À Deauville, Willy Schraen ne s’est pas contenté de parler de chasse au sens strict. Son discours a largement débordé le cadre cynégétique pour s’attaquer à l’Union européenne, à son fonctionnement et à sa vision du monde rural. Réglementation du plomb, quotas, accords commerciaux, agriculture, pêche, viticulture : le président de la Fédération nationale des chasseurs a dénoncé ce qu’il considère comme une technocratie normative, éloignée des réalités de terrain et menaçante pour les traditions comme pour les activités rurales.
Une Europe accusée de vouloir tout cadrer
Dans son intervention, Willy Schraen a décrit une Europe qui chercherait sans cesse à encadrer les vies quotidiennes, produire des normes, interdire et réglementer. Pour lui, cette obsession normative n’est pas seulement irritante. Elle finit par devenir une lutte permanente pour tous ceux qui vivent dans les territoires, au rythme de leurs métiers, de leurs pratiques et de leurs passions. Son discours repose sur une idée simple : uniformiser les modes de vie européens revient progressivement à effacer les racines, les habitudes locales et les spécificités culturelles. En filigrane, il oppose deux mondes. D’un côté, une Europe institutionnelle, technocratique, peuplée de fonctionnaires jugés éloignés des réalités. De l’autre, des populations rurales attachées à leurs terroirs, à leurs traditions et à une liberté concrète de vivre.
La chasse, la pêche et le vin comme symboles d’un même combat
Pour illustrer sa critique, Willy Schraen a choisi plusieurs exemples qui dépassent largement la seule activité cynégétique. Il a évoqué les pêcheurs côtiers, désormais contraints à des limitations sur le maquereau, pendant que, selon lui, des bateaux-usines venus du bout du monde continuent de racler les mers pour alimenter des circuits industriels. À travers cette comparaison, il dénonce une politique qui impose des restrictions aux acteurs locaux tout en laissant prospérer des modèles bien plus destructeurs à grande échelle. Le vin a aussi occupé une place importante dans son raisonnement. Il a fustigé le programme d’arrachage de vignes en France, présenté comme une mesure de gestion de l’offre. À ses yeux, cette politique menace des exploitations, détruit un savoir-faire transmis depuis des générations et fragilise un patrimoine agricole et culturel exceptionnel. Le fait qu’on puisse dans le même temps subventionner la plantation de nouvelles vignes dans des régions où cette tradition n’existait pas lui paraît absurde. Son exemple du Pas-de-Calais, où la vigne gagnerait du terrain sur le houblon, visait à railler une logique planificatrice coupée du réel. À travers ces références à la pêche et au vin, le président de la FNC construit un raisonnement global : ce qui touche la chasse touche aussi d’autres piliers du monde rural. Partout, il voit la même dynamique d’uniformisation et de déracinement.
Le dossier du plomb, autre front emblématique
Parmi les sujets les plus sensibles pour les chasseurs, Willy Schraen a longuement évoqué le plomb de chasse et de pêche. Il estime que l’Europe s’acharne contre cette matière malgré l’existence, selon lui, d’une étude norvégienne concluant que le plomb reste le meilleur compromis disponible. Dans son discours, il présente cette bataille comme un nouvel exemple de déconnexion réglementaire. Le président de la FNC a rappelé que la fédération se bat sur ce dossier avec la FACE. Il a salué à cette occasion le travail de son président. Son argument principal repose sur un contexte international tendu : avec les besoins industriels liés aux conflits armés, il juge impossible de se passer à court terme des cartouches au plomb. Pour lui, la volonté d’interdire plus vite que possible cette munition est irréaliste et ignore les contraintes matérielles du moment. Il a toutefois noté que l’Europe avait récemment reculé sur les balles, sans vouloir encore bouger sur la grenaille. Là encore, le message est celui d’un combat politique à poursuivre, avec l’idée que les positions européennes peuvent finir par évoluer sous la pression des réalités.
Mercosur et souveraineté rurale
Le dossier du Mercosur a aussi été brandi comme symbole d’une Europe qui, selon Willy Schraen, passe par-dessus la volonté des peuples et de leurs représentants. Il s’est insurgé contre le fait que l’accord puisse avancer malgré un vote défavorable du Parlement européen. Pour lui, cette situation révèle un dysfonctionnement démocratique profond. Au-delà de la procédure, il met en avant la menace économique pour l’agriculture et l’élevage français. L’importation de viande produite dans des conditions environnementales et sanitaires jugées inférieures aux standards européens lui apparaît comme un danger direct pour le monde rural. À ses yeux, l’Union européenne n’assure plus la protection de ses producteurs. Elle organise au contraire une mise en concurrence destructrice au nom du libre-échange. Cette critique rejoint celle qu’il formule contre la réglementation interne. D’un côté, l’Europe impose des normes lourdes aux acteurs français. De l’autre, elle ouvre la porte à des productions extérieures qui ne respectent pas forcément les mêmes exigences. Pour Willy Schraen, cette contradiction est le signe d’un système devenu incohérent.
Une défense assumée des traditions locales
Le fil rouge de cette séquence tient dans la défense des traditions. Willy Schraen considère que la chasse, comme le vin, la pêche ou certaines cultures agricoles, appartient à un tissu de pratiques qui structurent encore la vie des territoires. À ses yeux, il ne s’agit pas d’habitudes folkloriques appelées à disparaître, mais de formes de civilisation concrètes. En affirmant que la tradition des Hauts-de-France n’est pas de faire du vin mais de produire de la bière et du genièvre, il défend une vision du terroir qui ne se décrète pas depuis un bureau. La même logique vaut pour la nature : selon lui, elle doit continuer à être chassée, parce que la chasse fait partie de l’organisation historique des territoires et de leur rapport au vivant.
Un appel à recentrer l’Europe sur l’économie et la sécurité
Dans la dernière partie de ce développement, Willy Schraen a plaidé pour une Europe recentrée sur ses fondamentaux : la sécurité et l’économie. Le reste, selon lui, devrait relever de la souveraineté des États. Il estime que les textes européens ne devraient plus entrer quasi automatiquement dans le droit français, mais être soumis à un véritable examen par les institutions nationales. Cette position traduit une défiance forte vis-à-vis de l’intégration normative européenne. Elle confirme aussi le positionnement de la FNC sur un terrain désormais très politique, où la chasse sert de point d’entrée à une critique plus large des institutions supranationales. À Deauville, Willy Schraen a ainsi replacé la chasse dans un combat culturel et territorial plus vaste. Le message qu’il adresse à son public ne se limite pas à défendre une pratique. Il consiste à défendre une manière de vivre, de produire, de transmettre et de décider, face à une Europe qu’il juge de plus en plus éloignée du terrain.












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