« Là-haut, tu n’es rien » : Simon et la vérité de la chasse en montagne

Figure suivie sur les réseaux sociaux par de nombreux passionnés de chasse et de montagne, Simon, créateur de La page, la Tanière du Trappeur revient pour nous sur son parcours. Ni fils ni petit-fils de chasseur, il a découvert cet univers par transmission, rencontres et beaucoup de temps sur le terrain. De ses premières sorties en Provence à sa passion pour le chamois, il défend une vision exigeante de la chasse de montagne, faite d’effort, d’humilité, de gestion et de respect. Entretien.

« Je ne viens pas d’une famille de chasseurs »

So Chasse : Comment es-tu arrivé dans le monde de la chasse ?

Simon : La chasse, au départ, c’était quelque chose d’assez inconnu pour moi car ni mes parents ni mes grands-parents ne chassaient. Dans ma famille proche, il n’y avait donc pas cette culture-là. En revanche, j’ai eu un oncle par alliance, le compagnon de la sœur de ma mère, qui m’a ouvert cette porte. C’est avec lui que tout a commencé, et pas du tout dans mes montagnes, d’ailleurs. Lui venait du Vaucluse, en Provence, et c’est là que j’ai découvert mes premières sorties. Très tôt, j’ai accroché. Petit, je lui demandais sans arrêt de m’emmener. Au début, c’était les petits tours au petit gibier autour de la maison. On voyait peu de choses, mais ça suffisait à faire une belle journée quand on débute. Et puis il y avait cette promesse : quand tu seras plus grand, tu iras au grand gibier. Forcément, ça faisait rêver. Vers 12 ans, j’ai eu la chance de participer à ma première battue au sanglier. Ensuite, mon parrain s’est lui aussi mis à la chasse. Il est rapidement devenu très passionné, très impliqué, et on a en quelque sorte débuté ensemble. On a eu le permis la même année, même s’il était plus âgé que moi et qu’il s’est formé plus vite. Il s’est beaucoup renseigné, il a pris les choses à bras-le-corps, et j’ai avancé avec lui.

« Sans les coins à papa, tu pars vraiment de zéro »

So Chasse : A quel âge as-tu passé ton permis?

Simon : J’ai commencé à sortir à la chasse vers 15 ans, puis j’ai eu mon permis à 16 ans, comme tout le monde. Ensuite, cela a été beaucoup de terrain. Du terrain, encore du terrain, pour essayer de comprendre. Quand tu n’as pas les “coins à papa”, quand personne ne t’amène directement sur des territoires ou ne te transmet ses habitudes, tu pars vraiment de zéro. Et ça, au début, ce n’est pas simple.

So Chasse : Comment as-tu réussi à te faire ta place ?

Simon : Comme beaucoup, j’ai commencé par farfouiller. J’ai passé des heures entières en montagne à essayer de comprendre comment ça fonctionnait. Je faisais des approches fictives, j’analysais ce qui marchait ou non. J’ai aussi beaucoup lu, regardé des vidéos, appris comme ça, petit à petit. Et puis, j’ai eu la chance de faire de bonnes rencontres. Je pense notamment à David, qui m’a énormément apporté. C’est quelqu’un d’une quarantaine d’années, mais avec une énorme expérience de chasse derrière lui. Il m’a pris un peu sous son aile. Il m’a conseillé sur le matériel, il m’a expliqué ce qui fonctionnait sur le terrain et ce qui ne fonctionnait pas, il m’a appris le rechargement, il m’a emmené chasser, il m’a fait tirer ses animaux. Il a vraiment compté dans mon parcours. Au fond, il y a eu plusieurs piliers : mon oncle, mon parrain, et puis David. C’est une rencontre qui s’est faite naturellement, et il a décidé de me filer un coup de main. Quand tu débutes, ce genre de personne change énormément de choses.

« En montagne, entrer sur un territoire reste très compliqué »

So Chasse : Justement, comment as-tu trouvé des territoires où chasser ?

