Procès Pilarski : première journée sous haute attention devant l’œil de 105 journalistes

Crédit Photo:  AFP/François Lo Presti

Dans une ambiance de procès “exceptionnel” pour du correctionnel, avec 105 journalistes accrédités et une audience dédoublée dans deux salles, le tribunal de Soissons a ouvert ce mardi le procès de Christophe Ellul, poursuivi pour homicide involontaire par agression d’un chien. À l’issue d’une journée surtout consacrée à sa personnalité, à son récit des faits et à la situation de Curtis, la chasse à courre n’a été abordée qu’en fin d’après-midi, par la lecture du rapport de l’expert. Les questions sur la vénerie sont annoncées pour mercredi matin.

Dès l’ouverture, le ton est donné. Avant même la lecture des faits, l’audience se grippe sur des débats de procédure autour des constitutions de partie civile. Dans la salle, l’impression d’un dossier “chargé” et d’une mise en scène judiciaire rare à Soissons. Maître Guillaume Demarcq, présent tout au long des trois jours, résume au téléphone l’atmosphère du matin avec un mot qui revient souvent chez les habitués des audiences longues: confusion, tension, et beaucoup d’enjeux autour de qui parle et au nom de qui.

Le prévenu, Christophe Ellul, 51 ans, comparaît libre. Costume sombre, posture droite à la barre. Très vite, il affirme ce qu’il répète depuis le début de l’affaire: si on lui “met une preuve” que Curtis est responsable, il dit qu’il aurait lui-même “fait piquer” le chien. Une phrase qu’il pose comme une ligne de défense, mais qui, au fil des heures, laisse affleurer une autre réalité: l’audience ne va pas seulement juger un drame, elle va ausculter des incohérences. La présidente entame ensuite la lecture de la synthèse des faits. Elle rappelle la découverte du corps d’Élisa Pilarski le 16 novembre 2019 en forêt de Retz, enceinte de six mois, “recouverte de morsures”. Elle évoque aussi la présence, ce jour-là, d’une chasse à courre à proximité, point de bascule médiatique du dossier pendant des années.

Le cœur de la journée se concentre sur Christophe Ellul, son parcours, sa relation avec la victime, puis sur Curtis. Sur la question de la race et de l’importation du chien, l’échange devient technique, parfois tendu. Curtis est présenté par une expertise vétérinaire comme un American Pitbull Terrier, race interdite en France. Le prévenu, lui, s’accroche à l’idée d’un croisement, et se dit peu au fait des détails. La présidente le relève frontalement, soulignant ce qu’elle juge “nébuleux” pour un propriétaire. Un point revient aussi dans les débats: en France, Curtis n’aurait jamais vu de vétérinaire.

L’après-midi, un moment très attendu donne une autre densité au dossier. La mère d’Élisa Pilarski s’exprime pour la première fois à l’audience, décrivant une jeune femme “amoureuse des animaux”, capable de s’arrêter pour un chien sur le bord d’une route, et “sans peur du danger”. Elle évoque aussi, avec retenue, l’après-drame et ce qu’elle dit avoir découvert sur la vie de Christophe Ellul. Avant de quitter la barre, elle glisse une phrase simple, presque sèche, comme une morale sans jugement: “Un chien reste un chien.”

Puis le tribunal revient sur un nœud central: l’appel d’Élisa Pilarski à son compagnon, celui qui précède sa mort. Christophe Ellul affirme qu’elle lui a dit être mordue “au bras et à la jambe par des chiens” et ne plus parvenir à tenir Curtis. Mais la procureure le serre sur un point précis: pourquoi n’a-t-il pas rapporté cette version de la même façon à tous ses interlocuteurs, notamment lors de l’appel au 17. La question, répétée, vise à faire apparaître les glissements dans le récit. “Qu’est-ce que vous avez entendu, monsieur, au téléphone?”, insiste-t-elle, évoquant un discours qui varie selon les moments.

Autre séquence scrutée à la loupe: les échanges de messages. Le tribunal s’arrête sur un SMS envoyé le jour du drame, “je le fais piquer”, que le prévenu conteste partiellement, avançant l’hypothèse d’un message effacé, ou d’un téléphone manipulé par plusieurs personnes. Là encore, l’impression d’un prévenu qui se débat dans les formulations, tandis que la présidente tente de fixer une chronologie et des certitudes. La question de la muselière surgit aussi. Christophe Ellul affirme que Curtis était toujours muselé mais le tribunal rappelle qu’une muselière a été retrouvée à proximité du téléphone d’Élisa Pilarski. Il indique qu’elle appartenait à un autre chien et qu’Élisa la portait parfois “autour du cou” lors des balades. La présidente pose une question qui résonne comme un rappel de bon sens: mettre une muselière au moment d’une rencontre imprévue avec d’autres animaux, n’est-ce pas déjà trop tard.

En fin de journée seulement, la chasse à courre entre officiellement dans la salle d’audience. La présidente procède à la lecture du rapport relatif à la chasse organisée en forêt de Retz le 16 novembre 2019. À ce stade, il s’agit davantage de cadrer le déroulé et les éléments matériels que d’interroger les protagonistes. Les questions “en lien avec ce rapport” sont annoncées pour le lendemain, à partir de 9 heures.

Pour les chasseurs, c’est un point clé de cette première journée: la vénerie a été évoquée tard, sans débat de fond, mais elle est clairement installée comme un chapitre à venir, avec des questions attendues sur la réalité du terrain, le déroulement de la chasse, et ce qui a été affirmé dans l’espace public depuis 2019.

En sortant du tribunal, Maître Demarcq insiste sur deux choses. D’abord, le caractère hors norme du dispositif, à la hauteur de la pression médiatique, mais lourd pour une juridiction de cette taille. Ensuite, la stratégie perceptible en filigrane: la tentation, selon lui, de rouvrir un procès parallèle de la chasse à courre, quand la journée a surtout exposé un prévenu confronté à ses propres contradictions, entre certitudes affichées et reculs à la barre. Mercredi, le dossier doit changer de focale. Après la personnalité et les récits, place aux questions sur la chasse en forêt de Retz. C’est là que se jouera, aux yeux de nombreux chasseurs, la partie la plus sensible du procès.

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Rédacteur en chef, SoChasse

Une réponse à “Procès Pilarski : première journée sous haute attention devant l’œil de 105 journalistes”

  1. Bob26

    Tourner en rond sur des élucubrations variantes pour éviter de parler du principal est un moyen de noyer le poisson pour s’en tirer à moindre coût…
    Les avocats sont forts à ce petit jeu …
    Mais ce qui ne changera pas c’est la finalité des évènements,la mort par la bêtise incommensurable de l’accusé qui dresse un animal pour l’arène et sa bêtise s’est retournée contre sa compagne…..!
    Pas assez de compassion chez l accusé pour en accepter la responsabilité.. Du coup la chasse à courre tombe à pic…
    Pauvre réalité de la triste humanité…

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