Alors que la chasse est souvent présentée comme une pratique en recul, une étude IFOP menée en 2025 auprès de 3 000 Français et de plus de 9 000 anciens chasseurs apporte un éclairage inattendu. Loin d’un désintérêt généralisé, elle met en évidence un vivier de nouveaux pratiquants encore largement inexploité : 7 % des Français se déclarent prêts à devenir chasseurs. Un chiffre qui interroge et qui pourrait bien redéfinir les perspectives de développement de la chasse en France.
Un potentiel bien réel, loin des idées reçues
C’est l’un des enseignements les plus marquants de l’étude : malgré les critiques et les évolutions sociétales, la chasse continue de susciter de l’intérêt. En population générale, 7 % des Français apparaissent comme de véritables prospects, c’est-à-dire des personnes ouvertes à l’idée de pratiquer. À ce noyau s’ajoutent 10 % de profils dits “curieux”, qui s’intéressent à la chasse sans pour autant envisager immédiatement de passer à l’acte. Au total, près d’un Français sur cinq se situe donc dans une zone de potentiel, ce qui contraste fortement avec l’image d’un rejet massif souvent véhiculée. Cette donnée change profondément la lecture de la situation : la question n’est plus seulement celle du déclin, mais bien celle de la capacité du monde de la chasse à capter et accompagner cet intérêt latent.
Des profils déjà connectés à la nature et à la chasse
Loin d’être des profils totalement extérieurs, ces futurs chasseurs présentent des caractéristiques proches de celles des pratiquants actuels. L’étude montre qu’ils sont majoritairement des hommes, souvent engagés dans des activités de plein air et entretenant un lien régulier avec la nature. Plus encore, ils évoluent fréquemment dans un environnement où la chasse est déjà présente, avec des proches ou des connaissances pratiquantes. Ce point est déterminant, car l’entrée dans la chasse se fait très rarement de manière spontanée. Elle repose presque toujours sur une relation personnelle, une invitation, un accompagnement. Sans ce lien, la chasse reste perçue comme un univers fermé, difficile à intégrer. Ce constat souligne l’importance du facteur social dans le recrutement de nouveaux pratiquants.
Des motivations variées mais structurées
L’étude IFOP permet également de mieux comprendre ce qui attire ces profils vers la chasse. Plusieurs grandes motivations se dégagent. La première, et la plus répandue, est liée à la pratique d’un sport de nature. Pour de nombreux prospects, la chasse s’inscrit dans une logique de loisirs outdoor, au même titre que la randonnée ou le trail, avec une dimension immersive et physique. D’autres sont sensibles à l’aspect alimentaire, voyant dans la chasse une manière de consommer une viande locale, sauvage et perçue comme plus durable. La dimension sociale joue également un rôle important, certains y cherchant un moyen de partager des moments, de s’intégrer dans un territoire ou de perpétuer une tradition. Enfin, des motivations plus spécifiques apparaissent, comme la relation avec le chien ou l’intérêt pour le maniement des armes. Cette diversité montre que la chasse ne se résume pas à une seule promesse, mais à un ensemble d’expériences capables de toucher des publics variés.
Des freins encore trop puissants pour passer à l’action
Si le potentiel est bien présent, il reste largement freiné par plusieurs obstacles identifiés dans l’étude. Le premier est le sentiment que la chasse est un milieu fermé. Beaucoup de prospects ne savent pas comment entrer dans cet univers, à qui s’adresser ni comment être acceptés. Cette absence de lisibilité constitue une barrière majeure. À cela s’ajoute une méconnaissance du parcours d’accès. Certains ignorent les étapes nécessaires pour devenir chasseur, voire l’existence même du permis, renforçant l’idée d’une pratique réservée à ceux qui y sont nés. Enfin, le regard social représente un frein non négligeable, notamment chez les jeunes générations. La crainte d’être jugé, de devoir se justifier ou de ne pas maîtriser les arguments pour défendre la pratique peut freiner le passage à l’acte. Ces freins ne traduisent pas un rejet de la chasse, mais plutôt un manque d’accompagnement et de visibilité.
Un enjeu stratégique pour l’avenir de la chasse
Au regard de ces éléments, l’étude IFOP met en lumière un enjeu central pour les années à venir : la capacité du monde de la chasse à transformer ce potentiel en nouveaux pratiquants. Car les attentes existent et correspondent aux évolutions actuelles des loisirs, marquées par la recherche de nature, de sens et de lien social. La chasse dispose donc d’atouts solides, mais doit encore lever les obstacles qui freinent son accessibilité. Rendre la pratique plus lisible, plus ouverte et plus accueillante apparaît comme une condition essentielle pour capter ces profils. Plus qu’un problème d’attractivité, la chasse fait face à un défi de conversion. Et c’est sans doute là que se joue une partie de son avenir.












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