Simon : Chez nous, en montagne, c’est assez fermé. Les accès passent souvent par le relationnel. Beaucoup de choses se sont faites grâce à des copains. Quelqu’un t’invite une fois, puis te dit de venir demander une carte, et tu vois si ça passe. Ensuite, de fil en aiguille, tu chasses ici ou là, tu rencontres d’autres gens, et ça se construit comme ça. Moi, par exemple, je ne chasse pas là où j’habite. Je n’ai pas de carte dans ma commune. Je chasse surtout dans le Dévoluy et dans le bas du département des Hautes-Alpes.

So Chasse : Est-ce plus difficile d’entrer dans une chasse en secteur montagneux ?

Simon : Oui, clairement. C’est très compliqué. Il y a encore des mentalités assez fermées, et il faut du temps pour se faire connaître. Quand, comme moi, tu n’as personne devant toi pour te faire entrer, c’est forcément plus dur. Et puis la montagne est prisée. Avec le tourisme, beaucoup de gens ont désormais un pied-à-terre en station et veulent aussi accéder à la chasse. Il a donc fallu mettre des règles. Sinon, ce serait ingérable. Je peux comprendre aussi les locaux : le gars qui a toujours vécu dans sa vallée a envie de chasser chez lui. C’est normal. Donc il protège son territoire. Il faut ajouter à cela la pression du loup, qui a aussi changé beaucoup de choses. Les plans de chasse ne sont plus ceux d’avant. Tout cela contribue à rendre l’accès plus difficile.

« Le mouflon a pris une grosse secouée »

So Chasse : Depuis que tu chasses, as-tu vu évoluer les populations d’animaux de montagne ?

Simon : Oui, clairement. Sur le mouflon, notamment, il y a eu une vraie baisse sur certains secteurs très connus. Ceux qui connaissent bien les Hautes-Alpes voient très bien de quoi je parle. Ça a pris une grosse secouée.

So Chasse : Depuis quand, selon toi ?

Simon : Je dirais depuis une bonne dizaine d’années, avec le recul que j’ai. Après, je parle de ce que j’ai vu moi-même sur le terrain. Mais oui, sur cette période-là, il y a eu une vraie évolution. En revanche, j’ai le sentiment qu’aujourd’hui certaines populations commencent à s’adapter et à remonter doucement. On a vu réapparaître des mouflons dans des endroits où on n’en voyait plus depuis longtemps. Donc j’ai le sentiment que ça bouge à nouveau.

« Le loup, c’est un sujet tabou »

So Chasse : Dans ton secteur, quel impact attribues-tu au loup ?

Simon : Pour moi, les mouflons et les cervidés ont pris. C’est ce que je ressens. Maintenant, je préfère rester prudent. Le loup, c’est un sujet tabou, un sujet sans fin. On peut en parler pendant des heures, chacun a son avis, mais la réalité, c’est que la question tourne en rond depuis des années. Moi, je n’ai pas envie de me lancer dans des affirmations que je ne peux pas étayer. Ce que je peux dire, c’est que sur le terrain, on voit bien qu’il y a eu des changements. Après, on fait avec. On n’a pas la main sur tout.

« Ce qui me plaît le plus, c’est la montagne elle-même »

So Chasse : Qu’est-ce qui te plaît le plus dans la chasse de montagne ?

Simon : Franchement, c’est la montagne. C’est le fait d’être dehors, dans le silence, loin de tout. C’est se retrouver face à des paysages magnifiques, face à des animaux magnifiques, et revenir à quelque chose de très instinctif, très primaire : être seul face à la nature. Il y a aussi cette conscience permanente que la montagne n’est pas un terrain de jeu. C’est un environnement magnifique, mais dangereux. Il faut penser à sa sécurité, rester humble, rester lucide. C’est aussi ce qui donne à cette chasse quelque chose de grandiose.

J’ai chassé en plaine, j’ai chassé en Provence, dans le Vaucluse. C’est bien, mais c’est différent. La montagne, ça reste la montagne. Là-haut, tu sens que tu peux être chasseur, mais que tu restes aussi vulnérable que le gibier. L’environnement te le rappelle en permanence. Et puis c’est une chasse qui demande de réfléchir. Il ne suffit pas de tirer. Il faut aussi penser à l’après. Tu dois être capable de récupérer ton animal. C’est une obligation, et ce n’est pas toujours simple. Il y a des endroits où tu pourrais approcher des chamois à 100 mètres, mais où tu sais pertinemment que tu ne les récupéreras jamais. Donc tu t’abstiens. C’est une chasse qui doit être pensée à la fois pour des raisons de sécurité et pour des raisons éthiques. En montagne, tu ne seras jamais aussi à l’aise qu’un chamois ou qu’un mouflon. Eux sont chez eux. Toi, tu restes un étranger. C’est aussi ce qui rend cette chasse aussi forte.

