir à faire son deuil et continuer à se battre pour les autres, même quand l’envie n’est plus là. J’ai la chance d’avoir une très bonne bande de potes qui ont été omniprésents. Certains sont venus chasser chez moi pour me forcer à y remettre les pieds, d’autres ont pris le temps de m’appeler ou de m’envoyer des messages. Pour ces deux accidents, les chasseurs de mon équipe, à quelques exceptions près, ont été d’une grande aide. C’est cet esprit de convivialité qui rend notre passion plus forte.
BSL – Tu es aujourd’hui président de ton ACCA. Comment s’est passée la prise de fonction, et est-ce une responsabilité lourde à porter à ton âge ?
Seul, je ne l’aurais pas fait. Je suis accompagné d’un bon bureau, avec des personnes d’expérience. Le plus dur reste d’essayer de satisfaire tout le monde. Mission impossible. Je fais de mon mieux et je sais que tout n’est pas parfait, mais l’homme parfait n’existe pas. Ce rôle me tenait à cœur, parce que mon père occupait cette place il y a une quinzaine d’années, et aussi parce que j’aime être le lien entre la chasse et l’agriculture, qui est mon métier. Ce n’est pas toujours évident, mais ma priorité est de conserver ce lien avec les agriculteurs, comme l’avaient fait les anciens présidents. Je ne sais pas combien de temps je resterai président, mais si c’était à refaire, je le referais sans hésiter.

BSL – La chasse repose sur le collectif, mais des tensions existent parfois. Comment vois-tu les relations entre traqueurs aujourd’hui ?
Sujet sensible. Ce qui fait le plus de mal à notre passion aujourd’hui, avant même les anti-chasse, c’est nous-mêmes, entre chasseurs.
Entre la jalousie et la méchanceté de certaines personnes, il est parfois difficile d’être crédibles face aux attaques extérieures. Il faut se rappeler que nous sommes tous là pour la même raison, la passion. Heureusement, ces comportements restent minoritaires. Il faut rester soudés entre personnes qui partagent les mêmes valeurs et le même amour de la chasse.
BSL – Face au regard des non-chasseurs, aux jeunes qui hésitent à se lancer et à l’impact des réseaux sociaux, quel message aimerais-tu faire passer pour défendre la chasse et le chien courant ?
La chasse est l’une des plus anciennes traditions françaises, et elle mérite de perdurer. Je suis favorable aux réseaux sociaux, mais il faut être extrêmement vigilant. Quand je vois certaines personnes afficher des chiens blessés chez le vétérinaire, cela me rend fou. Cela donne une très mauvaise image de la chasse, et ensuite on s’étonne qu’on nous accuse de ne pas aimer nos chiens.
Je ne cache pas ma passion, mais je montre aussi la récompense des chiens, en faisant attention à ne pas diffuser d’images choquantes pour des personnes extérieures au monde de la chasse. C’est quitte ou double, mais bien utilisés, les réseaux sociaux peuvent être bénéfiques pour que la chasse et le chien courant continuent d’exister.











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