Mardi, sous les ors feutrés de l’Assemblée nationale, le chantre médiatique de l’écologie a dû troquer le ton pédagogique contre celui de l’explication comptable. Auditionné par la commission d’enquête sur le fonctionnement de l’audiovisuel public, Hugo Clément s’est retrouvé face à des chiffres moins poétiques que ses documentaires : plus de 100 000 euros de billets d’avion facturés pour les besoins de son émission, dont près de 20 000 euros de vols intérieurs. Et, selon l’audit transmis aux députés, aucune trace de billets de train.
Une ligne budgétaire qui interroge et des chiffres qui bousculent le discours
Le rapporteur de la commission, le député Charles Alloncle, n’a pas éludé la question : comment concilier un discours public appelant à réduire drastiquement le recours à l’avion et de telles dépenses aériennes ? La contradiction est d’autant plus sensible que l’animateur avait récemment affirmé avoir « complètement arrêté de prendre l’avion pour [ses] déplacements personnels ». La distinction avancée est simple : d’un côté la vie privée, de l’autre les contraintes professionnelles. Une émission d’investigation, explique-t-il, suppose des déplacements internationaux, parfois lointains, comme récemment au Ghana. L’argument peut s’entendre. Encore faut-il qu’il soit cohérent jusqu’au bout.
Le train absent, les taxis en hausse
Car l’audition ne s’est pas arrêtée aux vols long-courriers. Les déplacements intérieurs ont également été évoqués, ainsi que l’absence apparente de factures ferroviaires dans les documents transmis. Plus surprenant encore : une explosion des frais de taxis parisiens, en hausse de 1 200 % par rapport au devis initial. À Paris, le métro, le bus ou même le vélo existent. Mais, selon le journaliste, il serait « logistiquement » difficile d’imposer ces modes de transport aux équipes. On imagine sans peine que nombre de ruraux apprécieront cette nuance.
L’exemplarité à géométrie variable ?
Ce qui est en jeu ici n’est pas le fait de prendre l’avion pour enquêter à l’étranger. Toute rédaction d’investigation se déplace. Ce qui interroge, c’est la posture morale. Depuis des années, le monde rural, et les chasseurs en particulier, est sommé de rendre des comptes sur son impact environnemental. On leur explique comment se chauffer, comment se déplacer, comment vivre. On dissèque leurs pratiques au kilogramme de CO₂ près.
Dans le même temps, ceux qui donnent la leçon peuvent-ils se permettre une écologie à deux vitesses : « rigoureuse » pour les vacances, souple pour le plateau télé ? Pendant ce temps-là, sur le terrain, les chasseurs sillonnent leurs territoires en 4L fatiguées ou en vieux C15, parfois à l’aube, parfois de nuit, pour compter le gibier, suivre les dégâts agricoles ou préparer les battues de régulation. Pas pour donner des leçons, mais pour gérer concrètement la faune sauvage. Dans ces campagnes où il n’y a ni métro ni Vélib’, on apprend vite que l’écologie ne se décrète pas depuis un studio parisien. Elle se vit, bottes aux pieds.
Une question simple
Hugo Clément a conclu son audition en assurant vouloir « réduire le plus possible » le bilan environnemental de son émission. Très bien. Mais lorsqu’on érige l’exemplarité en étendard, elle ne peut pas être partielle. Elle vaut pour tous. Y compris pour ceux qui sillonnent la France, et le monde, pour expliquer aux autres comment sauver la planète. Et à force de regarder de haut les campagnes, on finit parfois par être rattrapé… par l’incohérence entre son discours et ses propres factures !











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