« Aller en montagne sans condition physique, c’est un manque de respect »

So Chasse : La chasse de montagne exige donc beaucoup physiquement ?

Simon : Oui. C’est une chasse exigeante, sportive, qui n’est pas ouverte à tout le monde. C’est aussi pour cela que je cours, que je fais du CrossFit, que j’essaie de me préparer sérieusement. En montagne, tu as très peu le droit à l’erreur. À mes yeux, y aller sans condition physique adaptée, ni connaissances suffisantes, c’est presque un manque de respect envers la montagne. Se dire “ça va passer”, ça peut fonctionner vingt fois. Mais la 2 ème, tu peux y rester. Il faut prendre ça au sérieux.

« Mon premier chamois reste mon plus grand souvenir »

So Chasse : Quels sont tes souvenirs les plus marquants en montagne ?

Simon : Le premier qui me vient, c’est mon premier chamois. J’étais avec mon parrain. On part sur une montagne qu’on connaissait bien, mais la journée ne se passait pas comme prévu. On pensait trouver des chamois sur un premier secteur, puis il a fallu s’enfoncer davantage. Le temps passait, l’approche durait plus longtemps que prévu. À l’époque, j’étais jeune, j’avais peut-être 17 ans. Et à un moment, en fin de journée, une chèvre sort avec un jeune bouc derrière. Mon parrain me dit : “C’est maintenant. Il faut prendre ta chance.” Là, le cœur s’emballe, évidemment. Je me cale, je tire, et la balle est bonne. Il roule sur place. Après, il y a la partie moins drôle, mais indissociable de cette chasse : il faut le redescendre. Et là, mon parrain m’a dit en rigolant : “Maintenant, tu le portes.” À 17 ans, je n’étais pas bien épais. J’ai tenu un moment, puis il a fini par m’aider en reprenant le sac à mi-parcours. C’est un souvenir très fort, autant pour le tir que pour ce qu’il représente.

So Chasse : Tu as un autre souvenir très fort ?

Simon : Oui, toujours au chamois. Cette fois, on était partis avec une bague d’éterlou. On monte, on progresse, et à un moment on débouche derrière un éperon rocheux. Là, on tombe sur un petit groupe de chamois à une vingtaine de mètres. Il fallait trier vite, être lucide, identifier le bon animal. Et ce jour-là, c’était mon anniversaire. Avec mon parrain, on avait une habitude : une année c’était lui qui tirait, l’autre c’était moi. Je lui mets donc la carabine en place, en pensant que cette fois ce serait pour lui. Et là, sans un mot, il décale la crosse vers moi. J’ai compris que c’était son cadeau. Dans un moment comme ça, avec les chamois à vingt mètres, tu ne parles pas. Tout se passe très vite. J’ai tiré l’éterlou et il m’a simplement dit ensuite : “Bon anniversaire.” C’est un souvenir que je n’oublierai jamais.

« Je fais attention au risque »

So Chasse : T’est-il déjà arrivé d’avoir vraiment peur en montagne ?

Simon : Je dirais plutôt que j’ai déjà eu des moments où il fallait se concentrer et être très vigilant. Mais je reste quelqu’un d’assez raisonnable. Je fais attention au risque. Je n’ai jamais connu de situation où je me suis dit que j’étais complètement bloqué ou au bord de la catastrophe. En revanche, il y a eu des journées très dures. Je pense notamment à une sortie dans les Pyrénées, il y a deux ans, quand un ami m’a invité pour tirer un isard. C’était un rêve pour moi. On est partis dans des conditions météo terribles : neige, grêle, mauvais temps du début à la fin. On a tout pris. J’étais trempé. C’était vraiment une journée très rude. Mais même dans ces moments-là, on adapte. Tu sais qu’avec la neige et le terrain glissant, tu ne vas pas te mettre dans des situations absurdes. Il faut être raisonné et raisonnable. Et je touche du bois pour que ça continue comme ça.

