Dans une époque où les parents manquent de temps, où les adolescents se coupent du monde réel et où l’école peine à transmettre autre chose que des savoirs théoriques, des milliers de familles utilisent encore un autre terrain d’apprentissage : la chasse. Là où l’on apprend à respecter, à écouter, à grandir. Une école de vie que beaucoup ont oubliée, mais que les enfants de chasseurs continuent de vivre, bottes aux pieds.
Pourquoi les enfants de chasseurs grandissent-ils différemment ?
En France, on ne parle pas d’un petit milieu : une famille sur sept compte au moins un chasseur. Dans bien des foyers ruraux et périurbains, la chasse n’est pas seulement un loisir, mais un repère transmis, comme la pêche, le football du dimanche ou le jardin que l’on entretient en famille. Et ce repère crée des enfants… un peu particuliers. Plus tôt autonomes, souvent à l’aise avec les adultes, habitués à prendre des décisions et à respecter des règles. Pourquoi grandissent-ils autrement ?
Un lien parent-enfant qui ne se rompt pas à l’adolescence
À partir de 13 ou 14 ans, les adolescents ont tendance à s’éloigner de leurs parents. On les retrouve dans leur bande, leurs jeux vidéo, leurs terrains de sport. L’époque du “on fait tout ensemble” disparaît. Sauf lorsque le week-end commence dans la voiture d’un chasseur. Quand père et fils, mère et fille, montent à six heures du matin pour rejoindre leurs copains, ils partagent un moment exclusif : un café avalé en vitesse, les confidences sur la route, les échanges sur les chiens, les territoires, mais aussi sur l’école, les études, la vie future. Ce moment qui n’existe plus ailleurs permet quelque chose de rare : parler sans s’affronter. L’adolescent ne discute pas contre ses parents, mais avec eux, côte à côte, dans un même projet. D’après la Fédération Nationale des Chasseurs, plus de 45 000 jeunes de moins de 25 ans valident leur permis chaque année, majoritairement en lien direct avec un parent. C’est l’une des transmissions familiales les plus fortes en France.
Une école naturelle du respect
La chasse est l’un des rares domaines où un adolescent obéit à un adulte sans contestation, non pas par peur, mais parce que sa sécurité et celle des autres en dépendent. On apprend : à manipuler une arme avec responsabilité, à respecter les règles sans négociation possible, à écouter l’expérience avant d’agir. Ce ne sont pas des principes abstraits. Ce sont des actes concrets, vécus, répétés sur le terrain. À la chasse, la liberté existe, mais elle exige la maîtrise. C’est une école du respect qui dépasse le gibier et les armes : c’est le respect de la parole donnée, du territoire, de la nature, du chien, des anciens, et même de soi.
La seule activité populaire qui mélange autant les mondes
Demandez à un jeune qui chasse avec son père comment se déroule le casse-croute d’après chasse : il vous parlera de l’électricien du village, du prof de collège, du retraité agriculteur, du chef d’entreprise, de l’ouvrier forestier. Tous réunis autour d’un feu ou dans une cabane. À quel autre moment un adolescent passe-t-il une matinée entière avec autant d’adultes différents, sans hiérarchie sociale et avec un même objectif ? La chasse crée une socialisation unique en France. Elle rassemble des gens qui ne se croiseraient jamais ailleurs, et qui partagent pourtant l’essentiel : la connaissance du milieu et de la faune et la connaissance des techniques de chasse. Le jeune apprendra de chacun. Il écoutera, il imitera, il prendra sa place.
Une école d’émancipation, pas une activité de repli
Contrairement aux clichés, un jeune chasseur ne se replie pas sur son milieu. Il s’y forme pour mieux en sortir. Ceux qui ont grandi dans une société de chasse savent : parler à des adultes sans complexe, demander de l’aide, observer avant de décider, devenir utile au groupe. Et ce sentiment d’utilité est fondamental. À la chasse, on n’existe pas parce qu’on est jeune, mais parce qu’on participe. On peut porter le gibier, surveiller les chiens, guider un nouvel arrivant, apprendre à lire le vent. On devient acteur avant d’être spectateur.
Ce que beaucoup de milieux pourraient apprendre de la chasse
La chasse accueille, mélange, responsabilise, transmet. Elle apprend à respecter la nature, l’autre, la parole donnée, les différences sociales et les générations. À l’heure où les familles se fragmentent, où les jeunes manquent de repères, où l’on revendique plus qu’on ne construit, la chasse continue à montrer qu’on peut grandir en écoutant des anciens, en respectant des règles et en appartenant à un groupe qui ne demande rien d’autre que d’être vrai. Ce n’est pas un privilège pour les enfants de chasseurs. C’est une chance que beaucoup pourraient découvrir. Qu’ils n hésitent donc pas à nous rejoindre.











Laisser un commentaire