Une étude relayée par le journal du CNRS vient rappeler une réalité que les territoires connaissent déjà : la progression des populations de sangliers en Europe centrale s’accompagne de dégâts plus importants qu’estimé jusqu’ici, notamment en forêt.
Une étude européenne sur l’impact du sanglier
Les travaux ont été menés près de Hodonín, en République tchèque, sur 976 hectares de forêt. Les chercheurs y ont cartographié près de 3 900 zones de sol retourné par les sangliers. Dans certains secteurs, plusieurs centimètres de terre avaient été bouleversés. Les scientifiques pointent des modifications de la structure du sol, une accélération des cycles de nutriments, une facilitation du développement des espèces invasives et, localement, des risques accrus d’érosion. Les jeunes plants forestiers apparaissent particulièrement vulnérables, notamment en fin d’hiver et au printemps.
Une dynamique européenne, pas hexagonale
L’étude souligne surtout une tendance de fond : les populations de sangliers en Europe centrale sont en constante augmentation. Hivers plus doux, forte capacité reproductive, abondance de nourriture, fragmentation des milieux… Les facteurs avancés sont multiples et largement documentés. Un point mérite d’être souligné : cette explosion démographique est observée dans des pays où les pratiques cynégétiques diffèrent fortement de celles de la France. Autrement dit, le phénomène est continental. Il ne peut être réduit à une explication simpliste fondée sur le seul agrainage pratiqué par les chasseurs français. D’ailleurs, en France, l’agrainage est aujourd’hui strictement encadré et majoritairement dissuasif : de petites quantités de maïs sont déposées en forêt pour fixer temporairement les compagnies et limiter les dégâts agricoles, non pour « produire » du sanglier.
En France, des chiffres bien supérieurs à 35 millions
L’étude évoque 35 millions d’euros de dégâts agricoles par an. Ce chiffre est très en deçà de la réalité française. L’an dernier, les indemnisations versées aux agriculteurs par les fédérations départementales de chasseurs ont avoisiné les 80 à 90 millions d’euros, essentiellement en raison des dégâts causés par les sangliers. À cela s’ajoutent des dizaines de milliers de collisions routières chaque année, ainsi que des dommages en milieu périurbain. Il est important de rappeler que ces indemnisations sont financées par les chasseurs eux-mêmes, tous bénévoles.
Forêt, agriculture, périurbain : un animal opportuniste
Le sanglier est un omnivore extrêmement adaptable. Les infrastructures humaines, les cultures énergétiques, la mosaïque agricole et forestière lui offrent des ressources abondantes. Comme le rappelle l’écologue Raphaël Mathevet, l’aménagement du territoire a contribué à créer des conditions favorables à son expansion. Cette réalité est largement partagée par les spécialistes européens. Mais constater l’origine multifactorielle du phénomène ne dispense pas d’agir.
La réduction des populations : une nécessité assumée
Les chercheurs évoquent des pistes comme la réduction de l’offre alimentaire artificielle ou la mise en place de clôtures temporaires pour protéger les jeunes plants. Ces mesures peuvent avoir leur place localement. Elles ne constituent cependant pas une réponse globale à une dynamique démographique de grande ampleur. Partout en Europe, une conclusion s’impose : seule une régulation soutenue des populations permet de contenir durablement les dégâts.
En France, cette régulation repose quasi exclusivement sur la chasse. Or, le nombre de chasseurs diminue depuis plusieurs années, alors même que les prélèvements de sangliers atteignent des niveaux historiquement élevés. On demande toujours plus de résultats aux chasseurs, tout en étant toujours moins nombreux sur le terrain. La question devient donc simple : si l’on souhaite réellement réduire les populations de sangliers et limiter les dégâts agricoles et forestiers, encore faut-il disposer des effectifs humains nécessaires pour le faire.











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