« Je veux être au point haut au lever du jour »

So Chasse : À quoi ressemble une journée type de chasse en montagne ?

Simon : Ce que j’aime, c’est être au point le plus haut au lever du jour. Donc je prépare ma sortie en fonction du secteur que je veux chasser, et je calcule mon départ pour arriver là-haut quand il commence à faire clair. L’idée, c’est d’être déjà en position pour observer, repérer les animaux, ne pas les déranger à la montée et pouvoir ensuite construire mon approche en ayant l’avantage du terrain.

So Chasse : Cela signifie partir de nuit ?

Simon : Oui, bien sûr. Avec une frontale. Mais les itinéraires, à force, on les connaît. On les a faits des dizaines de fois, de jour, de nuit, à la montée comme à la descente. Ce n’est pas le problème.

So Chasse : Et en moyenne, combien de temps marches-tu ?

Simon : C’est très variable. Il y a des secteurs où tu as trois heures d’approche, d’autres où en une heure tu es déjà sur place. Mais en vérité, sur une journée complète, tu es en mouvement une bonne partie du temps. Tu alternes avec des pauses, de l’observation, du jumelage, parfois une attente si la chaleur est trop forte. Et puis il faut être honnête : entre 11 h et 14 h, il ne se passe souvent pas grand-chose. C’est le moment de manger, de souffler, parfois même de faire une petite sieste sur les rochers. Moi, j’adore ça. Tu repars ensuite bien mieux. La montagne, ce n’est jamais linéaire. Tu peux tomber rapidement sur un animal, ou marcher pendant des heures sans rien voir. C’est ce qui fait aussi la beauté de cette chasse.

« Un Australien à -10 °C dans le Dévoluy, ça marque »

So Chasse : Tu as guidé l’an dernier un chasseur australien. C’est Un souvenir particulier ?

Simon : Oui, cet hiver, j’ai accompagné un Australien envoyé par Zerotech, marque d’optique distribuée en France par ECP. Il arrivait de Brisbane, où il faisait 30 degrés. Il avait passé une semaine à Paris avant de venir, et il n’avait déjà pas compris ce qui lui arrivait. Quand il est arrivé dans le Dévoluy et qu’il a découvert le -10 °C, il a pris une vraie claque. Il est sorti de la voiture en me disant : “Ça va, il n’y a pas trop de neige.” Puis il a posé le pied et s’est enfoncé direct. Là, il a compris.

On a eu de la réussite, parce qu’au bout d’une petite heure de marche tranquille, on a trouvé un bouc qui nous intéressait. Mais là encore, rien n’est écrit d’avance. Si ça n’avait pas marché, on aurait peut-être marché trois ou quatre heures de plus. Le plus drôle, c’est qu’à un moment l’animal s’est couché. Pendant plus d’une heure, on a tout fait pour le faire se relever. On criait, on se montrait, on était à une centaine de mètres, il ne bougeait pas. L’Australien commençait à geler sur place. Il tremblait dans tous les sens. Finalement, c’est aussi ça, la montagne : des moments durs, absurdes parfois, mais inoubliables. Finalement, l’animal s’est enfin levé et il a pu tirer. Quel souvenir!

« Ma carabine doit être légère, compacte et fiable »

So Chasse : Côté équipement, avec quoi chasses-tu aujourd’hui ?

Simon : J’utilise une Weatherby Mark V Backcountry Guide en 6.5 Creedmoor. J’aime ce type d’arme parce qu’elle est légère, compacte et très bien adaptée à la montagne. En munition, je tire de la Hornady ELD-X, avec une lunette Leupold. Je suis récemment allé chez Wolf Consult, à Saint-Maximin, pour voir jusqu’où je pouvais pousser l’arme. On a tiré dans des conditions compliquées, avec beaucoup de vent, mais jusqu’à 600 mètres, c’était vraiment chirurgical. Maintenant, dans la réalité de chasse, je reste raisonnable.

