Affaire du cerf abattu chez Luc Besson : les réquisitions contre les chasseurs

Affaire du cerf achevé chez Luc Besson

Mardi , les deux chasseurs qui avait servi un cerf sur la propriété de Luc Besson dans l’Orne en février dernier comparaissait en audience correctionnelle devant le tribunal d’Argentan. Même si les arguments de leurs avocats revêtent une large part de bon sens et une volonté de respecter une certaine éthique, de lourdes peines ont été requises par le ministère public. L’affaire a été mis en délibéré.

L’incident sur la propriété de Luc Besson

Le 21 février 2025, un cerf a été achevé sur la propriété du réalisateur Luc Besson, à Cisai-Saint-Aubin, en Normandie, dans des circonstances qui ont suscité une vive polémique. Cet incident a eu lieu en marge d’une battue privée organisée par la Fédération des chasseurs de l’Orne, qui visait à réguler la population de cervidés dans la région. Les deux chasseurs impliqués ont pénétré sur un terrain privé, clos et attenant à une habitation, pour servir un cerf qu’ils estimaient gravement blessé.

Le premier chasseur, accompagné de sa meute de chiens, a poursuivi l’animal jusque sur la terrasse de la maison de la mère de Luc Besson, où il l’a tué à l’aide d’une dague et d’une arme à feu, sous les yeux de la mère du producteur. L’animal, déjà affaibli par un accident antérieur, n’avait semble-t-il pas la capacité de fuir. L’affaire a pris une tournure médiatique importante après que Luc Besson ait publié une vidéo du moment, suivie d’une plainte pour chasse illégale.

Les réquisitions et la défense des prévenus

Les deux chasseurs ont comparu le 9 décembre 2025 devant le tribunal correctionnel d’Argentan. Le ministère public a requis des amendes élevées (600 euros par infraction), un stage de sensibilisation à la réglementation, ainsi que le retrait de permis de chasse pour une durée d’un an. L’infraction de chasse sur propriété privée, sans autorisation expresse, est en effet passible de lourdes sanctions selon le Code de l’environnement (article L. 428-1): jusqu’à 3 mois d’emprisonnement, 3 750 euros d’amende ainsi que des peines complémentaires comme la confiscation et l’interdiction de détention et de port d’armes et le retrait du permis de chasse

Les prévenus, pour leur part, ont maintenu qu’ils n’avaient pas commis une chasse illégale mais avaient plutôt agi dans un cadre de régulation du gibier respect de l’éthique. Selon leur défense, l’animal était « mortellement blessé » à la suite d’une collision antérieure, et ils avaient pénétré sur la propriété privée uniquement pour « abréger ses souffrances« . Un argument qui, en théorie, pourrait excuser partiellement leur acte au regard de la jurisprudence.

Analyse juridique : un cadre légal flou ?

En analysant juridiquement les faits, on ne peut que soulever plusieurs éléments clés concernant les responsabilités des chasseurs et les nuances du droit de chasse. Tout d’abord, il est à rappeler que, selon l’article L. 422-1 du Code de l’environnement, la chasse sur la propriété d’autrui nécessite le consentement du propriétaire ou de ses ayants droit. En l’occurrence, Luc Besson n’a pas donné son accord pour la chasse sur sa propriété, ce qui constitue une infraction pénale. Toutefois, on pourra souligner une distinction importante : l’achèvement d’un animal gravement blessé ne constitue pas un acte de chasse, à condition que la blessure soit avérée et que l’animal ne puisse plus fuir.

Les prévenus et leurs conseils ont donc tenter de démontrer que le cerf était effectivement mortellement blessé et qu’ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour contenir leurs chiens avant qu’ils n’entrent sur la propriété. Le caractère mortel de la blessure restait à prouver, et c’est là que le dossier pourrait se compliquer pour la défense.

Par ailleurs, bien que l’intrusion sur une propriété privée soit condamnable, le fait que les chiens aient poursuivi un gibier blessé pourrait constituer une circonstance atténuante. L’article R. 428-1 du Code de l’environnement précise qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une infraction si les chiens poursuivent un gibier sur le terrain d’autrui, à condition que le propriétaire prouve qu’il a fait tout son possible pour les contenir.

Un contexte de régulation difficile

L’affaire se situe dans un contexte particulier : la région, où les populations de cervidés sont en forte prolifération, est régulièrement touchée par des dégâts agricoles importants. Luc Besson, propriétaire de la forêt des Laitiers, a été accusé par la Fédération des chasseurs de laisser proliférer la population de cervidés, ce qui entraîne des pertes pour les exploitants agricoles voisins. Cette situation a d’ailleurs alimenté un contentieux entre le cinéaste et la Fédération des chasseurs de l’Orne, en 2019.

Ainsi, bien que l’incident semble relever d’une action non autorisée sur un terrain privé, certains arguments de la défense rappellent le besoin urgent de réguler les populations de gibier dans des zones où elles créent de réels problèmes économiques et environnementaux. Les prévenus étaient, en effet, en partie motivés par la nécessité de contrôler la prolifération des cervidés dans une zone où les dégâts agricoles sont récurrents.

Une décision cruciale à venir

Le tribunal d’Argentan a mis sa décision en délibéré, et le verdict est attendu pour le 20 janvier 2026. Le cas pourrait constituer un précédent important dans l’interprétation de la législation sur la chasse, notamment concernant l’achèvement d’un gibier blessé sur une propriété privée.

Reste à savoir si la défense des chasseurs aura réussi à convaincre le tribunal que leur action relevait d’une démarche éthique et responsable visant à abréger les souffrances d’un animal en détresse. En attendant, le dossier continue d’alimenter les débats sur les pratiques cynégétiques et la régulation dans un contexte où les enjeux économiques, environnementaux et sociaux se mêlent souvent de manière complexe.

Un délit ou une nécessité ?

L’affaire de la « chasse illégale » sur la propriété de Luc Besson soulève un véritable dilemme entre la stricte application des lois et la gestion pragmatique des populations de gibier. La question de l’achèvement d’un animal blessé et des limites de l’autorisation de chasse sur des terrains privés restera au cœur des débats juridiques et sociaux, avec des conséquences potentielles pour la régulation cynégétique en France.

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2 réponses à “Affaire du cerf abattu chez Luc Besson : les réquisitions contre les chasseurs”

  1. Thierry Navarro

    Bonjour
    Trop de cervidés, comme faire pour limiter leurs nombres.
    Des personnes comme Mr Besson s oppose idéologiquement à la chasse.
    Ok c est son droit, il prend c est responsabilisé.
    Si un jour à cause de son opposition une épidémie de MHE se déclenchait chez lui.
    Que se passerait-il ?

    1. Ils inventeraient certainement quelque chose comme les chasseurs sont responsables des surpopulations. Ces gens n’ont pas de connaissance technique de la nature et ne comprennent que les ongulés pour être en bonne santé ne doivent pas être en surpopulation.

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