La nomination d’Anne Le Strat à un poste de direction à l’Office français de la biodiversité n’aura pas mis longtemps à déclencher une tempête médiatique. Sur les réseaux sociaux, dans les fédérations, sur le terrain, le procès a été immédiat : symbole d’un OFB qui basculerait du côté des militants anti-chasse. Face à cette lecture, Olivier Thibault assume une ligne claire. Il ne conteste pas le ressenti des chasseurs. Il conteste la réalité qui lui est associée.
« Au vu de la campagne médiatique, je peux comprends que son image heurte »
Le directeur général de l’OFB ne cherche pas à minimiser la réaction du terrain. Il reconnaît même qu’elle le touche personnellement. Parce que cette perception médiatique, dit-il en substance, ne correspond ni à la personne ni à son rôle réel dans l’organigramme. Selon lui, une image a été construite en quelques jours : celle d’une militante appelée à piloter la police de la chasse et les agents de terrain. Or cette lecture est, administrativement, fausse. « Dans l’organisation de l’OFB, Anne Le Strat n’est ni la numéro deux opérationnelle, ni la responsable des 2 000 agents déployés sur le territoire. Elle ne dirige pas la police de l’environnement. Elle ne donne pas d’instructions aux inspecteurs qui contrôlent les chasseurs. Le pilotage des services déconcentrés relève d’une autre direction. » Cette confusion sur le périmètre de ses missions a largement nourri la polémique. Car elle a donné le sentiment que le terrain allait être placé sous l’autorité directe d’une personne présentée comme hostile à la chasse.
Autre point central des critiques : ses engagements supposés. Sur ce sujet, Olivier Thibault est catégorique.
Aucun élément concret ne permet d’affirmer qu’elle ait appartenu aux mouvements radicaux auxquels son nom a été associé. La présence à une conférence, la participation à un débat public ou une photographie ne veut évidemment par dire adhésion à une organisation. En interne, dit-il, tout a été vérifié. Et rien ne correspond à ce qui circule. Au-delà du cas individuel, le directeur général rappelle un principe qu’il présente comme non négociable : la neutralité des cadres de l’établissement. « L’OFB travaille quotidiennement avec des chasseurs, des agriculteurs, des pêcheurs, des élus, des associations. Aucun responsable ne peut exercer ses missions s’il adopte une position partisane. Ce n’est pas une posture de communication, c’est une obligation statutaire. Et elle vaut pour tout le monde. »
Le choix de profils différents
Dans cette affaire, Olivier Thibault assume aussi une vision du management public : une direction composée uniquement de profils issus du même milieu ne permet pas de piloter un établissement comme l’OFB.
L’objectif n’est pas d’avoir des « clones autour du chef », mais des compétences complémentaires. Ce positionnement est aussi une réponse aux critiques récurrentes sur un OFB qui serait coupé de la chasse : la direction affirme vouloir continuer à travailler avec le monde cynégétique et maintenir le dialogue. Au fond, pour le directeur général, cette séquence dit autre chose. Elle montre le niveau de rupture entre une partie du monde rural et l’établissement. Chaque nomination devient un signal politique. Chaque décision administrative est interprétée comme un marqueur idéologique. Dans ce climat, l’image prend le pas sur le fonctionnement réel.
Le test du terrain
Reste une réalité que personne ne pourra contourner : ce sont les actes qui feront foi. La manière dont l’OFB travaillera avec les fédérations et les chasseurs dans les mois qui viennent pèsera beaucoup plus que les procès d’intention. Parce que dans un établissement où les missions sont encadrées, où les décisions sont collégiales et où la police de la chasse continue d’être exercée par les mêmes agents, une nomination ne change pas à elle seule la ligne opérationnelle. C’est sur le terrain que la confiance pourra ou non être reconstruite.











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