Concours de retrievers : « Pierre Rigaux ne cherche pas à comprendre, il cherche des images »

Après la polémique déclenchée par un article du Courrier Picard et la diffusion d’une vidéo de Pierre Rigaux sur les réseaux sociaux (visible à la fin de cet article), So Chasse a échangé avec Maître Guillaume Demarcq, avocat du Retriever Club de France. Présent lors de l’une des journées du concours de travail à Flavacourt, il revient sur le déroulé précis de l’épreuve, les chiffres réels, le fonctionnement du Retriever Club et la démarche de Pierre Rigaux, qu’il estime purement sensationnaliste.

BSL : Vous étiez présent lors de l’une des journées de la finale de la coupe de France de travail à Flavacourt. De quoi parle-t-on exactement quand on évoque cette compétition ?

GD : On parle d’un concours de travail officiel du Retriever Club de France, inscrit au calendrier depuis longtemps, avec des règles claires, connues et publiques. L’objectif est d’évaluer les aptitudes naturelles et le travail des retrievers, notamment leur capacité à retrouver et rapporter du gibier tiré dans des conditions de chasse encadrées. Ce n’est ni un événement secret, ni une pratique marginale, ni quelque chose d’exceptionnel.

BSL : L’article du Courrier Picard évoque « des dizaines d’oiseaux tués ». Que pouvez-vous dire sur les chiffres réels ?

GD : Il faut être précis. Sur l’ensemble des trois jours de concours, on est autour d’une quarantaine d’oiseaux pour 22 chiens engagés au départ. Le lundi, jour où j’étais présent, il ne restait plus que six chiens en lice, et ce jour-là, une dizaine d’oiseaux ont été tirés. Personnellement, je n’ai pas tiré une seule cartouche. Dire « des dizaines » sans contexte, c’est jouer sur l’émotion sans expliquer la réalité du déroulé d’un concours de travail.

BSL : Ces chiffres sont-ils cohérents avec les standards habituels de ce type de concours ?

GD : Oui, et même en dessous. Le règlement prévoit en théorie au moins trois rapports par chien. Si tous les chiens étaient allés au bout, on aurait pu être autour de soixante oiseaux. Ce n’a pas été le cas, notamment parce que des chiens sont éliminés dès qu’ils commettent une faute éliminatoire. Il n’y a donc aucune dérive, ni excès.

BSL : Pierre Rigaux affirme que ces concours pourraient se faire uniquement avec des leurres. Est-ce réaliste ?

GD : Non, pas pour tout. Les leurres sont déjà utilisés massivement, notamment hors saison de chasse et pour le dressage. Mais certaines qualités essentielles d’un retriever ne peuvent être évaluées que sur du gibier réel : la dent douce, la prise délicate, la capacité à retrouver un oiseau blessé pour éviter qu’il ne meure plus loin. Ce sont précisément ces qualités qui font la valeur des retrievers, y compris au-delà de la chasse.

BSL : Le Courrier Picard évoque une chasse commerciale avec du gibier lâché. Pouvez-vous préciser le contexte du terrain ?

GD : Oui, le concours se déroulait sur un territoire de chasse commerciale, ce qui est courant et parfaitement légal. Cela signifie un cadre sécurisé, organisé, avec des oiseaux issus d’élevage, comme dans de très nombreuses chasses en France aujourd’hui. Il n’y a rien de clandestin ou d’exceptionnel là-dedans.

BSL : Vous avez échangé directement avec Pierre Rigaux sur place. Quelle était sa démarche selon vous ?

GD : Très clairement, il ne cherchait pas à comprendre. Je lui ai proposé de venir voir, d’échanger, d’observer le fonctionnement du concours. Sa seule demande était de filmer, notamment les visages. Cela a été refusé pour des raisons évidentes de sécurité et de contexte. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas le concours, c’était l’image.

BSL : Pourquoi ce refus de filmer les participants ?

GD : Parce que le Retriever Club de France a déjà reçu des menaces, que le climat est tendu, et que les vidéos militantes alimentent parfois des réactions très violentes sur les réseaux sociaux. Les participants étaient sur un terrain privé, dans le cadre d’une activité légale. Ils n’ont aucune obligation d’être filmés pour servir une communication militante.

BSL : Vous parlez de montage. Qu’entendez-vous par là ?

GD : Les vidéos diffusées donnent l’impression d’un événement caché, massif, hors norme. C’est faux. Le calendrier des concours est public, les règles sont connues, le club est sous tutelle de la Société Centrale Canine, elle-même rattachée au ministère de l’Agriculture. Les images sont sorties de leur contexte, montées, commentées de manière orientée pour provoquer une réaction émotionnelle.

BSL : L’article évoque aussi des plaintes déposées par Pierre Rigaux. Où en est-on juridiquement ?

GD : Il n’y a eu aucune suite pénale. Aucune infraction n’a été caractérisée. Cela confirme bien que nous sommes face à une contestation idéologique, pas à un problème légal ou éthique au sens du droit.

BSL : En quoi ces concours dépassent-ils le seul cadre de la chasse ?

GD : La sélection des retrievers ne profite pas uniquement à la chasse. Les qualités travaillées ici sont celles qui font aussi les chiens d’assistance, les chiens de recherche, les chiens de travail en général. Supprimer ces concours, c’est fragiliser un patrimoine génétique sélectionné depuis plus d’un siècle.

BSL : Quel regard portez-vous, avec le recul, sur la polémique ?

GD : On peut être opposé à la chasse, c’est un débat de société. Mais venir sur un concours sans vouloir comprendre, uniquement pour produire des images choc, ce n’est pas un travail honnête. Ce qui s’est passé à Flavacourt était encadré, proportionné, et conforme aux règles. Le reste relève du sensationnalisme.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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