Viande de gibier: la FNC auditée à l’Assemblée sur les freins à la structuration de la filière

Audit FNC Assemblée Nationale venaison

La promotion de la venaison française est sur la table des députés. Le 21 janvier, la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) a été auditionnée par le groupe d’études chasse et pêche de l’Assemblée nationale, à l’initiative du député Eddy Casterman. Un point sur les blocages qui freinent l’accès de cette viande d’exception au plus grand nombre.

La venaison, enjeu de gestion et de valorisation

Pour Daniel Labaronne, la venaison est “ un sujet clé à la croisée des enjeux de gestion durable du gibier, de la lutte contre le gaspillage alimentaire et de la structuration d’une filière française ”. Les prélèvements de chasse n’ont jamais été aussi importants : le sanglier, notamment, a vu ses prélèvements multipliés par 24 en cinquante ans, alors même que le nombre de chasseurs diminue année après année. Résultat : “ plus de venaison à partager pour moins de chasseurs ”, une équation qui pose question à l’échelle nationale.

Une majorité de venaison échappe aux circuits officiels

Lors de cette audition, la FNC a mis l’accent sur un cadre réglementaire jugé trop complexe, qui limite fortement la cession du gibier hors autoconsommation. Résultat :

  • 55 % de la venaison transite encore par des “circuits gris”, non identifiés,
  • 32,5 % relève de l’autoconsommation,
  • 9 % passe par les circuits courts,
  • et seuls 3,5 % empruntent les circuits longs (vente à grande échelle).

Pour Olivier Touchard, responsable venaison à la FNC, “ le développement des circuits longs est évidemment une nécessité mais cela demande beaucoup de moyens et du temps. Dans l’immédiat, afin de diminuer les circuits ‘gris’, il faut développer les circuits courts ”.

Des réglementations qui freinent la filière

La FNC souligne aussi un point noir : 53 % des départements où la chasse est pratiquée ne disposent d’aucun centre de collecte de gibier. Le développement de ces infrastructures, pourtant indispensable, se heurte à une instruction technique récente (1er octobre 2024) interdisant le recours aux véhicules mobiles (camions ou remorques frigorifiques) pour refroidir le gibier. Désormais, seuls les centres fixes équipés de chambres froides sont autorisés, ce qui implique des investissements lourds pour des structures déjà fragiles économiquement.

Eddy Casterman, moteur politique du dossier venaison

À l’origine de cette audition, le député Eddy Casterman entend replacer le gibier sauvage au cœur des enjeux alimentaires et économiques français. Dans ses prises de position publiques, l’élu souligne un paradoxe persistant : alors que près de 900 000 sangliers sont prélevés chaque année par les chasseurs, la France continue d’importer plusieurs milliers de tonnes de viande de sanglier, notamment depuis la Nouvelle-Zélande. Pour lui, cerf, chevreuil et sanglier constituent une viande locale, bas-carbone et aux qualités nutritionnelles reconnues, capable de renforcer l’autonomie alimentaire nationale tout en préservant le pouvoir d’achat. Il plaide pour une simplification des règles de découpe, le développement d’un réseau de collecte en circuits courts dans un rayon de 80 km, un soutien accru aux établissements de traitement de gibier et l’intégration du label « Gibiers de France » dans la restauration collective, notamment scolaire.

Expérimentation limitée par la lourdeur administrative

La FNC a également dû répondre aux questions sur le bilan de l’expérimentation lancée par l’arrêté du 26 juin 2024 : depuis début 2025, quelques territoires pilotes peuvent découper une carcasse de gibier jusqu’à six morceaux pour la vendre à un commerce de détail situé dans un rayon de 80 km autour du territoire de chasse. Problème : sur 10 territoires autorisés, seuls 3 sont effectivement opérationnels, là encore à cause d’une réglementation “ trop complexe ”.

Simplifier pour démocratiser la venaison

Pour la FNC, l’enjeu est simple : “ assouplir toutes ces règles tout en assurant une sécurité sanitaire optimale et ainsi donner un large accès à cette viande extraordinaire à un plus grand nombre de consommateurs ”. La création du label “Gibiers de France”, lancée par la FNC en octobre 2025, s’inscrit dans cette volonté de rendre la venaison française plus accessible et mieux valorisée.

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Une réponse à “Viande de gibier: la FNC auditée à l’Assemblée sur les freins à la structuration de la filière”

  1. Yves Arnaud

    Bonjour
    Dans quel délai pouvons nous espérer une évolution favorable de la réglementation ?
    Merci

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