Accidents de chasse en baisse, image en crise : Willy Schraen dénonce un traitement médiatique biaisé
Dans son discours de Deauville, Willy Schraen a consacré un long passage à un sujet qui dépasse les seules questions réglementaires : l’image de la chasse dans l’espace public. Agressions contre des chasseurs, traitement médiatique de certains faits divers, affaire Pilarsky, accidentologie de la saison 2025-2026 : le président de la Fédération nationale des chasseurs a voulu dénoncer ce qu’il considère comme une déformation constante du réel au détriment du monde cynégétique.
Une violence jugée croissante contre les chasseurs
Willy Schraen a commencé par exprimer son inquiétude face au niveau de violence qui toucherait désormais le monde de la chasse. Il a rappelé qu’au-delà des agressions verbales ou physiques déjà nombreuses, une nouvelle étape a été franchie avec une tentative de meurtre à l’arme blanche sur un chasseur. Il a également déploré la faiblesse de la réponse pénale dans cette affaire, y voyant un signal préoccupant pour l’avenir. Ce passage du discours a une fonction claire : faire comprendre que la chasse n’est pas seulement contestée sur le plan des idées, mais qu’elle est aussi visée dans l’espace social par des passages à l’acte de plus en plus graves. Willy Schraen veut ainsi replacer les chasseurs dans une position de citoyens agressés, et non uniquement d’acteurs contestés.
Le cas du sanglier blessé et des chaînes d’information
Le président de la FNC s’est ensuite attardé sur un épisode très médiatisé : celui d’un chasseur ayant abattu un sanglier blessé en bord de route. Il s’est interrogé sur la manière dont une vidéo sortie de son contexte a pu jeter l’opprobre sur l’ensemble du monde de la chasse, alors que, selon lui, les deux chasseurs présents ont probablement évité le pire dans une situation d’extrême urgence. Son accusation contre les chaînes d’information est directe. Il leur reproche une présentation biaisée, sensationnaliste et décontextualisée des faits. À ses yeux, ce type de traitement relève d’un journalisme de caniveau, davantage préoccupé par le buzz et l’émotion instantanée que par la compréhension des situations. En dénonçant cette mécanique, Willy Schraen cherche à montrer que l’image de la chasse se construit souvent contre elle, à partir d’extraits, de raccourcis et d’emballements.
L’affaire Pilarsky comme traumatisme durable
Autre référence majeure du discours, l’affaire Pilarsky, récemment jugée. Pour Willy Schraen, ce dossier reste l’exemple le plus spectaculaire de l’emballement anti-chasse. Il rappelle qu’en 2019, après la mort dramatique d’une jeune femme, un déchaînement de violence médiatique s’était abattu sur la chasse à courre et les chiens de meute, avant même que toute la lumière ne soit faite sur les faits. Le président de la FNC a salué ceux qui ont, selon lui, tenu bon dans cette tempête, notamment le maître d’équipage du Rallye La Passion et la société de vénerie. Ce rappel sert à illustrer sa thèse principale : les médias et une partie des militants anti-chasse exploiteraient certains faits divers pour attaquer des pratiques entières, sans prudence ni rigueur.
Une dénonciation de la post-vérité
Dans ce passage, Willy Schraen a élargi sa critique à une remise en cause plus globale de l’information contemporaine. Il estime que la chasse subit de plein fouet une époque où la vérité peut être déformée selon la manière dont on la raconte. Il parle explicitement de post-vérité, c’est-à-dire d’un univers médiatique où le ressenti, l’émotion et l’idéologie l’emportent sur les faits. Dans sa lecture, cette dérive ne touche pas uniquement la chasse. Mais elle s’y manifeste avec une intensité particulière, car la pratique concentre des oppositions culturelles, sociales et politiques. Le chasseur devient alors un personnage commode pour incarner une France décriée par une partie du débat public : rurale, traditionnelle, virile, liée aux armes et attachée à ses usages.
Des chiffres d’accidentologie mis en avant
Face à cette image dégradée, Willy Schraen a choisi d’opposer des chiffres. Il a expliqué que la saison 2025-2026 pourrait devenir, sous réserve de prudence, la saison affichant le nombre de décès le plus bas jamais enregistré à la chasse. Il a évoqué quatre décès de chasseurs à ce stade, dont trois auto-accidents. Il a aussitôt rappelé que quatre morts restent toujours quatre morts de trop, en adressant une pensée aux familles et aux proches. Mais le point politique est ailleurs. Pour lui, ces données montrent que les chasseurs ont fourni des efforts drastiques en matière de sécurité, sans qu’il soit nécessaire d’ajouter de nouvelles lois. Il veut ainsi prouver que l’amélioration passe d’abord par la responsabilisation, la formation et l’engagement du réseau fédéral.
La formation décennale, marqueur d’une chasse qui se réforme
Dans le même esprit, Willy Schraen a mis en avant la formation décennale de remise à niveau sur la sécurité. Il a rappelé que près de 54 % des chasseurs actifs l’ont suivie. Cette formation, proposée à l’État par la FNC et gérée par le réseau fédéral, est pour lui la preuve concrète que la chasse sait prendre les devants. Ce point est fondamental dans sa démonstration. Il permet au président de la FNC de contester l’idée selon laquelle la chasse ne bougerait qu’à contrecœur ou sous la contrainte. Il veut au contraire montrer qu’elle sait s’autoréformer, se structurer et progresser de l’intérieur, à condition qu’on reconnaisse ses efforts au lieu de la réduire en permanence à ses drames.
Huit non-chasseurs blessés : un chiffre historiquement bas
Willy Schraen a également avancé un autre chiffre qu’il juge significatif : huit accidents non mortels impliquant des non-chasseurs cette saison. Là encore, il a présenté ce niveau comme le plus bas jamais atteint. Il a adressé son soutien aux personnes blessées, tout en y voyant une preuve supplémentaire de l’efficacité des efforts engagés. En mettant en avant ce chiffre, il cherche à répondre à l’un des principaux points de friction entre chasseurs et usagers de la nature. Les tensions sur le partage des espaces existent, mais la baisse de l’accidentologie est utilisée comme argument pour défendre l’idée d’une cohabitation mieux encadrée et plus sûre qu’auparavant.
Une bataille d’image devenue centrale
Ce long développement montre que, pour Willy Schraen, la question médiatique n’est plus secondaire. Elle est devenue l’un des fronts principaux du combat cynégétique. Les accidents, les agressions et les faits divers ne sont pas seulement des événements. Ils sont aussi, dans son esprit, des récits qui se construisent trop souvent contre les chasseurs. En opposant chiffres, contexte et mémoire des affaires passées aux emballements médiatiques, le président de la FNC tente de réarmer symboliquement le monde de la chasse. Il veut faire comprendre que la bataille pour l’avenir de la chasse ne se joue pas seulement dans les tribunaux, les parlements ou les administrations. Elle se joue aussi dans la manière dont les faits sont racontés, amplifiés ou déformés.












Laisser un commentaire