Mercredi 4 février 2026, à la Maison Familiale Rurale de Pointel, dans l’Orne, des élèves en BTSA Gestion forestière ont organisé une table ronde réunissant propriétaires forestiers, sylviculteurs et chasseurs autour d’une question sensible : la pression du chevreuil sur la régénération des forêts privées. Une initiative intéressante, dans un contexte où les équilibres forêt–gibier restent un sujet récurrent dans de nombreux territoires.
Régénération forestière et pression du chevreuil
Au cœur des échanges : l’abroutissement des jeunes pousses et les frottis sur les troncs, principalement attribués au chevreuil. L’abroutissement est présenté comme l’impact le plus problématique pour la régénération naturelle. Certains intervenants ont évoqué une densité jugée élevée sur certains secteurs, avec des difficultés croissantes à obtenir une régénération sans protections coûteuses. Les jeunes chênes rabougris, parfois comparés à des « bonzaïs », sont cités comme indicateurs d’une pression localement forte. Mais tous les participants ont également souligné une réalité bien connue des gestionnaires : la situation est extrêmement hétérogène. Certaines parcelles ne connaissent pas de déséquilibre, quand d’autres nécessitent des ajustements. La gestion reste affaire d’observation fine et de diagnostic local.
Des dégâts forestiers difficiles à quantifier
Contrairement aux dégâts agricoles, indemnisés par les fédérations départementales de chasseurs, les impacts sylvicoles ne donnent lieu à aucune indemnisation spécifique. Leur évaluation est d’ailleurs complexe et suppose un suivi technique précis. Cette différence de traitement a été pointée du doigt par certains sylviculteurs. Un rappel utile, mais qui ne doit pas occulter une réalité essentielle : les chasseurs financent chaque année les indemnisations agricoles, qui ont atteint près de 90 millions d’euros l’an dernier, essentiellement en raison des dégâts de sangliers. Un engagement financier considérable, assumé par des chasseurs tous bénévoles, dans un contexte où leur nombre continue de diminuer.
Agrainage : remettre les pendules à l’heure
Le débat a également abordé la question du nourrissage du grand gibier. Là encore, quelques raccourcis méritent d’être corrigés. L’agrainage tel qu’il est autorisé aujourd’hui n’a rien d’un nourrissage intensif destiné à « faire du gibier ». Il s’agit, dans l’immense majorité des cas, d’un agrainage dissuasif, consistant à déposer de petites quantités de maïs en forêt afin de fixer temporairement les compagnies de sangliers et limiter leur déplacement vers les cultures. Présenter cette pratique comme un facteur majeur d’explosion des populations relève d’une vision simplificatrice qui ne tient pas compte des réalités réglementaires actuelles.
Sanglier et chevreuil : une question de priorités
Plusieurs intervenants ont estimé que le chevreuil serait moins prélevé que le sanglier en raison d’enjeux financiers. Une lecture partielle. Si les chasseurs prélèvent massivement le sanglier, c’est d’abord parce que la pression agricole l’exige. Les plans de gestion, les demandes préfectorales et la nécessité de contenir les dégâts orientent prioritairement l’effort de régulation vers cette espèce. La chasse ne choisit pas ses priorités au hasard : elle répond à une demande sociétale et agricole forte. Dans un contexte de baisse du nombre de chasseurs, il devient matériellement impossible d’être partout à la fois. Réguler intensément le sanglier, indemniser les cultures et maintenir des prélèvements équilibrés sur le chevreuil demande des moyens humains qui ne sont pas extensibles.
Protéger les jeunes plantations : des solutions sans miracle
Clôtures, protections individuelles, répulsifs, maintien des ronciers… Les solutions existent mais ont toutes un coût ou des contraintes techniques. L’assemblée a d’ailleurs reconnu qu’il n’existe pas de solution universelle. La gestion forestière, comme la gestion cynégétique, repose sur des ajustements permanents et sur une connaissance fine du terrain.
Restaurer le dialogue plutôt que désigner un responsable
La réunion a mis en lumière une évidence : la concertation entre propriétaires, sylviculteurs et chasseurs demeure fragile. Mais une forêt sans chevreuil n’est pas davantage souhaitable qu’une forêt en déséquilibre. Le chevreuil n’est ni un coupable idéal, ni un simple prétexte. Il est un indicateur d’un système complexe où se croisent production forestière, biodiversité, économie rurale et activité cynégétique. La véritable question n’est pas de savoir si la chasse est responsable, mais comment adapter localement les plans de gestion dans un contexte de moyens humains en diminution et de pressions agricoles croissantes. Transformer la tension en coopération concrète reste le défi. Et cela ne pourra se faire qu’avec les chasseurs, pas contre eux.











Laisser un commentaire