So Chasse : À quelles distances tires-tu le plus souvent ?

Simon : En général, entre 100 et 300 mètres. Je ne m’autorise pas davantage. C’est déjà une plage de tir qui demande de la rigueur. Et puis, comme je le disais, en montagne il faut aussi composer avec le relief. Parfois, tu n’as pas le choix : il faut savoir renoncer ou attendre la bonne fenêtre.

« La chasse, ce sont d’abord des moments de partage »

So Chasse : Quelle est ta vision de la chasse aujourd’hui ?

Simon : Pour moi, la chasse, ce sont d’abord des moments de partage. Avec des chasseurs, bien sûr, mais aussi avec des non-chasseurs. Je ne parle pas seulement de convivialité après coup. Je parle des vrais moments vécus ensemble : une sortie, une observation, un effort commun, une journée en montagne. J’ai des amis non chasseurs qui ont envie de venir avec moi juste pour découvrir, pour marcher, pour voir des animaux, pour comprendre ce qu’est vraiment la chasse. Et je trouve ça important. Ensuite, il y a le respect de la nature. Pour moi, le chasseur doit être un gestionnaire. Pas un “premier écologiste de France”, ce n’est pas mon discours, mais un gestionnaire sérieux, attentif, respectueux. Si on fait n’importe quoi, les ressources disparaissent. C’est évident. Donc cela suppose de l’aménagement, de la vigilance, parfois de la prévention, parfois aussi de tirer la sonnette d’alarme quand quelque chose ne va pas. Je pense qu’un bon chasseur doit être capable de dire : là, ça va mal, on doit faire attention. Ou au contraire : là, on peut prélever, parce qu’il y a une marge. Sur certains animaux, cela veut aussi dire choisir intelligemment. Quand je pars avec une bague de cabri en hiver, je vais plutôt chercher le plus petit, celui qui passera peut-être mal la mauvaise saison. Si je vois un animal blessé ou qui boite, c’est potentiellement lui qu’il faut prélever. Pour moi, c’est du bon sens. C’est agir, comme on dit, en bon père de famille.

« Le plus gros ennemi de la chasse, c’est parfois le chasseur lui-même »

So Chasse : Que réponds-tu à ceux qui disent : “Si vous aimez tant la nature et les animaux, pourquoi les chasser ?”

Simon : Je leur réponds d’abord que la chasse est un mode de vie. C’est quelque chose de très ancien, d’enraciné. Après, je comprends parfaitement que tout le monde ne soit pas capable de donner la mort à un animal. C’est un acte fort. Je respecte totalement cela. Mais je pense aussi que nous vivons dans une société très aseptisée, où tout arrive en barquette, déjà préparé, sans que l’on voie ce qu’il y a avant. À la chasse, la mise à mort n’est qu’une étape. Avant, il y a l’observation, l’effort, l’approche, la réflexion. Après, il y a la valorisation de la venaison, il y a le trophée, il y a tout ce qui prolonge l’acte de chasse.

So Chasse : Comment la chasse peut-elle encore être défendue aujourd’hui ?

Simon : Par une gestion intelligente, déjà. C’est cela qui permet d’assurer la pérennité des milieux et des espèces. Mais il faut aussi être lucide : pour moi, le plus gros ennemi de la chasse, c’est parfois le chasseur lui-même. Je le vois sur les réseaux sociaux. Quand je vois certaines publications, certaines photos, je comprends qu’elles choquent. Même en étant chasseur, je peux me dire : là, ce n’est pas montrable. Des sangliers étalés sur du béton avec du sang partout, ce n’est pas possible. Qu’on ait besoin de logistique, bien sûr. Mais tout n’a pas vocation à être exposé.

Au contraire, on peut faire une belle photo, propre, respectueuse. Aujourd’hui, même avec un téléphone, on peut poser un animal correctement, prendre deux minutes pour faire les choses bien. C’est aussi une marque de respect envers l’animal. Et surtout, cela évite de donner du grain à moudre à ceux qui veulent nous attaquer. Moi, on peut me critiquer parce que je suis chasseur. Mais je ne veux pas qu’on puisse me critiquer sur mes actes ou sur la manière dont je montre les choses. Pour moi, c’est déjà une forme de victoire.

« Mon rêve en France, ce serait un chamois dans chaque massif »

So Chasse : Quels sont tes rêves de chasse aujourd’hui ?

Simon : En France, mon grand rêve serait de prélever un chamois dans chaque région ou massif où c’est possible. J’aimerais voir comment cette chasse se pratique partout : chez nous, dans les Pyrénées avec l’isard, mais aussi ailleurs, dans des zones où la montagne est différente, où les habitudes changent. Aujourd’hui, je l’ai vécu chez moi et dans les Pyrénées. Mais j’aimerais aller voir comment un chasseur d’Alsace, du Cantal ou du Doubs vit sa chasse au chamois. Est-ce que c’est la même passion ? Les mêmes codes ? Le même rapport à l’animal ? C’est ça qui m’intéresse : partager avec d’autres passionnés et voir ce qui nous rassemble autour de cet animal. À l’étranger, j’ai deux gros rêves. Le premier, c’est l’ibex à cheval au Kirghizistan. Je pense que ce serait une aventure incroyable. Le second, ce serait une expédition dans le Yukon, avec un départ en hélico ou en hydravion, pour être déposé dans un coin sauvage avec un paquetage sur le dos et vivre une vraie immersion. Au-delà même de l’espèce, c’est l’aventure qui me fait rêver.

« Je travaille dans un lycée, et je tiens à ce que la chasse reste une passion »

So Chasse : Dans la vie, en dehors de la chasse, que fais-tu ?

Simon : Je travaille dans un lycée. Et à côté, je développe aussi un peu la photo. J’aimerais me faire une place en tant que photographe de chasse.

So Chasse : Tu n’as jamais eu envie de faire un métier entièrement lié à la nature ?

Simon : Non, parce que je veux que la chasse reste une passion. Les métiers liés à la nature, à l’OFB ou à l’ONF par exemple, sont intéressants, mais je tiens à garder ma liberté. Je ne veux pas que ma passion devienne une contrainte. Je ne veux pas me dire qu’après avoir crapahuté toute la semaine pour le travail, je n’ai plus envie d’aller en montagne le week-end. C’est aussi pour cela que je développe la photo : parce que cela peut rester une activité parallèle, choisie, libre. Si un jour ça marche bien, tant mieux, mais ce ne sera pas mon activité principale. J’ai envie que cela reste une passion, comme la chasse.

So Chasse : Et concrètement, quel type de photo veux-tu développer ?

Simon : Je pense à de la photo-reportage de voyage ou de chasse. Quelqu’un qui part, par exemple, pour un ibex en Mongolie et qui veut de vrais souvenirs. Ou alors travailler avec des marques, comme je le fais déjà un peu via mes partenariats, mais de manière plus développée. Je suis déjà en micro-entreprise, donc j’avance tranquillement sur cet axe-là.

« Il faut découvrir la montagne avec quelqu’un qui la connaît »

So Chasse : Pour terminer, quel message aimerais-tu adresser à ceux qui n’ont jamais découvert la chasse en montagne ?

Simon : Je leur dirais de se rapprocher de quelqu’un du coin, de quelqu’un qui connaît vraiment le terrain, et d’essayer de créer un échange. C’est intéressant pour celui qui découvre, bien sûr, mais c’est aussi enrichissant pour le local. Il y a quelque chose de très beau dans ces échanges entre chasseurs de régions différentes. Moi-même, j’ai déjà été invité ailleurs, par exemple à la hutte au canard, et je me suis régalé. C’était totalement différent de ce que je connais. C’est ce que j’aime : sortir de sa vallée, découvrir d’autres pratiques, partager. En revanche, il faut le faire avec quelqu’un qui sait. La montagne n’est pas un terrain de jeu. Il faut la respecter, ne pas se mettre en danger, rester humble. Mais oui, il faut se lancer, échanger, dialoguer. Je suis pour une chasse plus ouverte, où l’on partage davantage au lieu de rester chacun dans son coin. Je pense que tout le monde peut y gagner.

Partager cet article


Rédacteur en chef, SoChasse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize visant à « améliorer la sécurité à la chasse », le...

Découvrez d'autres articles

Retour en haut